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DES JOURNALISTES SONT EMPÊCHÉS D'ASSISTER AU FORUM ARABE DE LA PRESSE LIBRE DE L'AMJ; UN RÉDACTEUR ÉGYPTIEN REÇOIT LE PRIX GEBRAN-TUENI

Les autorités d'Arabie saoudite, de Syrie et de Tunisie ont empêché quatre journalistes et militants arabes des droits de la personne de participer au Forum arabe de la presse libre, un rassemblement annuel qui se déroule à Beyrouth, au Liban, organisé par l'Association mondiale des journaux (AMJ) et le journal « An-Nahar ». Le forum, qui se déroulait les 12 et 13 décembre, examinait comment les médias indépendants peuvent être efficaces, en dépit de la répression générale dans la région.

L'AMJ et le Groupe d'observation de la Tunisie organisé par l'IFEX (TMG), qui tenait un événement spécial parallèlement au forum, dénoncent les restrictions aux déplacements.

« Nous pouvons au moins remercier les autorités tunisiennes, saoudiennes et syriennes pour leur démonstration éloquente et fort à propos, au moment d'inaugurer le forum, de leur mépris - et de leur crainte - à l'égard de la libre expression, », dit le directeur général de l'AMJ, Timothy Balding.

Parmi ceux qu'on a empêchés de se déplacer se trouvent les Tunisiens Lofti Hidouri et Mohamed Abbou, qui devaient participer à l'événement du TMG. La police de l'aéroport en Tunisie a empêché le 10 décembre le journaliste Hidouri et l'écrivain et avocat des droits de la personne Abbou de monter à bord de l'avion qui devait les emmener à Beyrouth.

Hidouri a passé la nuit en détention à cause d'une petite amende qu'il a reçue il y a deux ans, que les autorités prétendent n'avoir pas été acquittée. Il a été relâché le lendemain après que Abbou eut comparu devant le tribunal en son nom avec la preuve qu'il avait payé l'amende, selon ce que rapporte l'Observatoire pour la Défense de la Liberté de la Presse, de l'Édition et de la Création (OLPEC), le groupe membre de l'IFEX en Tunisie. Depuis sa libération de prison en juillet 2007, c'était la cinquième fois que Abbou était empêché de voyager.

Prenant la parole lors de l'événement du TMG, Naziha Rjiba et Sihem Bensedrine, du magazine en ligne « Kalima » et de l'OLPEC, ont déclaré que l'incarcération de Hidouri illustre parfaitement la répression des journalistes indépendants et des défenseurs des droits en Tunisie. Au sujet de Hidouri, qui voyageait avec elle, Rjiba a dit qu'« il était tout près de moi. J'ai regardé à gauche, j'ai regardé à droite, et il avait disparu. C'était comme David Copperfield le magicien. Tout ce qui est resté, c'est sa valise. »

Bensedrine a lu un discours poétique de Abbou, dans lequel celui-ci disait, « Je saisis l'occasion pour dire à tous ceux qui ont contribué à me défendre et à me soutenir lorsque j'ai été incarcéré sous la tyrannie de la dictature que leur effort n'a pas été vain, et que sans leur appui, mon séjour en prison eut été beaucoup plus pénible. Sans cette solidarité, ceux qui menaçaient ma famille seraient passés aux actes. »

Des représentants du gouvernement tunisien présents dans la salle ont échoué dans leurs tentatives pour interrompre l'événement, prouvant encore une fois jusqu'où les autorités sont prêtes à aller pour faire taire les voix libres. Le président du TMG, Rohan Jayasekera, a fait remarquer que la force du TMG lui vient de sa composition : le groupe compte en effet parmi ses 18 membres une forte représentation régionale. La moitié des membres du TMG étaient présents à Beyrouth.

Une vidéo de l'événement du TMG et du discours de Abbou sera bientôt affichée en ligne sur le site web du TMG à : http://campaigns.ifex.org/tmg/fr_index.html

Un autre prisonnier d'opinion libéré récemment, Abdel Karim al-Khaiwani, ancien rédacteur en chef de « Al-Shoura » au Yémen, a été autorisé à se rendre au Forum en dépit d'un interdit antérieur. S'adressant au forum, il a déclaré que « l'absence de liberté de presse dans le monde arabe est comme une maladie », et il craint que cette maladie n'infecte même les pays où la presse est relativement libre.

« Il y a beaucoup d'États arabes qui parlent de réformes et de démocratie, mais celles-ci demeurent dans un mauvais état. Les reportages des organisations internationales montrent la fausseté des prétentions à la démocratie », a-t-il ajouté.

Al-Khaiwani, père de cinq enfants, a déclaré au Secrétariat de l'IFEX que lui et sa famille sont en danger s'il reprend sa plume, et il lance un appel à un soutien international continu.

Le forum a clos ses activités sur la présentation à Ibrahim Issa, rédacteur en chef du journal égyptien « Al-Dustour », du prix Gebran-Tueni 2008, le prix annuel de l'AMJ qui honore un rédacteur ou un éditeur dans le monde arabe.

Le prix honore la mémoire de Gebran Tueni, l'éditeur libanais et membre du conseil d'administration de l'AMJ, assassiné le 12 décembre 2005 à Beyrouth dans un attentat à la voiture piégée. Le prix a été remis à Issa par l'AMJ en reconnaissance de « sa détermination à défendre la liberté de la presse, de son courage, de son leadership, de son ambition et des normes administratives et professionnelles élevées qu'il défend ».

Dans son allocution de réception, Issa a appelé les journalistes du monde arabe à s'associer pour combattre les restrictions et à s'opposer aux assauts dirigés contre la liberté de la presse, « la seule guerre sur laquelle les dirigeants arabes se sont toujours entendus », a-t-il conclu.

Lire le discours intégral de Issa à : http://tinyurl.com/54nnjl et voir plus de nouvelles sur le Forum arabe de la presse libre à : http://tinyurl.com/5uarfc

(Photo : Le rédacteur égyptien Ibrahim Issa, troisième à partir de la gauche, reçoit le prix Gebran-Tueni de l'AMJ, qui honore sa détermination à défendre la liberté de la presse. Photo courtoisie du journal « The Daily Star »)

(17 décembre 2008)

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