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Le réseau de l'IFEX : Réflexions sur les résultats

Les membres du réseau de l'IFEX parlent des résultats – des résultats obtenus, et la façon dont le fait d'appartenir à l'IFEX a eu des conséquences pour eux

Le communicateur cambodgien de la radio Mam Sonando est libéré de prison le 15 mars 2013.
Le communicateur cambodgien de la radio Mam Sonando est libéré de prison le 15 mars 2013.

Cambodian Human Rights Centre

Tandis que le réseau de l'IFEX, qui compte 80 groupes membres, s'apprête à tenir son Assemblée générale et sa Conférence de définition de stratégie du 17 au 20 juin 2013 à Phnom Penh, au Cambodge, la volonté que nous avons tous d'accroître les répercussions de notre travail se trouve à l'avant-plan de nos pensées. Mais que voulons-nous dire par répercussions ? Quand savons-nous que nous avons obtenu les résultats que nous souhaitions ?

Parfois, les résultats de nos actions sont faciles à constater. Depuis sa fondation en 1992, le réseau de l'IFEX a lancé une multitude d'actions conjointes fructueuses, dont des pétitions et des campagnes de lettres pour exiger que les gouvernements respectent les droits des journalistes et autres personnes emprisonnés parce qu'ils s'expriment. Lorsque ces actions portent fruit, comme le 20 mars 2013 quand le communicateur de la radio cambodgien Mam Sonando a été libéré, l'IFEX et son organisation membre, le Centre des droits de la personne du Cambodge (Cambodian Center for Human Rights, CCHR), ont pu partager la nouvelle avec le monde (voir les photos ici).

Mais l'IFEX et ses membres doivent souvent adopter le point de vue à long terme. Le processus peut se révéler laborieux, présenter de nombreuses difficultés et des reculs – par exemple lorsque le processus judiciaire ou l'inaction du gouvernement empêchent de progresser. D'un autre côté, l'importance des obstacles que nous devons surmonter peut être compensée par l'ampleur des résultats, comme lorsque nos actions incitent une nation à refondre une législation répressive, notamment les lois concernant la diffamation, susceptibles de jeter un froid sur la libre expression à travers toute la société.

Les membres de l'IFEX parlent souvent des conséquences de notre travail. Nous partageons ci-dessous les réflexions de quelques-uns de nos membres ainsi que la façon dont ils prennent conscience des résultats obtenus.

  • Saïd Yousif Al-Muhafdah, Vice-président, Centre des droits de la personne de Bahreïn (Bahrain Center for Human Rights, BCHR), Bahreïn
  • Ghias Aljundi, Agent de recherche et de développement pour le Moyen-Orient, PEN International
  • Corina Cepoi, Directrice, Centre du journalisme indépendant (Independent Journalism Center, IJC), Moldavie
  • Wesley Gibbings, Président, Association des professionnels de la presse des Caraïbes (Association of Caribbean MediaWorkers, ACM), Trinité-et-Tobago
  • Şanar Yurdatapan, Antenna, Turquie
  • Tshivis Tshivuadi, Secrétaire-général, Journaliste en danger (JED), RDC


Quand savez-vous que votre travail donne des résultats ?

Quand la législation est adoptée
Wesley Gibbings : Notre plus grand succès, ç'a été l'annonce par le gouvernement de la Grenade qu'il avait pris la décision d'abolir la diffamation criminelle. En conséquence, nous nous attendons à une réaction en chaîne et je pense qu'en très peu de temps, nous allons connaître d'immenses succès dans quelques autres pays des Caraïbes.

Quand des prisonniers sont libérés
Ghias Aljundi : Lorsque je travaillais sur deux affaires de peine de mort au Yémen, après une campagne concrète, les peines des accusés ont été suspendues puis les deux hommes ont fini par être remis en liberté. Cela nous a donné un sentiment d'immense satisfaction qu'on avait réalisé quelque chose de positif.

Quand notre travail est reconnu
Tshivis Tshivuadi : Pour les organisations internationales et les bureaux consulaires, JED sert de référence sur la situation des droits de la personne en RDC. En novembre 2005, JED s'est vu décerner le prix Hermann-Kesten remis par le PEN d'Allemagne, dont le président a salué notre groupe qu'il a décrit comme “l'organisation de défense de la liberté de la presse et de la liberté d'expression la plus importante d'Afrique.”

Journaliste en danger (JED) dénonce la suspension de RFI.
Journaliste en danger (JED) dénonce la suspension de RFI.

Journaliste en danger

Quand une station de radio est revenue en ondes
Tshivis Tshivuadi : JED a entrepris en 2010 une campagne de 45 jours destinée à faire lever une suspension de 15 mois des émissions sur la bande FM de Radio France Internationale (RFI), campagne pendant laquelle nous avons recueilli des signatures sur une pétition adressée au président. En dépit d'une contre-campagne de dénigrement lancée par les médias d'État, au cours de laquelle le ministre de l'Information a accusé les directeurs de JED d'être “au service d'intérêts étrangers”, plus de 10 000 signatures—dont celles de dirigeants des principaux partis politiques du pays et d'organisations de la société civile—ont été recueillies et transmises au Président Joseph Kabila. JED a poursuivi sa campagne jusqu'à ce que la station soit autorisée à revenir en ondes.

Quand un éditeur a été acquitté
Şanar Yurdatapan : En février 2002, Fatih Tas, l'éditeur en Turquie de l'ouvrage de Noam Chomsky intitulé American Interventionism [L'Interventionisme américain], a subi un procès devant la Cour de Sûreté de l'État pour avoir produit de la propagande contre l'État. D'après le droit turc, si l'auteur de l'ouvrage incriminé n'est pas accessible à la juridiction nationale, l'éditeur, le traducteur, et même le propriétaire de la maison d'édition peuvent être tenus responsables et condamnés. Nous avons invité M. Chomsky à Istanbul, où il a pu assister au procès devant la Cour de Sûreté de l'État. À la suite de son apparition devant le tribunal, l'audience n'a duré que 15 minutes et l'éditeur a été acquitté.


Décrivez une façon dont le fait de faire partie du réseau de l'IFEX a eu des conséquences pour vous ou pour votre travail.

Les filles de Saïd Yousif Al-Muhafdah protestent contre l'arrestation de leur père.
Les filles de Saïd Yousif Al-Muhafdah protestent contre l'arrestation de leur père.

Un plaidoyer en ma faveur
Saïd Yousif Al-Muhafdah : Après mon arrestation, l'IFEX a émis de nombreuses déclarations pour prendre ma défense. C'est pour cette raison que j'ai été remis en liberté et acquitté un mois plus tard. Cela a aussi été le cas de Nabil Rajab [Président du BHRC] – le gouvernement avait prévu pour lui une peine de nombreuses années de prison mais, en raison de la pression internationale, il a été condamné à trois ans, et la poursuite des pressions internationales a fait en sorte qu'il a été condamné à moins de deux ans.

Cela nous relie aux autres et renforce nos capacités
Wesley Gibbings : Je pense qu'avant de nous joindre à l'IFEX, il y a quelques années à peine, nous nous trouvions virtuellement dans le désert au point de vue international. Grâce à l'IFEX, nous avons profité d'un exercice de renforcement institutionnel qui nous a aidés à réexaminer notre organisation, à évaluer nos forces et nos faiblesses, et ainsi nous avons pu bénéficier considérablement de l'existence du réseau de l'IFEX.

Accroître notre crédibilité et notre collaboration.
Tshivis T. Tshivuadi : Depuis que nous avons joint les rangs du réseau de l'IFEX en 1999, JED a acquis une visibilité internationale qui a soutenu sa réputation et sa crédibilité en tant qu'organisation de défense de la liberté de la presse. Le fait d'appartenir au plus grand réseau international de défenseurs de la liberté de la presse a en outre permis à JED de collaborer étroitement avec des groupes prestigieux comme le Comité pour la protection des journalistes (CPJ), Human Rights Watch, Amnistie Internationale, l'Institut des médias d'Afrique australe (Media Institute of Southern Africa, MISA), Article 19, la Fédération internationale des journalistes (FIJ) et le PEN International, ainsi qu'avec des agences des Nations Unies qui se consacrent à la défense des droits de la personne.

Création d'un filet de sécurité
Corina Cepoi : [L'IFEX est] un filet de sécurité parce que s'il arrive quelque chose, tout le monde se porte à votre défense. C'est important dans un certain environnement, en particulier lorsqu'un pays se trouve en transition, quand vous ne savez jamais ce que le lendemain vous réserve. Le soutien et la réaction immédiate de l'IFEX ont vraiment de l'importance pour nous.

Ce ne sont là que quelques exemples. Pour avoir un aperçu plus en profondeur de deux campagnes menées par des groupes membres de l'IFEX qui ont donné des résultats, ainsi que des contextes dans lesquels elles se sont déroulées, consultez notre historique interactif qui illustre comment une campagne de trois ans et demi lancée par Index on Censorship, le PEN d'Angleterre et le groupe Sense About Science, a mené à une réforme des lois du Royaume-Uni en matière de diffamation, ou encore lisez la documentation sur la participation de la coalition du Centre africain pour la liberté d'accès à l'information (African Freedom of Information Centre, AFIC) à la mise en œuvre des lois sur la liberté d'accès à l'information dans 11 pays d'Afrique depuis 2000. Grâce à la collaboration, les membres de IFEX donnent une voix au message collectif de la libre expression, et le résultat est mondial. 

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