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Les membres de l'IFEX regrettent la décision de WikiLeaks de publier tous les câbles tels quels

Le fondateur de WikiLeaks, Julian Assange, est de nouveau au centre d’une controverse après la décision de WikiLeaks de publier la totalité de ses archives, qui renferment 251 000 câbles diplomatiques américains secrets, sans aucune modification
Le fondateur de WikiLeaks, Julian Assange, est de nouveau au centre d’une controverse après la décision de WikiLeaks de publier la totalité de ses archives, qui renferment 251 000 câbles diplomatiques américains secrets, sans aucune modification

REUTERS/Suzanne Plunkett

Le groupe Reporters sans frontières (RSF), qui est membre de l'IFEX, a suspendu temporairement son site miroir de WikiLeaks à la suite de la décision de WikiLeaks de publier sans aucune modification la totalité de ses archives qui contiennent 251 000 câbles diplomatiques américains, invoquant pour ce faire des préoccupations relatives à la sûreté des sources confidentielles dont les noms sont maintenant dévoilés.

Dans une déclaration rendue publique le 1er septembre, RSF annonce que l'organisation a pris la décision de suspendre le site tant que la protection des sources « est menacée ». Le site miroir site a été créé en décembre dernier comme « geste d'appui » lorsque le site de Wikileaks était attaqué.

Selon RSF, le groupe n'a « pas les ressources techniques, ni humaines ni financières pour vérifier chaque câble » qui vient d'être publié, et doit par conséquent « ne prendre aucun risque ».

« D'un côté, certains des nouveaux câbles n'auraient pas été modifiés et présentent les noms des informateurs dans divers pays dont Israël, la Jordanie, l'Iran et l'Afghanistan.

« Bien qu'il n'ait pas été démontré que la vie de certaines personnes ait été menacée jusqu'à maintenant par ces révélations, dit RSF, les répercussions qu'elles pourraient avoir pour les informateurs, à savoir congédiements, agressions physiques et autres représailles, ne sauraient être négligées ».

Index on Censorship, qui appuie le principe derrière les initiatives des lanceurs d'alertes comme WikiLeaks, regrette également la publication de câbles non modifiés.

John Kampfner, du groupe Index on Censorship, indique pour sa part que « des sites comme celui de WikiLeaks vont continuer à surgir, et vont jouer un rôle important. Mais ils devraient fonctionner avec grand soin, autant pour la sécurité des lanceurs d'alertes que pour celle des individus qui pourraient se trouver en danger après des fuites irresponsables de documents diplomatiques, de renseignements ou d'autres matériaux. »

Au début de cette année, Index a exprimé auprès de WikiLeaks sa préoccupation concernant des reportages selon lesquels des documents non modifiés avaient été transmis à la dictature du Bélarus, et que WikiLeaks ne disposait pas des connaissances préalables nécessaires pour évaluer convenablement les risques que présentait pour certains individus la publication de documents confidentiels contenant leur nom.

Tout en étant d'accord que des entreprises de presse - dont WikiLeaks - ont l'obligation de protéger leurs sources, ARTICLE 19 fait valoir que le travail de WikiLeaks est toujours précieux - « même avec les fuites ».

« Les révélations les plus récentes ont suscité un nouvel intérêt, elles ont déclenché de nouvelles divulgations qui sont dans l'intérêt public », dit ARTICLE 19.

Une recherche de l'IFEX dans les câbles révèle six occurrences, dont une plainte du vice-ministre des Affaires étrangères de Tunisie pour les Amérique et l'Asie, Saida Chtioui, auprès de l'ambassadeur des États-Unis en Tunisie, Gordon Gray, au sujet des « nombreux propos “insultants” que l'IFEX a écrits sur la Tunisie et qui ont paru dans la presse ».

En dépit de la suspension, RSF entend continuer à afficher des renseignements sur sa page WikiLeaks à propos de la publication de câbles portant sur la liberté des médias et sur l'évolution de la situation concernant le site de WikiLeaks.

WikiLeaks a publié la semaine dernière la totalité des câbles dont il disposait après qu'il eut été révélé que des fichiers encryptés contenant les câbles non modifiés étaient accessibles en ligne par l'entremise du réseau de partage de fichiers « BitTorrent ». Seulement 20 000 des câbles avaient été publiés auparavant - avec la coopération de cinq partenaires dans les médias - le « Guardian », le « New York Times », « El País », « Der Spiegel » et « Le Monde » - qui ont collaboré avec WikiLeaks pour sélectionner soigneusement et épurer les documents.

WikiLeaks reproche au « Guardian » cette atteinte à la sécurité, et affirme que son rédacteur aux enquêtes, David Leigh, a divulgué « de façon négligente » les mots de passe donnant accès à la cache encryptée dans un livre publié plus tôt cette année.

Le « Guardian » rejette fermement toute responsabilité. Il affirme que, bien qu'il ait été publié dans un livre en février, le mot de passe ne devait avoir qu'une validité temporaire et devait expirer après quelques heures.

Rohan Jayasekera, du groupe Index, constate pour sa part que la mesure consistant à publier des documents secrets « n'a rien de technique, mais a tout à voir avec la protection, le soutien, le maintien de relations entre des gens qui donnent et reçoivent des renseignements en secret. »

« À l'heure actuelle, la trop grande confiance qu'on a dans l'encryptage ne tient pas compte de la faillibilité humaine… Le véritable successeur de WikiLeaks constatera que le fait de protéger les gens qui transmettent une information qui apporte une plus-value à son travail vaut plus que quelques lignes dans un code », a-t-il ajouté.

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