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La surveillance : un marché mondial lucratif qui se nourrit de la chasse aux dissidents, selon WikiLeaks

(RSF/IFEX) - Le 2 décembre 2011 - Reporters sans frontières dénonce à nouveau la coopération criminelle d'entreprises occidentales des nouvelles technologies avec des régimes autoritaires alors que le site WikiLeaks a rendu public le 1er décembre les "SpyFiles", une série de documents qui révèlent l'ampleur du marché mondial de la surveillance et de l'interception de masse, un marché qui pèserait 5 milliards de dollars.

Près de 1 100 documents internes concernant 160 entreprises présentes dans 25 pays sont ainsi révélées au grand public, en partenariat avec plusieurs médias (OWNI, The Washington Post, The Hindu, l'Expresso, l'ARD) et une ONG (le Bureau of Investigative Journalism).

Les outils de surveillance de ces entreprises sont utilisés à travers le monde entier par des forces militaires, des agences de renseignement, des gouvernements de pays démocratiques, mais également de régimes répressifs. Les Etats-Unis, la France, l'Allemagne, le Royaume-Uni et l'Italie, ainsi qu'Israël, figurent parmi les principaux pays exportateurs de ces technologies. Parmi les entreprises montrées du doigt, on compte BlueCoat (Etats-Unis), Elaman (Allemagne), Gamma (Royaume-Uni), Amesys et Qosmos (France) et Aera SpA (Italie). Une carte interactive permet de naviguer parmi les différents pays et entreprises concernés.

Le matériel et les logiciels fournis rendent possible tout un arsenal de mesures de surveillance. N'importe quel ordinateur ou téléphone portable peut être géolocalisé, piraté à distance, voire infecté par un Trojan grâce à l'utilisation d'outils de surveillance téléphonique (SMS, appels, géolocalisation), de surveillance et d'analyse d'Internet (mails, surf), d'analyse de la voix, de déclenchement de cyberattaques.

"Ces nouvelles révélations de WikiLeaks viennent confirmer et mieux documenter la collaboration honteuse entre entreprises occidentales et régimes autoritaires ébranlés par les remous du Printemps arabe et soucieux de contrôler la dissidence à tout prix. En armant le bras de régimes d'oppression en leur donnant les moyens de surveiller et d'arrêter des cyberdissidents et des militants des droits de l'homme, ces entreprises se rendent complices de graves crimes. Il est temps de mettre fin à l'impunité des entreprises et de leur imposer des sanctions financières."

Reporters sans frontières réitère sa proposition du 2 septembre 2011 de mettre en place une saisine de la Cour pénale internationale lorsque ces entreprises apportent de fait un soutien technologique à des dictateurs coupables de crimes de guerre.

L'organisation demande aux gouvernements des pays concernés de mettre en place un dispositif fort pour réguler ce marché, en empêchant l'exportation de matériel, de technologies et de logiciels vers les pays où ils sont susceptibles d'être utilisés pour violer la liberté d'expression et les droits de l'homme. Les entreprises doivent aussi adopter des procédures de suivi pour contrôler le détournement potentiel de matériel d'un pays "autorisé" à acquérir ce matériel à un autre qui n'en a pas le droit. Ces régulations doivent également être mises en place au niveau de l'Union européenne et d'organisations internationales comme l'Organisation de Coopération et de Développement Économiques (OCDE).

Le député américain Chris Smith s'apprête à introduire une nouvelle version du Global Online Freedom Act de 2006, qui prévoit notamment l'interdiction d'exportation de ces technologies vers des pays comme la Syrie et l'Iran qui restreignent la liberté d'expression en ligne et s'en prennent aux dissidents.

La version européenne du GOFA présentée en 2008 au Parlement européen, par l'eurodéputé hollandais Jules Maaten (ALDE), se donnait pour vocation de prévenir les possibilités de censure sur la Toile et de réguler les activités potentiellement liberticides des entreprises européennes du secteur de l'Internet. Elle doit être modifiée pour prendre en compte les dernières révélations et renforcer les mesures de contrôle.

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