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« Des Voix avec lesquelles il faut compter » : Les femmes prennent la parole au Forum mondial sur la liberté d'expression

« Voix de Femmes réduites au silence » : Malalai Joya, Irshad Manji, Ursula Owen, Philo Ikonya et Lydia Cacho
« Voix de Femmes réduites au silence » : Malalai Joya, Irshad Manji, Ursula Owen, Philo Ikonya et Lydia Cacho

Rachael Kay

« Ce contre quoi elles (les autorités) en ont le plus, c'est ma voix », dit Philo Ikonya, présidente du PEN Kenya. Ikonya a participé à un certain nombre de protestations et de lectures politiques récemment, elle a été arrêtée et gravement tabassée en février dernier, pendant qu'elle se trouvait en garde à vue.

Ikonya faisait partie d'un groupe de quatre femmes extraordinaires qui se sont trouvées réunies pour une table ronde invitée à discuter des « Voix de femmes réduites au silence », le 4 juin à Oslo, en Norvège, lors du Forum mondial sur la liberté d'expression (FMLE). Leurs histoires, faites de courage et d'aperçus sur la libre expression, elles les ont partagées dans une conversation intime et animée ponctuée par des éclats de rire et les applaudissements d'un auditoire qui a su les apprécier.

Aux côtés de Ikonya se trouvaient la modératrice Ursula Owen, de Free House à Londres; Irshad Manji, directrice du Moral Courage Project de l'Université de New York; Lydia Cacho Ribeiro, une journaliste d'enquête primée du Mexique; et Malalai Joya, ex-parlementaire afghane.

Ce qui est apparu douloureusement évident de la discussion, c'est la lutte partagée par chacune des participantes pour tenter de découvrir sa voix, trouver le courage de s'en servir et enfin pour se faire entendre. Joya a raconté comment elle a été expulsée du parlement afghan et menacée de viol pour avoir dénoncé les seigneurs de guerre du pays. Tandis qu'elle est contrainte de mener une vie faite de menaces constantes, les vrais criminels et les seigneurs de guerre continuent de siéger au parlement. Elle se sert de sa voix pour dénoncer les lois qui assurent l'impunité aux personnes qui, dans le gouvernement, dirigent l'État au mépris de l'intérêt public et qui prospèrent par la corruption. Son engagement envers la population afghane et la colère qu'elle ressent du fait d'être réduite au silence étaient palpables.

Une populaire émission de la télévision mexicaine, « Esta Boca es Mia » (Cette bouche m'appartient), a perdu son animatrice lorsque Cacho a été congédiée après avoir osé parler de manière explicite de préservatifs féminins. Elle a ouvertement remis en question le fait que cela pût être considéré comme un délit alors que les feuilletons télévisés mexicains renforcent chaque jour la perception des femmes comme objets et tolèrent la violence en milieu familial comme un mode de vie acceptable. Elle a tenu son auditoire en haleine avec ses souvenirs vivaces d'aide aux enfants violentés pour qu'ils trouvent leur voix en désignant leurs agresseurs. Son itinéraire personnel en tant que journaliste a été parsemé de menaces de mort parce qu'elle dénonçait la corruption, le crime organisé et la violence contre les femmes.

Si ce n'est pas nous, alors qui contestera la rectitude politique, le conformisme intellectuel et l'autocensure, a demandé Manji, qui a traité de l'indifférence des médias grand public à l'égard de la voix des femmes et de son travail pour promouvoir une pensée critique, et aussi de la nécessité d'avoir du courage moral pour s'attaquer aux forces qui tentent de nous garder silencieuses.

Devant un auditoire attentif, les femmes sont entrées dans les histoires les unes des autres, leurs voix s'entremêlant pour affirmer leur accord ou pour répondre aux questions - plutôt comme un groupe d'amies qui ne s'étaient pas vues depuis longtemps. Owen a demandé aux participantes de réfléchir et de se demander où elles avaient trouvé leur voix. Manji a dit avoir trouvé la sienne petite fille, lorsqu'elle est montée sur le toit de l'immeuble de l'appartement familial et qu'elle est restée là toute la nuit pour échapper à l'agression de son père. Elle a compris qu'elle avait du pouvoir et qu'elle pouvait se servir de sa voix pour le manifester. Ikonya a désigné sa grand-mère comme source d'inspiration, une femme qui se répandait en injures contre la norme villageoise en tenant tête aux hommes et même en osant porter des pantalons en même temps.

« Les femmes portent sur leurs épaules la moitié du ciel, mais elles n'ont pas la moitié du pouvoir. Leur vie et leurs corps sont exploités, leur voix et leurs besoins sont marginalisés », d'expliquer Owen. « Ce qui est indéniable, c'est que la libre expression fait que les gens se sentent humains, et que c'est le droit dont dépendent tous les autres droits. »

Tandis que les participantes de la table ronde se mêlaient à l'auditoire après la discussion, une déléguée a déclaré qu'en douze ans de participation à des conférences, elle n'avait jamais assisté à quelque chose d'aussi profondément humain et émouvant que cette assemblée sur les « Voix de femmes réduites au silence ». On pourrait même imaginer la grand-mère de Philo époussetant son pantalon et hochant de la tête en signe d'approbation.

Forum mondial sur la liberté d'expression, sur YouTube

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