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Les membres de l'IFEX se prononcent sur WikiLeaks

Tandis que le lanceur d'alerte en ligne WikiLeaks entreprenait cette semaine de publier des centaines de milliers de communications classifiées transmises par les ambassades des États-Unis, qui contiennent des observations qui vont de commentaires peu flatteurs sur les dirigeants du monde jusqu'à des plans secrets pour renverser des gouvernements, voici ce que trois groupes membres de l'IFEX - ARTICLE 19, Index on Censorship et Reporters sans frontières (RSF) - ont à dire sur cette question.

Tout d'abord, un rappel : selon le journal « The Guardian », on compte en tout 251 287 dépêches, qui proviennent de plus de 250 ambassades et consulats des États-Unis. « (Ces dépêches) révèlent comment les États-Unis traitent avec leurs amis et leurs ennemis... le tout enrobé d'épaisses couches de chiffre et de classifications du secret, dont les diplomates présument qu'ils sont sûrs. »

WikiLeaks a affiché dimanche une sélection de notes, tandis que le « Guardian » publiait, indépendamment mais simultanément, des éléments en même temps que le « New York Times », « Der Spiegel » en Allemagne, « Le Monde » à Paris et « El País » à Madrid. Les journaux ont caviardé certains renseignements, susceptibles d'entraîner des représailles contre des personnes vulnérables et ont recherché des histoires d'intérêt public.

« Nous sommes plus ou moins convaincus de l'évolution de WikiLeaks », a dit à l'AFP le directeur de RSF, Jean-François Julliard. « Nous aimons le partenariat avec les journaux et les efforts pour remettre les choses en contexte, vérifier les renseignements et en tirer les leçons », a-t-il dit.

ARTICLE 19 réitère son appel aux gouvernements pour qu'ils rehaussent l'accès du public à l'information, et qu'ils en limitent l'accès uniquement si les gouvernements peuvent démontrer que cela causerait un tort précis et distinct. « Les règles ne doivent pas servir à cacher d'autres intérêts. D'ailleurs, les règles américaines actuelles sur le secret interdisent de classifier des informations sur le recours au crime comme moyen de prévenir les situations embarrassantes. On fait fi de ces règles bien trop souvent », dit ARTICLE 19.

Cette opinion trouve un écho chez Index on Censorship. Dans un éditorial cette semaine, le directeur général John Kampfner s'est plaint qu'au Royaume-Uni « la liberté de parole est considérée comme une marchandise. Le droit d'un groupe d'intérêt d'être offensé est considéré comme tout aussi important que le droit d'exprimer une opinion. Le droit au secret d'un gouvernement est considéré comme plus important que le droit du public de savoir. » Il a ajouté que tout comme dans le cas de la liberté de parole, lorsqu'on passe en revue le matériel rendu public par WikiLeaks, « le contexte est capital ».

« Il est vital de le savoir quand les gouvernements sont de connivence pour torturer ou pour commettre d'autres actions illégales. Il est important de le savoir quand ils disent une chose en privé (sur tel ou tel dirigeant dans le monde) et disent tout à fait le contraire en public. Il est troublant de savoir que des organisations d'aide peuvent avoir été utilisées par l'armée, en particulier en Afghanistan, pour aider les forces de l'OTAN à “gagner les esprits et les coeurs” », dit Kampfner.

« Ces questions, et d'autres encore, sont essentielles pour le débat démocratique, a-t-il poursuivi. Inévitablement, les réponses suscitent de l'embarras. Cela aussi est essentiel dans une société civile en santé. De bons journalistes et rédacteurs doivent être capables de distinguer ce qui est gênant de ce qui est préjudiciable. Les renseignements susceptibles de mettre la vie de quelqu'un en danger, que ce soit à court terme ou dans le cadre d'une opération à plus long terme, doivent rester secrets. »

Selon Kampfner, le plus curieux est que les révélations de WikiLeaks ont été livrées par le fondateur de WikiLeaks Julian Assange, et non par les médias, « qui devraient se demander pourquoi ils n'ont pas les moyens de tirer la vérité du pouvoir ».

Les trois groupes sont catégoriques au sujet d'Assange et des autres collaborateurs de WikiLeaks : ils ne doivent pas être poursuivis aux termes des lois des États-Unis ou d'autres pays concernant les secrets d'État ou l'espionnage.

« Il existe un principe bien établi qui veut que les autorités publiques portent l'entière responsabilité de la protection de la confidentialité des renseignements officiels. D'autres personnes et entités, notamment WikiLeaks et les journalistes, ne doivent jamais être soumis à quelque responsabilité parce qu'ils publient des informations qui ont fait l'objet de fuites, à moins qu'elles n'aient été obtenues par la fraude ou autre crime », a déclaré ARTICLE 19 après que des fichiers sur la guerre en Afghanistan eurent été rendus publics.

De la même manière, dit ARTICLE 19, le lanceur d'alertes doit être protégé s'il y a un fort intérêt public dans la publication des renseignements et que les avantages à les rendre publics l'emportent sur les désavantages - même si le lanceur d'alerte a agi sans autorisation.

Depuis des années, RSF fait campagne pour faire adopter aux États-Unis une loi fédérale dite « de protection » afin de préserver les sources - y compris pour les sites comme WikiLeaks. D'après RSF, quarante États américains se sont dotés de lois qui protègent la confidentialité des sources des journalistes, mais il n'y a pas de loi de ce genre au palier fédéral. RSF fait remarquer que la chambre des Représentants en a adopté une version limitée en juillet 2008, mais qu'avec le scandale de WikiLeaks, les sénateurs tentent maintenant d'en exclure les sites web lanceurs d'alerte.

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