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L'UNESCO appuie un prix offert par un dictateur africain

UN via Human Rights Watch

Après presque deux ans de débat, le conseil d'administration de l'UNESCO a approuvé la semaine dernière un prix des sciences de la vie parrainé par le plus ancien dictateur africain au pouvoir, en dépit des pressions intenses exercées par les membres de l'IFEX et d'autres groupes africains et internationaux de défense des droits, en dépit aussi des constatations de l'UNESCO elle-même, selon lesquelles ce prix viole les règles mêmes de l'organisation.

Il y a eu cependant un changement important. Alors qu'à l'origine le prix portait le nom de son commanditaire, Téodoro Obiang Nguema Mbasogo, qui dirige la Guinée équatoriale depuis 1979, la récompense a été rebaptisée Prix International UNESCO-Guinée équatoriale pour la Recherche dans les sciences de la vie.

Le Comité pour la protection des journalistes (CPJ) a indiqué que la décision est « un coup porté à la crédibilité de l'organisation ».

« Ce prix a pour but de disculper l'image de l'un des dirigeants les plus répressifs d'Afrique, et personne n'est dupe du changement de nom », déclare le coordonnateur de la revendication du CPJ pour l'Afrique, Mohamed Keita. « Les 33 États qui ont voté en faveur ont choisi de promouvoir l'image d'Obiang plutôt que de sauvegarder les normes fondamentales en matière de droits de la personne. Ils devraient avoir honte. »

Les membres de l'IFEX ont constamment fait entendre leur opposition à ce prix, disant que le dossier de la Guinée équatoriale au chapitre des droits de la personne, y compris de la liberté de la presse, le rend incompatible avec la mission de l'UNESCO. En raison du tollé international, le prix n'a jamais été décerné depuis sa création il y a quatre ans.

Le CPJ, ainsi que six autres groupes de défense des droits, dont Human Rights Watch, a indiqué dans une déclaration que le vote « place les intérêts du Président au-dessus des principes fondamentaux de l'UNESCO en matière de défense des droits de la personne et de bonne gouvernance ».

Par ailleurs, l'UNESCO a conclu que le prix de 3 millions de dollars américains violerait les règles de l'organisation, rapporte Human Rights Watch. Le conseiller juridique de l'UNESCO a conclu que le prix « n'est plus gérable » en raison d'une « contradiction matérielle » entre la source de financement déclarée et sa source véritable.

Alors que les règles officielles du prix stipulent que l'argent vient d'une fondation qui porte le nom d'Obiang et qu'il est consacré à « la préservation de la vie », la Guinée équatoriale a informé l'UNESCO le mois dernier que l'argent était en fait tiré du trésor public, selon ce que révèle un document interne de l'UNESCO remis aux reporters.

La Directrice générale de l'UNESCO, Irina Bokova, a déclaré qu'elle consulterait davantage ses conseillers juridiques. L'an dernier, Bokova a demandé à Obiang de retirer le prix et d'épargner à l'UNESCO un cauchemar diplomatique qui entacherait sa réputation. Juste avant la tenue du vote, elle a annoncé aux 58 membres du conseil d'administration qu'« il était de son devoir de [les] alerter aux risques susceptibles de nuire à cette réputation ».

Les membres de l'IFEX accusent depuis longtemps Obiang d'utiliser l'argent de l'État pour payer le mode vie extravagant de sa famille. Lui et sa famille font l'objet d'une enquête pour corruption et blanchiment d'argent en France, en Espagne et aux États-Unis.

Selon le « New York Times », dans l'affaire qui le concerne en France, la police a perquisitionné à deux reprises la luxueuse résidence du fils d'Obiang à Paris - le fils est ministre du gouvernement et a été désigné récemment délégué adjoint permanent à l'UNESCO - et a procédé à la saisie d'avoirs qui vaudraient, selon certaines estimations, plusieurs dizaines de millions de dollars, notamment une flotte de luxueuses voitures sport.

Le prix a été approuvé par un vote de 33 à 18 et sept abstentions. Des pays d'Afrique, auxquels se sont joints des États arabes ainsi que la Chine, l'Inde, le Brésil, la Russie et d'autres encore, ont voté en faveur de la récompense. La plupart des membres des Caraïbes et d'Europe s'y sont opposés, de même que les États-Unis, l'Afghanistan et le Pérou.

D'après Human Rights Watch, la Guinée équatoriale restreint et contrôle les nouvelles de façon tellement étroite que les journalistes qui travaillent dans le pays ne peuvent pas rapporter librement les allégations de corruption ou les préoccupations qui sont exprimées au sujet du prix.

Freedom House classe la Guinée équatoriale comme l'un des « pires des pires » pays en 2011 pour ce qui est de son bilan abominable en matière de libertés civiles et de droits politiques.

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