RÉGIONS:

SUBSCRIBE:

Sign up for weekly updates

La politique de Twitter qui restreint les gazouillis suscite la colère

L’artiste et activiste chinois Ai Weiwei, emprisonné l’an dernier pour avoir contesté les autorités, a dénoncé la nouvelle politique de Twitter sur la censure
L’artiste et activiste chinois Ai Weiwei, emprisonné l’an dernier pour avoir contesté les autorités, a dénoncé la nouvelle politique de Twitter sur la censure

David Gray/REUTERS

Twitter vient d'annoncer la semaine dernière que l'entreprise allait commencer à restreindre les gazouillis dans certains pays s'ils violent les lois locales, ce qui a suscité des accusations de censure de la part de Reporters sans frontières (RSF), du Centre des droits de la personne de Bahreïn (Bahrain Center for Human Rights, BCHR) et de l'Organisation égyptienne de défense des droits de la personne (Egyptian Organization for Human Rights, EOHR), qui sont membres de l'IFEX.

Jusque-là, Twitter devait retirer un gazouillis de l'ensemble de son réseau s'il recevait d'un gouvernement une demande de retrait. Mais l'entreprise a déclaré dans un blogue publié le 26 janvier qu'elle avait maintenant la capacité de bloquer de manière sélective un gazouillis et de l'empêcher de paraître pour les utilisateurs dans un pays.

« À partir d'aujourd'hui, nous nous accordons le pouvoir de retenir de manière réactive le contenu des usagers dans des pays donnés tout en conservant ce contenu dans le reste du monde », pouvait-on lire sur le blogue de Twitter.

Dans l'intérêt de la transparence, Twitter a déclaré qu'elle affichera un avis de censure chaque fois qu'un gazouillis sera retiré et affichera sur le site web chillingeffects.org les demandes de retrait qu'elle recevra des gouvernements, des entreprises et des particuliers.
RSF a fait parvenir au président de Twitter, Jack Dorsey, une lettre le priant d'abandonner immédiatement la politique de censure.

« En choisissant finalement de s'aligner avec les censeurs, Twitter prive les cyberdissidents qui vivent dans des pays répressifs d'un outil crucial pour l'information et l'organisation », dit la lettre. « La position de Twitter, selon laquelle la liberté d'expression est interprétée différemment d'un pays à un autre, est inacceptable. »

RSF fait remarquer que Twitter avait reçu il y a un an des éloges des défenseurs de la liberté de parole parce qu'elle avait permis aux dissidents égyptiens de continuer à gazouiller après que l'Internet eut été débranché.

À l'époque, dans un blogue intitulé « Les Gazouillis doivent se poursuivre », Twitter avait laissé entendre qu'elle adopterait une attitude de non-intervention en matière de censure du contenu.

« Nous ne retirons pas les gazouillis sur la base de leur contenu », disait le blogue. « Notre position sur la liberté d'expression comporte le mandat de protéger le droit de nos usagers de s'exprimer librement et de préserver leur capacité de contester la divulgation de leurs informations privées ».

« Nous sommes très déçus de ce virage à 180 degrés », dit RSF dans sa lettre.

Les activistes qui comptaient sur Twitter, un grand nombre d'entre eux pour l'organisation de manifestations de protestation politique dans le monde arabe, exigent l'abandon de cette initiative de censure.

« Cela est extrêmement troublant pour les activistes de cette partie du monde qui voyaient dans Twitter leur seul outil pour promouvoir les droits de la personne et la justice sociale, et pour rapporter les cas de torture », dit le président du BCHR, Nabeel Rajab.

« La censure de Twitter constituerait pour eux un désastre. Les médias d'informations sont sous l'emprise de l'État, de sorte que Twitter reste l'un des rares outils accessibles aux gens », a-t-il ajouté.

En Chine, où les activistes se sont emparés de Twitter même s'il est bloqué dans le pays, l'artiste et défenseur de la libre expression Ai Weiwei a réagi sur Twitter en disant : « Si Twitter censure, je vais cesser de tweeter. »

Certains gazouillis appellent au boycott de Twitter le 28 janvier - au moyen du mot clé diésé #TwitterBlackout. Un grand nombre d'entre eux proviennent du Moyen-Orient.

Le secrétaire général adjoint de l'EOHR, Sherif Azer, voit lui aussi dans cette nouvelle politique une restriction à la libre expression en théorie, mais « en pratique, cela ne constitue pas un enjeu important pour bien des raisons », dit-il.

Twitter n'entend pas filtrer par exemple le contenu avant qu'il ne soit affiché. L'entreprise ne fera que retirer les messages si elle en reçoit la demande de la part d'officiels du gouvernement, de compagnies ou d'autres tierces parties qui cataloguent le message comme illégal - et seulement si Twitter est d'accord. Azer pense que tout le processus prendra du temps - au terme duquel le message se sera trouvé en ligne pendant un certain temps.

De plus, dit Azer, le contenu bloqué serait toujours accessible dans d'autres pays, ce qui signifie qu'on pourrait y accéder par des intermédiaires.

Twitter s'est portée à la défense de cette décision, la qualifiant de « bonne chose pour la liberté d'expression, la transparence et la reddition de comptes ».

« Cette annonce concerne notre capacité de conserver le contenu chaque fois que nous le pouvons et d'être extrêmement transparent auprès du monde lorsque nous ne pouvons conserver notre contenu. J'espère que les gens comprennent que notre vision du monde n'a pas changé », a déclaré aux reporters Alexander Macgillivray, directeur des affaire juridiques de Twitter.

Certains champions de la liberté de l'Internet se sont portés à la défense de Twitter, la créditant d'être franche quant au danger de censure, tout en soutenant la liberté de parole - et en devant se soumettre aux lois locales. Ils indiquent que très peu de géants technologiques donnent des explications quant aux raisons pour lesquelles ils retirent des éléments de contenu.

« Twitter est clouée au pilori parce qu'il est honnête sur une chose avec laquelle toutes les plateformes Internet sont aux prises », dit Cindy Cohn, directrice du contentieux de la Electronic Frontier Foundation. « Tant que cette censure s'exerce dans le secret, nous sommes tous perdants. »

Macgillivray a également assuré les reporters que la nouvelle politique n'a rien à voir avec un récent investissement de 300 millions de dollars US du milliardaire saoudien, le Prince Alwaleed bin Talal Mac, ou avec quelque autre contribution financière.

ADDITIONAL INFORMATION
Alertes liées au même sujet sur ifex.org


Dernier Tweet :

Hey Twitter followers, we need your help! Will you take this short survey on how we can improve our coverage of gen… https://t.co/5CztNEVT91