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'Je vois la Journée contre l'impunité avec espoir', dit l'avocate philippine Prima Jesusa Quinsayas

Prima Jesusa Quinsayas nous dit pourquoi, en dépit des menaces, elle travaille comme poursuivante à titre privé dans quelques-unes des affaires les plus connues d'homicides de travailleurs des médias aux Philippines

La procureure philippine Prima Jesusa Quinsayas reçoit des menaces à cause de son travail dans l'affaire du massacre d'Ampatuan, commémoré ici en 2011 à l'anniversaire du massacre
La procureure philippine Prima Jesusa Quinsayas reçoit des menaces à cause de son travail dans l'affaire du massacre d'Ampatuan, commémoré ici en 2011 à l'anniversaire du massacre

Erik de Castro/REUTERS

Pour dire la vérité, j'ai hésité à partager mon expérience personnelle sur ce à quoi cela ressemble d'être poursuivante à titre privé dans des affaires d'homicides de travailleurs des médias.

Je suis entrée dans la profession juridique de mon plein gré et j'ai entrepris de travailler dans les causes criminelles pleinement consciente de ce que cela voulait dire. Je dois admettre que les menaces que j'ai recues ne sont pas un "exemple classique" de ce que doit affronter un procuteur aux Philippines. D'autres ont vu pire. Cela fait partie du travail.

Pourtant, le côté non avocat de moi me dit que personne ne devrait être menacé pour le simple fait qu'il ou elle fait son travail. On ne devrait pas tuer de journalistes à cause d'un reportage qu'ils ont écrit, diffusé ou produit. Et les avocats ne doivent pas être soumis à des menaces à cause des affaires qu'ils défendent.

Dans l'affaire du massacre d'Ampatuan, la mort d'un témoin essentiel et le meurtre de l'escorte de sécurité d'un autre témoin m'ont persuadée qu'il est temps que davantage de gens sachent tout ce qui est en jeu quand un journaliste est tué. Il y a d'autres personnes dont la vie est carrément en danger.

Les témoins qui ne sont pas morts ont vu leur vie changer radicalement. Leur mobilité est très limitée. Ils doivent faire preuve d'une prudence accrue pour aller quelque part, pour rencontrer des gens et dans ce qu'ils font. Les accusés qui ont réussi à échapper à l'arrestation jouissent d'une bien plus grande liberté que les témoins qui ont décidé de dire la vérité.

Il est malheureux que les procureurs doivent participer activement à la recherche de témoins et d'éléments de preuve s'il veulent obtenir une condamnation. En théorie, c'est là le travail des enquêteurs de la police. Mais la qualité des enquêtes policières laisse beaucoup à désirer. Même si la Police nationale des Philippines compte dans ses rangs quelques-uns des hommes et des femmes les plus dévoués, l'absence de ressources ne leur a pas permis d'entreprendre une formation exhaustive sur la façon de mener efficament des enquêtes criminelles.

Par conséquent, en tant que procureure, je suis contrainte de faire les démarches, comme de rechercher des témoins possibles et les convaincre de témoigner au tribunal. Une des premières questions que posent les témoins est de demander si leur sécurité sera compromise. Malheureisement, je n'ai jamais pu les rassurer entièrement. Je me vois souvent au contraire en appeler à leur soif de vérité et de justice.

C'est pourquoi je vois la Journée internationale contre l'impunité avec beaucoup d'espoir. Cela fait plus de 26 ans que la démocratie est revenue aux Philippines, et pourtant il n'y a eu que 10 condamnations dans des affaires d'homicides d'artisans des médias. Triste illustration du système de justice criminelle du pays.

J'espère que la campagne pour mettre fin à l'impunité entraînera les changements institutionnels et de politique recherchés, qui vont hâter l'accession à la justice. Je dois croire que la justice prévaudra, et qu'aucun tueur de journalistes ne se soustraira à la justice. Sinon, je n'ai pas affaire à travailler comme poursuivant privé.

Prima Jesusa Quinsayas est poursuivante à titre privé dans un certain nombre d'affaires d'homicides de travailleurs des médias, comme celles du massacre d'Ampatuan et des meurtres de Marlene Esperat, Crispin Perez et Desiderio Camangyan. Elle est présentée dans la campagne "calendrier 23 en 23" de la Journée internationale contre l'impunité le 23 novembre, anniversaire du massacre d'Ampatuan.

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