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WikiLeaks - Ne tirez pas sur le messager, disent les membres de l'IFEX

WikiLeaks

Depuis qu'il a commencé à publier le 28 novembre les câbles classifiés des ambassades des États-Unis, le lanceur d'alertes en ligne WikiLeaks subit des assauts sur plusieurs fronts, depuis les attaques de piratage jusqu'aux entreprises hôtes qui lui retirent leur hospitalité. Reporters sans frontières (RSF), Index on Censorship et d'autres groupes membres de l'IFEX condamnent les attaques parce qu'elles « menacent les principes mêmes de la liberté de parole ».

Le géant de la vente au détail en ligne, Amazon, a retiré le site de ses serveurs le 2 décembre, après des pressions politiques de Joe Lieberman, président du Comité sénatorial (des États-Unis) sur la sécurité intérieure. Amazon a nié avoir cédé à la demande de Lieberman et a affiché sur son blogue que WikiLeaks violait les modalités de prestation du service en publiant un contenu « nuisible ».

WikiLeaks a transféré ses pénates chez la société française d'Internet OVH, ce qui a poussé le ministre français de l'Industrie, Éric Besson, à écrire aux compagnies d'Internet pour les prévenir de « conséquences » pour toute entreprise ou organisation contribuant à garder WikiLeaks en ligne en France. Cette semaine, un tribunal français a refusé d'ordonner à OVH de cesser d'héberger WikiLeaks.

WikiLeaks.org a aussi été abandonné récemment par sa base de registre, EveryDNS. EveryDNS affirme que les attaques de piratage (« déni de service distribué », ou attaques de DDoS) contre WikiLeaks perturbaient le service qu'il assurait à ses milliers d'autres clients. La nouvelle base de registre du site, en Suisse, a rejeté les appels du monde entier pour qu'elle expulse le site hors de la Toile, disant qu'il n'y a « aucune raison » justifiant que WikiLeaks.org soit forcé de quitter la Toile.

Ces assurances arrivent quelques heures à peine après que le site PayPal, propriété de eBay, principal canal d'acheminement des dons à WikiLeaks, eut mis fin à son lien avec le site, invoquant une « activité illégale ». Visa et MasterCard ont elles aussi renchéri, tout comme Swiss Postfinance, qui a fermé un compte de banque de Julian Assange, le fondateur de WikiLeaks.

Par ailleurs, les attaques de DDoS par des pirates inconnus font encore flancher le site.

« C'est la première fois que nous assistons à une tentative au niveau de la communauté internationale pour censurer un site web qui se consacre au principe de la transparence », dit RSF. « Nous rappelons, notamment pour la France et les États Unis, que ce n'est pas au pouvoir politique de décider du maintien ou non d'un site mais à la justice. »

Les membres de l'IFEX disent pour leur part qu'il n'est pas étonnant que les suspects habituels - la Chine, la Tunisie et les E.A.U., par exemple - bloquent l'accès à WikiLeaks ou aux sites qui reproduisent les câbles. Ce qui est nouveau, c'est que les pays qui prétendent défendre la libre expression réclament également la fermeture de WikiLeaks.

Index on Censorship fait remarquer par exemple qu'il n'y a pas un an, la Secrétaire d'État des États-Unis Hillary Clinton prononçait un discours historique au sujet de la liberté de l'Internet, qui fut largement interprété comme une réplique à la Chine et à ses cyber-attaques présumées contre Google.

Certains étudiants de l'Université Columbia à New York ont été avisés de ne pas télécharger de câbles ni de les commenter s'ils veulent postuler un emploi au gouvernement. Selon le journaliste James Ball de WikiLeaks, qui écrit sur le site web de Index, les 19 millions d'employés du gouvernement fédéral des États-Unis ont été informés de ne pas lire les câbles - ni quelque publication qui les contienne. Les agences ont branché pratiquement tous les médias de nouvelles grand public aux filtres et aux bloqueurs de la Toile. Une décision qui rappelle le “Grand Mur coupe-feu” de la Chine. »

Pour Jo Glanville, de Index, « lorsque l'un des grands établissements d'éducation libérale du monde conseille l'autocensure à ses étudiants, au lieu de les encourager à explorer et à lire l'une des publications les plus importantes de notre époque, il est clair que nous sommes aux prises avec une panique tellement dangereuse qu'elle menace les principes fondamentaux de la liberté de parole. »

ARTICLE 19, la Société interaméricaine de la presse (SIP) et la Fédération internationale des journalistes (FIJ), qui sont membres de l'IFEX, se sont également prononcées contre cette réaction.

Lieberman et d'autres sénateurs tentent de déposer une législation d'urgence afin de rendre illégale la publication des noms des informateurs de l'armée et des services de renseignement des États-Unis - ce qui permettrait en fin de compte à l'administration de poursuivre WikiLeaks.

D'après le « Washington Post », le directeur général de Human Rights Watch, Kenneth Roth, presse WikiLeaks de « retirer des documents les noms de tous les défenseurs des droits de la personne que soutiennent les États-Unis, qui sont susceptibles d'être mis en danger », comme ceux des militants qui ont eu des entretiens avec des diplomates américains dans des pays où sévissent des gouvernements répressifs. Il a en même temps, cependant, fait part de son inquiétude que le Secrétariat d'État des États-Unis ne tente d'utiliser la crainte de la divulgation relatives aux défenseurs des droits de la personne « comme une excuse pour poursuivre WikiLeaks ou pour restreindre l'accès à ce type de renseignement ».

« Ce sont peut-être plus les retombées de la publication massive des câbles diplomatiques par Wikileaks que le contenu même des câbles, qui peuvent causer le plus de dommages, en fin de compte », se plaint Glanville.

RSF se fait également du souci pour Assange, qui doit répondre à des accusations d'agression sexuelle. Dans une lettre au Secrétaire d'État à la Justice du Royaume-Uni, Kenneth Clarke, RSF déclare que les procédures judiciaires devraient se limiter uniquement aux accusations privées portées contre Assange en Suède, « et ne doivent pas se transformer en un procès par procuration de la publication des documents coulés par WiliLeaks ».

Entre-temps, le site WikiLeaks affirme qu'il n'est pas prêt de disparaître. Le 7 décembre, jour de l'arrestation d'Assange, WikiLeaks a fait savoir sur Tweeter que « les actions posées aujourd'hui contre notre rédacteur en chef Julian Assange n'auront aucun effet sur nos opérations : nous allons quand même publier ce soir d'autres câbles, comme d'habitude ». Des copies de WikiLeaks sont maintenant téléchargées sur plus de 300 serveurs différents à travers le monde. Vous pouvez toujours faire un don en vous adressant à: http://wikileaks.ch/support.html

ADDITIONAL INFORMATION
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