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Les décès récents de journalistes syriens consolident le rang du monde arabe comme région meurtrière pour les journalistes en 2011, disent les membres de l'IFEX

Une année mortelle pour les journalistes qui couvrent les troubles politiques : le cameraman Hassan al-Wadhaf est mort le 24 septembre 2011, cinq jours après avoir été atteint par un tireur embusqué tandis qu’il couvrait une manifestation anti-gouvernementale à Sana’a, au Yémen
Une année mortelle pour les journalistes qui couvrent les troubles politiques : le cameraman Hassan al-Wadhaf est mort le 24 septembre 2011, cinq jours après avoir été atteint par un tireur embusqué tandis qu’il couvrait une manifestation anti-gouvernementale à Sana’a, au Yémen

Le journaliste citoyen Basil al-Sayed a été atteint mortellement à la tête par un tir des forces de sécurité syriennes tandis qu'il filmait le bain de sang du 29 décembre à Homs. Quatre jours plus tard, le journaliste d'État Shukri Ahmed Ratib Abu Burghul est mort dans un hôpital de Damas d'une blessure par balle à la tête subie le 29 décembre tandis qu'il rentrait chez lui après le travail. Ces meurtres - au milieu de troubles politiques - consolident le classement du Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord comme l'une des région les plus dangereuses du monde pour les journalistes en 2011. On a dénombré l'an dernier au moins 18 décès liés à l'exercice de la profession dans cette région instable, d'après les données des membres de l'IFEX.

« Les journalistes qui travaillent dans cet environnement ne sont pas moins en danger que les correspondants de guerre qui couvrent un conflit armé », a déclaré au Comité pour la protection des journalistes (CPJ) Ahmed Tarek, reporter à la Middle East News Agency, qui a été agressé par la police pendant qu'il assurait la couverture des manifestations à Alexandrie, en Égypte. « Le pire danger que courent les journalistes à l'heure actuelle dans les pays arabes après la révolution, c'est d'être visés par les forces politiques hostiles à quiconque les dénonce. »

Le CPJ n'avait par exemple jamais recensé de journalistes morts en Syrie dans l'exercice de leur travail au cours des deux décennies pendant lesquelles il a recueilli des données - jusqu'à maintenant, alors que trois journalistes sont morts depuis novembre 2011.

Dans l'ensemble, le CPJ a recensé en 2011 45 journalistes et cinq artisans des médias tués dans le monde en relation directe avec leur travail, dans des échanges de tirs ou tandis qu'ils répondaient à une affectation en zone dangereuse. Les sept journalistes morts au Pakistan marquent les pertes les plus lourdes subies dans un seul pays.

Les données du CPJ - le bilan le plus faible de tous ceux des membres de l'IFEX - reflètent la prudence dans la détermination d'un cas lié au travail. Si les motifs d'un homicide ne sont pas clairs, le CPJ le classe comme cas « non confirmé » et poursuit son enquête. L'an dernier, la mort de 35 journalistes a été inscrite à la liste des cas « non confirmés » - un « nombre anormalement élevé… essentiellement à cause de la situation très trouble dans plusieurs pays latino-américains, où la combinaison du crime, de la corruption et de l'absence totale d'enquête officielle rend extrêmement difficile de déterminer le motif », dit Joel Simon, du CPJ.

D'après le CPJ, le nombre des meurtres ciblés a décliné dans le monde, mais les décès survenus lors d'affectations dangereuses - comme la couverture des manifestations - ont atteint le niveau le plus élevé à ce jour. Les photographes et les caméramans, souvent les plus vulnérables lors de troubles violents, sont morts à un rythme qui est plus du double de la moyenne historique, dit le CPJ.

Aller à : For journalists, coverage of political unrest proves deadly (CPJ)

Reporters sans frontières (RSF) souligne aussi les dangers que courent les journalistes en Syrie, surtout dans les villes de Homs, Damas et Dara, que RSF range parmi les pires endroits du monde pour les journalistes. Le « black-out complet des médias » imposé par Bachar al-Assad a mené des citoyens ordinaires « qui risquent leur vie » à filmer les manifestations en faveur de la démocratie et à écrire sur le sujet, dit RSF.

Dans sa revue annuelle, RSF compte au moins 66 journalistes tués à travers le monde dans l'exercice de leur profession - soit une augmentation de 16 pour 100 par rapport à 2010. Pour la première fois, RSF a dressé la liste des dix endroits les plus dangereux du monde pour les médias, « où les journalistes et les citoyens de la Toile sont particulièrement exposés à la violence et où la liberté de l'information est bafouée. »

On constate sans surprise que les épicentres des manifestations au Moyen-Orient composent la moitié de la liste : Manama, à Bahreïn; la place Tahrir en Égypte; Misrata, en Libye; et le square du Changement à Sana'a, au Yémen, s'ajoutent aux villes de Syrie.

La violence électorale à Abidjan, en Côte d'Ivoire, le trafic de drogue dans l'État de Veracruz, au Mexique, les combats entre les forces de sécurité et les séparatistes armés de Khuzdar, au Pakistan, les paramilitaires et les milices privées à Manille, Cebu et Cagayan de Oro aux Philippines, et la guerre civile à Mogadiscio, en Somalie, complètent la liste des endroits les plus dangereux du monde.

RSF constate également le doublement du nombre des arrestations de journalistes - au moins 1 044 en 2011 (contre 535 en 2010) - surtout à cause des soulèvements du Printemps arabe et des mouvements de protestation qu'ils ont inspirés à travers le monde.

Aller à : Les dix lieux les plus dangereux pour les journalistes en 2011 (RSF)

Selon la Fédération internationale des journalistes (FIJ), qui accumule les données en collaboration avec l'International News Safety Institute (INSI), 106 journalistes et travailleurs des médias ont été tués l'an dernier, alors qu'on en avait compté 94 en 2010. La FIJ inclut tous les journalistes et employés des médias tués à cause de leur travail. Vingt autres journalistes et employés de soutien ont également perdu la vie dans des accidents et des incidents résultant de désastres naturels, dit la FIJ.

La FIJ reproche aux gouvernements leur incapacité à respecter leurs obligations internationales de protéger les médias contre la violence, laquelle, en retour, contribue à l'instauration d'une culture d'impunité. Dans une lettre au Secrétaire général des Nations Unies, la FIJ affirme que « dans une situation où les gouvernements se montrent indifférents à ce qui est devenu un patron banal d'homicides ciblés de journalistes, ou nient la réalité, il vous incombe, à vous et aux Nations Unies, de leur rappeler leur responsabilité de protéger les journalistes. »

Aller à : IFJ presses UN for action on media killings after violence claims 106 lives of journalists and media staff in 2011

L'Association Mondiale des Journaux et des Éditeurs de Médias d'Information (WAN-IFRA) a recensé 64 journalistes tués - dont 22 viennent de la région Moyen-Orient-Afrique du Nord. La WAN-IFRA ne tient pas compte des artisans des médias, ni des décès accidentels.

Aller à : 64 media employees killed in 2011 (WAN-IFRA)

L'Institut international de la presse (IIP) recense 103 journalistes et employés des médias dans sa liste « Death Watch » - à savoir ceux qui ont été visés délibérément à cause de leurs reportages ou simplement parce qu'ils étaient journalistes. L'IIP inclut également les journalistes tués en mission, qu'il décrit comme s'étant trouvés « au mauvais endroit au mauvais moment ».

D'après la méthodologie de l'IIP, le pays le plus meurtrier pour les journalistes en 2011 a été le Mexique, où 10 professionnels de l'information et travailleurs des médias ont été tués - dont un grand nombre aux mains des cartels de la drogue. Cela fait de l'Amérique latine la région la plus meurtrière, qui présente un bilan de 36 morts.

Aller à : Deadly trends for journalistes in 2011; 103 killed (IIP)

Sur cet arrière-plan, la Société interaméricaine de la presse (SIP) a conclu que l'année 2011 « a été l'une des années les plus “difficiles et tragiques” pour les pays des Amériques », avec la mort de 24 reporters, et elle réaffirmé sa détermination à confronter les difficultés prochaines. À cette fin, la SIP s'apprête à dépêcher en 2012 des missions dans plus d'une douzaine de pays et à y tenir des forums et des séances de formation. La SIP s'est également promis de garder l'œil ouvert sur la division de la Commission interaméricaine des droits de l'homme chargée de la défense de la libre expression, que certains gouvernements ont menacé de dissoudre.

Aller à : IAPA reviews state of press freedom in 2011 (SIP)

En dépit de l'éventail des chiffres, les groupes sont d'accord sur un but qu'ils partagent : « mettre en lumière le prix que paient les journalistes pour nous apporter les nouvelles et défendre la justice lorsque les journalistes sont atteints à cause de leur travail », dit Simon.

Pour voir comment les membres de l'IFEX arrivent aux chiffres qu'ils avancent et pour passer en revue les avantages des différentes approches, consulter le rapport spécial de l'IFEX, Projet de recherche méthodologique sur les journalistes tués.

Les revues de fin d'année des membres de l'IFEX seront publiées en ligne à mesure qu'elles deviendront disponibles.

Consulter les alertes suivantes de l'IFEX pour des analyses particulières sur certains pays ou certaines régions.

République démocratique du Congo : La situation de la liberté de la presse (Journaliste en danger)

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