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DES GOUVERNEMENTS RÉPRESSIFS TROUVENT DE NOUVEAUX MOYENS D'ATTAQUER LA PRESSE; L'OCCIDENT FERME LES YEUX, DISENT LE CPJ ET HUMAN RIGHTS WATCH

Examinez les violations suivantes : les restrictions que la Chine impose aux médias à l'approche des Jeux Olympiques de 2008. L'érosion de la liberté de la presse dans les pays d'Afrique, où la démocratie est censée avoir pris racine. De vagues accusations d'« hostilité à l'État » pour incarcérer les journalistes en Russie et en Asie centrale.

Dans ces pays, des gouvernements puissants ont élaboré des tactiques innovatrices d'« autoritarisme allégé » qui se répandent dans bien des régions du monde, constate le Comité pour la protection des journalistes (CPJ). Et les gouvernements occidentaux les laissent faire, dit Human Rights Watch.

Dans son rapport annuel « Attacks on the Press 2007 » (Attaques contre la presse en 2007), le CPJ documente des centaines de cas de répression des médias dans plus de cent pays - et découvre certaines nouvelles difficultés pour la liberté de la presse.

Par exemple, comment les gouvernements sont maintenant moins susceptibles d'emprisonner des journalistes explicitement à cause de leur travail que de porter contre eux de vagues accusations d'hostilité à l'égard de l'État. En Russie, par exemple, le président Vladimir Poutine vient de déposer de nouvelles lois qui définissent la dissidence comme de l'« extrémisme ». La critique des fonctionnaires par les médias constitue un délit criminel, tandis que les autorités disposent de motifs plus étendus pour espionner les critiques et fermer les médias. Selon le CPJ, la tactique de Poutine consistant à réécrire les lois afin de criminaliser le journalisme s'exporte maintenant dans des pays d'Asie centrale comme l'Ouzbékistan et le Tadjikistan.

Grâce aux lois étendues sur la sécurité nationale adoptées dans le sillage du 11 Septembre 2001, le nombre des journalistes emprisonnés s'est accru considérablement. Le nombre des incarcérations s'établissait à 81 en 2000, mais la moyenne se situe maintenant à 129 par année, d'après les études annuelles du CPJ.

En dépit de ses promesses d'améliorer la liberté de la presse avant la tenue des Olympiques de 2008, la Chine demeure le premier geôlier mondial de journalistes, avec 29 journalistes et rédacteurs derrière les barreaux. Mais le gouvernement compte aussi sur un système plus sophistiqué de répression et de récompenses pour contrôler les médias - comme l'attribution de primes aux journalistes si les responsables locaux donnent à leurs articles une cote positive, le contrôle et la censure de l'Internet plutôt que le blocage total, ou l'utilisation des lois sur la sécurité d'État pour emprisonner les critiques.

Si la Chine accueille les Jeux Olympiques sans avoir amélioré son dossier au chapitre des droits de la personne, « cela démontrera qu'il est possible de se joindre à la communauté internationale, et même d'en prendre la tête, sans respecter le droit fondamental d'exprimer des idées et de faire circuler l'information librement », dit le CPJ.

Par ailleurs, en Afrique, où la démocratie est censée avoir pris racine après des années de conflits, le CPJ souligne que les conditions d'existence de la presse se sont en réalité détériorées. Tandis qu'ils acceptent des marques d'approbation de donateurs occidentaux, les dirigeants répressifs d'Éthiopie, de Gambie et de la République démocratique du Congo s'abattent sur les médias critiques, ferment les journaux et emprisonnent les journalistes.

Pareillement, au Moyen-Orient, un certain nombre de gouvernements arabes expriment publiquement leur attachement à la réforme démocratique tout en ayant recours à des stratégies judiciaires moins visibles pour contrôler la presse. « La manipulation des médias... est davantage acceptable politiquement pour la communauté internationale que la domination complète », dit le CPJ.

L'autre menace pour les journalistes est l'exact opposé d'autorités qui auraient la main pesante : trop peu de gouvernement. En Irak, en Somalie, à Gaza et dans les zones tribales du Pakistan, l'anarchie généralisée laisse les journalistes à la merci de factions armées. L'Irak est devenu l'endroit le plus dangereux pour la presse, avec plus de 170 professionnels des médias tués depuis l'invasion du pays par les États-Unis, en mars 2003. En 2007, plus de 40 journalistes et travailleurs des médias sont morts en faisant leur travail, la vaste majorité d'entre eux étant des reporters irakiens abattus par les milices locales.

Par ailleurs, les États-Unis, l'Union Européenne et d'autres démocraties influentes permettent à des « autocrates d'organiser des démocraties bidon et de s'en tirer », affirme Human Rights Watch dans son rapport mondial sur les pratiques en matière de droits de la personne.

« Trop de gouvernements occidentaux insistent sur des élections et ne s'en tiennent qu'à cela », dit Human Rights Watch. « Ils n'exercent pas de pressions sur les gouvernements à propos des questions essentielles relatives aux droits de la personne qui font que la démocratie fonctionne - une presse libre, le droit de se rassembler paisiblement et une société civile fonctionnelle capable de contester le pouvoir. »

Comme la Chine, certains pays peuvent échapper à de sévères condamnations internationales parce qu'ils constituent des joueurs clés sur les plans politique ou économique, d'observer Human Rights Watch.

Par exemple, au Nigeria, pays riche en pétrole, les États-Unis ont accepté les résultats du scrutin de février 2007 en dépit d'allégations largement répandues de fraude et de violence électorales, et ils négligent de retenir leur assistance afin de pousser le gouvernement à négocier avec l'opposition. Le résultat, c'est que les pratiques délétères se répandent, conclut Human Rights Watch. « Il ne faut pas s'étonner si le président du Kenya a estimé qu'il pouvait truquer sa réélection. »

Les États-Unis et certains alliés sont aussi restés silencieux au sujet des gouvernements qui commettent des violations au nom de la guerre à la terreur. Au Pakistan, le président Pervez Moucharraf a réduit ses adversaires au silence en proclamant l'état d'urgence, en muselant la presse et en congédiant les magistrats indépendants dans sa lutte contre les « insurgés islamiques ». Les États-Unis et le Royaume-Uni, principaux fournisseurs d'aide au pays, ont refusé de lier cette aide à la condition que Moucharraf organise des élections libres et équitables en février.

Selon Human Rights Watch, les États-Unis et l'UE devraient insister pour que les gouvernements fassent plus que tenir des élections - étant donné surtout qu'il est possible de manipuler les élections de diverses manières, depuis la fraude électorale jusqu'à la violence ouverte contre l'opposition, comme c'est le cas au Cambodge et au Liban.

Dans son rapport annuel, Human Rights Watch attire aussi l'attention sur de graves violations des droits de la personne à travers le monde, notamment les crises humanitaires en Somalie, au Darfour, au Soudan et en Birmanie, où des centaines de personnes sont toujours détenues arbitrairement après les sanglantes manifestations de septembre dernier.

Human Rights Watch a également des mots très durs pour Washington, qui selon le groupe permet de détenir sans accusations à Guantánamo 275 détenus de la « soi-disant guerre à la terreur ».

Pour lire le « Rapport mondial » de Human Rights Watch, cliquer ici :
http://hrw.org/french/docs/2008/01/31/usint17942.htm
Pour lire les « Attaques contre la presse » du CPJ, aller à :
http://www.cpj.org/attacks07/pages07/
(5 février 2008)

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