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LES GOUVERNEMENTS ONT RECOURS À UN NOUVEAU TYPE DE CAMPAGNE DE DIFFAMATION

Les gouvernements du Moyen-Orient portent leurs campagnes de diffamation à un nouveau sommet : ils plantent de fausses nouvelles, de la publicité et des éditoriaux subventionnés afin de discréditer les journalistes et les défenseurs de la libre expression, dans des journaux étrangers aussi bien que dans la presse locale, indiquent le Groupe d'observation de la Tunisie organisé par l'IFEX (TMG) et les membres de l'IFEX.

Selon Rohan Jayasekera, de Index on Censorship, qui préside également le TMG, le pays qui se livre à ce genre de propagande de la manière la plus effrontée est la Tunisie, qui vient de déchaîner un torrent de ce genre de matériel, en réaction semble-t-il à la façon dont le dossier consternant de la Tunisie en matière de droits de la personne a été démasqué sur la scène internationale.

Dans le cas le plus récent, l'ancien diplomate tunisien Khaled Ben Said a été condamné en décembre à huit ans de prison en France pour torture. Au même moment, dit le TMG, l'un des principaux témoins de la poursuite, la journaliste et championne de la libre expression Sihem Bensedrine, était elle-même la cible d'une campagne de propagande.

Le gouvernement prétend une inconvenance dans les relations de financement de Bensedrine avec les donateurs internationaux - même s'il est de notoriété publique que ses donateurs et partenaires ont confirmé que Bensedrine faisait preuve de diligence raisonnable.

Les prétentions ont paru dans les organes de nouvelles appartenant à l'État et commanditées par l'État. Mais, plus étonnamment, l'agence de nouvelles internationale United Press International (UPI) a repris ces accusations à son compte, et l'histoire a été grandement diffusée en arabe et en français.

Selon Jayasekera, l'objectif était de discréditer Bensedrine, championne déterminée des droits de la personne, dont le magazine « Kalima » est interdit en Tunisie, et qui a été emprisonnée et tabassée par les forces de sécurité à cause de ses critiques des autorités.

Les membres du TMG pressent l'agence UPI « de protéger sa réputation en apportant les rectifications appropriées, et de prendre les mesures pour s'assurer de ne pas se laisser entraîner encore une fois dans ce genre de désinformation d'État ».

En Égypte, le quotidien pro-gouvernemental « Rosa al-Yousef » a publié une publicité d'un quart de page remplie d'allégations diffamantes à l'égard de Bensedrine, publicité coiffée d'une photo du président de la Tunisie Zine el-Abidine Ben Ali, selon ce que rapportait le Réseau arabe d'information sur les droits de la personne (ANHRI). Le directeur de l'ANHRI, Gamal Eid, a été diffamé dans le même journal.

« Nous avons l'habitude de ces campagnes et de ces attaques contre nous », affirment dans une déclaration conjointe l'ANHRI et 18 autres groupes égyptiens de défense des droits de la personne. « Toutefois, ce qui nous met en colère, c'est la façon dont on ternit le nom d'une institution de médias qui a déjà été prestigieuse et qui a contribué à créer la liberté de la presse en Égypte. »

La presse égyptienne pro-gouvernementale recourt depuis longtemps à ce genre de tactique. Les défenseurs des droits de la personne et de la démocratie Hisham Kassem, Ayman Nour et Saad Edine Ibrahim ont tous été diffamés après avoir porté sur la scène internationale le bilan de l'Égypte en matière de droits de la personne, dit Jayasekera.

Une étude effectuée par l'Institut Andalus pour la tolérance et l'anti-violence en Égypte (Andalus Institute for Tolerance and Anti-Violence in Egypt), une organisation de défense de droits, a démontré un accroissement du nombre des violations des droits de la personne commises par des journalistes contre leurs pairs. L'étude, qui couvre la période de février 2007 à janvier 2008, confirme que « Rosa al-Yousef » arrivait premier en Égypte pour la publication d'articles qui intimident et insultent les autres journaux et les journalistes.

Le journal critique « Al Masry El Youm » et son rédacteur en chef, Magdi al-Gallad, ainsi que le célèbre hebdomadaire d'opposition « Al Dustour » et son rédacteur en chef, Ibrahim Issa, figurent parmi les cibles favorites de « Rosa al-Yousef » et d'autres journaux égyptiens connus pour leur mépris de l'éthique journalistique. Voir les résultats de l'étude à : http://tinyurl.com/9orul9 ; version anglaise : http://tinyurl.com/89lnn4

Par ailleurs, à Bahreïn, le Centre des droits de la personne de Bahreïn (Bahrain Center for Human Rights, BCHR) rapporte qu'une campagne de diffamation est en cours dans les médias contre sept défenseurs des droits de la personne, dont l'ancien président du BCHR Abdulhadi al-Khawaja. Un groupe de 14 jeunes militants, qui doivent répondre à des accusations d'avoir planifié des actes terroristes, a désigné nommément les sept défenseurs des droits de la personne, qui sont bien connus, comme instigateurs et formateurs de ces plans. D'après les avocats des jeunes, les détenus montrent des signes de mauvais traitements et de tortures subies lors des interrogatoires. Mais les accusations ont été reprises sans réserves dans tous les grands quotidiens de Bahreïn et les réseaux de télévision appartenant au gouvernement et dirigés par le gouvernement.

L'Observatoire de la protection des défenseurs des droits de la personne, programme conjoint de la Fédération internationale des droits de l'Homme (FIDH) et de l'Organisation mondiale contre la torture (OMCT), craint que les défenseurs des droits n'aient été diffamés afin de les dissuader de se porter à la défense des droits de la minorité chiite, et demande à ses partisans d'écrire aux autorités pour leur faire part de leur préoccupation que ces militants n'aient été victimes d'un coup monté. Aller à : http://tinyurl.com/7uyulv

Cette stratégie consistant à brouiller la distinction entre couverture fidèle, opinion anonyme et propagande, coordonnée de manière à remplir un objectif politique, est aussi très utilisée par les États-Unis en Irak, en dépit des limites juridiques sur la scène intérieure et d'une forte opposition sur le plan éthique, dit Jayasekera.

D'après Jayasekera, la responsabilité de la distinction à établir entre vérité et mensonge incombe aux journalistes. « (Les journalistes) doivent accueillir les faux reportages avec un sain scepticisme et toujours remettre en question les motifs qui se cachent derrière le message », dit-il. « Dans l'environnement médiatique d'aujourd'hui, caractérisé par l'importance du volume et la grande vitesse, il n'a jamais été aussi important non seulement de se demander "est-ce que cette personne me dit la vérité ?", mais aussi de se demander "pourquoi cette personne me dit-elle cela?" »

Consulter les sites suivants :
- Opinion de Jayasekera, publiée dans le « Daily Star », au Liban : http://tinyurl.com/7o7den
- TMG : http://campaigns.ifex.org/tmg/fr_index.html
- ANHRI : http://www.ifex.org/en/content/view/full/99843/
- BCHR : http://www.bahrainrights.org/en/node/2661
(21 janvier 2009)

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