RÉGIONS:

SUBSCRIBE:

Sign up for weekly updates

Les membres de l'IFEX demandent la protection des femmes journalistes et des militantes pour commémorer la journée contre la violence

Alaíde Foppa
Alaíde Foppa

En 1980, la poète guatémaltèque, journaliste et militante des droits des femmes Alaíde Foppa a été détenue par les forces de sécurité, puis elle est disparue. Trente ans plus tard, les autorités n'ont toujours pas ouvert d'enquête et personne non plus n'a été arrêté en rapport avec sa disparition. Cette année, pour marquer la Journée internationale pour l'Élimination de la violence contre les femmes le 25 novembre, 44 groupes membres de l'IFEX se dressent au nom de Foppa et d'autres femmes de la communauté des défenseurs de la libre expression qui sont visées à cause de leur sexe.

Dans le cas de Foppa, le Centro de Reportes Informativos sobre Guatemala (Centre des informations de presse sur le Guatemala, CERIGUA) se joint à sa famille pour faire pression auprès de la Cour suprême du Guatemala pour que celle-ci ordonne la tenue d'une enquête et pour qu'on identifie ses ravisseurs.

Dans une déclaration adressée à quelques-unes des plus hautes autorités internationales sur les femmes - le Conseil des femmes des Nations Unies et le rapporteur spécial sur la violence contre les femmes, pour ne nommer que celles-là -, 44 membres de l'IFEX, dont ceux qui font partie du Groupe de travail sur le genre, attirent l'attention sur les nombreuses autres femmes journalistes et militantes de partout dans le monde qui sont harcelées, menacées et même assassinées parce qu'elles osent prendre la parole.

En Colombie, par exemple, la militante des droits de la personne Norma Irene Perez a été assassinée en août, peu après avoir participé à une manifestation qui demandait une enquête sur un charnier qui contiendrait les restes de plusieurs milliers de Colombiens assassinés par l'armée.

Puis il y a les femmes dans le cyberespace, au sujet desquelles on observe cette année une tendance troublante à « l'accroissement du nombre des incidents d'intimidation, d'agression et d'incarcération de blogueuses ». Au Viêt-nam, les autorités ont arrêté Le Nguyen Huong Tra, parce qu'elle aurait diffamé un cadre supérieur du Parti communiste, tandis que Lu Thi Thu Trang, une militante sur Internet associée à un groupe de défense de la démocratie, a été tabassée par des officiers de la police devant son fils de cinq ans.

L'Iran, qui a mordu la poussière dans sa tentative récente pour obtenir un siège au Conseil des femmes des Nations Unies, est connu pour le traitement abominable qu'il réserve aux femmes. « Il y a tellement de femmes en prison en Iran que nous ne pouvons pas en dresser la liste complète », peut-on lire dans la déclaration. L'une d'elles est Sussan Tahmasebi, membre fondateur de la campagne « Un million de signatures », qui sollicite un appui pour mettre fin aux lois discriminatoires de l'Iran fondées sur le sexe, que les forces de sécurité harcèlent et à qui on interdit de se rendre à l'étranger depuis plus de deux ans à cause de son travail. On a rendu hommage à sa détermination à faire des droits des femmes une priorité nationale en Iran, et Human Rights Watch lui a décerné le mois dernier son prix Alison Des Forges pour militantisme extraordinaire.

Inversement, dans un pays qui jouit d'une bonne réputation en matière de promotion des droits des femmes, la Tunisie, les militantes, les journalistes et les juristes « sont fréquemment soumises à des campagnes de dénigrement et, dans certains cas, à des dénonciations où elles sont qualifiées de prostituées », affirme la déclaration.

Par ailleurs, en Gambie, les autorités ont arrêté les militantes des droits des femmes, la journaliste Amie Bojang-Sissoho et la Dre. Isatou Touray, du Comité de Gambie sur les pratiques traditionnelles nuisibles, une organisation qui promeut l'habilitation des femmes et des filles et les campagnes contre la mutilation génitale des femmes et autres pratiques discriminatoires. Elles n'ont été libérées qu'après que les médias internationaux eurent attiré l'attention sur elles, mais elles restent en attente de procès pour avoir couvert la question de la violence contre les femmes.

Non seulement ces affaires illustrent-elles la gravité de la violence à laquelle ces femmes font face, mais elles braquent les projecteurs sur « une culture d'impunité et des systèmes judiciaires faibles » - la majorité des crimes commis contre les femmes ne font souvent l'objet d'aucune enquête et restent impunis, disent les membres. La Russie en offre un exemple : les enquêtes sur le meurtre de deux femmes journalistes au franc parler s'enlisent : Natalïa Estemirova, qui couvrait les violations des droits en Tchétchénie au moment de son assassinat en juillet 2009, et celui de la journaliste Anna Politkovskaïa, de la « Novaïa Gazeta ».

Les 44 membres de l'IFEX demandent justice pour les attaques contre ces femmes journalistes et que l'on protège celles qui sont menacées. Ils prient instamment les gouvernements nationaux, les agences de police et les employeurs de condamner la violence, de procéder à des enquêtes en profondeur sur les meurtres et les agressions, d'investir dans des programmes d'éducation sur les rapports hommes-femmes et de protéger les femmes qui sont menacées à cause de leur travail ou parce qu'elles sont des femmes.

Cliquer ici pour voir la liste et les histoires de femmes journalistes, écrivaines et activistes visées en 2010 à cause de leur profession

Dernier Tweet :

In solidarity with civil society in Hungary https://t.co/gz9Bzbi5SR @EFF @Dunja_Mijatovic https://t.co/rFlIE6g2wS