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La liberté de la presse très inégalement respectée dans l'espace francophone, la France perd sa valeur d'exemple, déclare RSF

(RSF/IFEX) - 22 octobre 2010 - Alors que le XIIIe sommet de la Francophonie se tient les 23 et 24 octobre 2010 à Montreux, Reporters sans frontières dresse un tableau contrasté du respect de la liberté de la presse dans l'espace francophone. L'organisation, qui attire l'attention à la fois sur la France "de la honte" et sur les dictatures francophones les plus intransigeantes, estime que les discussions ne peuvent se limiter aux questions de développement durable ou d'essor de la langue française sans soulever celle du respect des droits de l'homme, et notamment de la liberté d'expression.

"Dans le classement mondial de la liberté de la presse que nous avons rendu public cette semaine, 169 positions séparent la Suisse, hôte du sommet, classée à la première place, du Rwanda, pays figurant parmi les dix pays les pires en matière de respect de la liberté des médias. Même si la francophonie n'a pas vocation à lisser toutes les différences entre ses pays membres, elle vise à les unifier autour d'un système de valeurs comme le respect de la liberté d'expression. C'est pourquoi une telle hétérogénéité des situations ne peut que choquer", a déclaré Jean-François Julliard, secrétaire général de Reporters sans frontières.

"Montreux accueille les délégations de pays qui nous préoccupent fortement : le Viêt-Nam, la Tunisie, l'Egypte, le Cameroun et bien d'autres. La France enfin, qui pointe à la 44e position, ne peut plus prétendre être un exemple à suivre", a ajouté Jean-François Julliard.

Au cours des huit dernières années, la France a perdu 33 places dans le classement de la liberté de la presse. En cause, les violations de la protection des sources de journalistes, notamment dans l'affaire Woerth/Bettencourt, mais également le mode de nomination du président de l'audiovisuel public, et le mépris trop souvent affiché par des membres de la majorité présidentielle envers les journalistes et leur travail.

Le XIIIe sommet de la Francophonie s'ouvre au lendemain du centième jour de détention du journaliste tunisien Fahem Boukadous. Le journaliste est en grève de la faim depuis le 8 octobre dernier et son état de santé devient extrêmement inquiétant. Fahem Boukadous a été condamné le 15 juillet dernier à quatre ans de prison pour avoir filmé les manifestations du bassin minier de Gafsa en 2008, pour le compte de la chaîne privée El Hiwar Ettounisi. Reporters sans frontières appelle à sa libération immédiate.

Le sommet se tient également en présence d'une délégation vietnamienne alors même que le blogueur Pham Minh Hoang, de nationalité française et professeur de mathématiques à l'Ecole polytechnique de Hô Chi Minh-Ville, est en détention. Arrêté le 13 août dernier, il a été officiellement inculpé en vertu de l'article 79 du code pénal pour "avoir mené des activités en vue de renverser le gouvernement". Avec 19 journalistes et netcitoyens emprisonnés, le Viêt-Nam est la plus grande prison de l'espace francophone.

Reporters sans frontières demande aux instances de la Francophonie de négocier avec les autorités vietnamiennes sa libération immédiate. Dans ce pays, à l'exception des publications dissidentes qui circulent sous le manteau et sur le Web, il n'existe pas de médias indépendants.
Au sein des pays africains francophones, les situations sont contrastées. Si le Burkina Faso fait cette année son entrée dans les cinquante pays les plus respectueux de la liberté de la presse, d'autres pays, comme la République démocratique du Congo, restent bien ancrés dans le dernier tiers du classement.

Endeuillé par le décès du journaliste Bibi Ngota en avril dernier, à la prison de Kondengui, à Yaoundé, et par le maintien en détention provisoire de deux de ses confrères, le Cameroun doit absolument faire la lumière sur cette affaire et se résoudre à dépénaliser les délits de presse.

Enfin, au Rwanda, où le chef de l'Etat Paul Kagame a été réélu l'été dernier dans des conditions de transparence fort contestables, les espaces de liberté se réduisent comme peau de chagrin. La suspension temporaire des principales publications indépendantes, le climat de terreur entourant l'élection présidentielle et l'assassinat, à Kigali, du rédacteur en chef adjoint d'Umuvugizi, Jean-Léonard Rugambage, ne peuvent laisser l'organisation de la francophonie indifférente. Dans des proportions presque comparables à la Somalie, le Rwanda se vide de ses journalistes, lesquels fuient par peur de la répression.

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