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Le WPFC défend le droit d'offenser, de choquer ou de déranger

Les lois sur les insultes sont conçues pour protéger les politiciens, les dirigeants des gouvernements et les institutions officielles et d'État; elles apportent des armes à l'État en lui donnant accès à des ressources et à des doctrines juridiques dont ne dispose aucun autre citoyen, peut-on lire dans un nouveau rapport du Comité mondial pour la liberté de la presse (WPFC).

Le rapport, « The Right to Offend, Shock or Disturb: A Guide to Evolution of Insult Laws in 2007 and 2008 » (Le droit d'offenser, de choquer ou de déranger : Guide de l'évolution des lois sur les insultes en 2007 et 2008), souligne que ces lois sont antidémocratiques et que « leur abrogation complète constitue la seule solution raisonnable ».

Les motifs derrière l'existence de ces lois sont faciles à discerner : « Il ne faut pas beaucoup d'imagination pour conclure que l'objectif véritable derrière les lois sur les insultes - pourquoi elles ont été adoptées, pourquoi elles restent en vigueur et pourquoi elles sont invoquées aussi souvent et aussi vigoureusement par les élites politiques - c'est d'intimider », dit Richard N. Winfield, président du WPFC.

Dans l'introduction, Caroline Fourest, une journaliste et auteure française spécialisée dans la couverture du fondamentalisme religieux, de la laïcité, des mouvements politiques de droite et du féminisme, insiste pour dire que le maintien de la séparation entre la religion et la politique est lié de manière critique à la liberté d'expression. Elle décrit la campagne actuelle des pays islamiques en vue d'instituer la « diffamation des religions » comme crime reconnu internationalement comme une menace mondiale susceptible de saper la Déclaration universelle des droits de l'homme. Cela désintégrerait également le concept de séparation de l'Église et de l'État, qui garantit la diversité religieuse dans les démocraties. Fourest offre l'exemple de Karim Amer, un étudiant en droit égyptien de 23 ans, qui purge une peine de quatre ans de prison pour avoir offensé l'islam et le président. Son crime a été de produire un blogue critique des fondamentalistes et des autorités.

Par ailleurs, la France vient de ramener le recours aux lois sur les insultes pour protéger le président Nicolas Sarkozy, et au Niger, le rédacteur d'un journal a été arrêté en 2008 après qu'un ancien dirigeant du parti au pouvoir eut déclaré avoir été diffamé et insulté par un article. En Arabie saoudite, où l'environnement des médias compte parmi les plus répressifs du monde, une voix critique a été inculpée en 2008 d'insulte à l'islam après avoir raconté par le menu sur son site web les violations commises par la police religieuse.

L'étude de 58 pays représentatifs à travers le monde fait état de reculs critiques dans la campagne du WPFC pour éliminer les lois sur les insultes, ainsi que de progrès dont l'abrogation de lois dans certains pays d'Amérique latine, comme en Argentine, au Chili, au Mexique et en Uruguay.

The Right to Offend, Shock or Disturb: A Guide to Evolution of Insult Laws in 2007 and 2008