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Une résolution des Nations unies consacre l'importance du rôle des journalistes dans la couverture des manifestations

Reporters sans frontières salue l'adoption par le Conseil des droits de l'homme des Nations unies, le 28 mars 2014, d'une résolution concernant la promotion et la protection des droits de l'homme dans le contexte des manifestations pacifiques. Cette résolution reconnaît et consacre le rôle essentiel des journalistes dans la couverture des manifestations, et dénonce les attaques et agressions dont ils sont victimes au cours de ces évènements.

"L'année 2013 a été marquée par une augmentation dramatique des violences et intimidations auxquelles sont exposés les journalistes dans leur travail de couverture des manifestations. Nous nous félicitons que le Conseil ait entendu les inquiétudes exprimées par Reporters sans frontières. Cette résolution constitue pour nous un important outil de plaidoyer auprès des États concernés", souligne Lucie Morillon, directrice de la recherche de Reporters sans frontières.

"Des procédures de contrôle du respect par les États de leurs obligations doivent désormais être mis en place afin d'assurer l'application effective de cette résolution. Les mécanismes existants des Nations unies doivent également se saisir pleinement du problème des journalistes dans les manifestations pacifiques. Les "procédures spéciales" concernées, notamment le rapporteur spécial sur la liberté d'expression et celui sur le droit de manifestation pacifique et de réunion, doivent à présent systématiquement introduire cette question dans tous leurs rapports, communiqués et visites de pays," ajoute-t-elle, avant de conclure : "Il est nécessaire que la communauté internationale aille plus loin dans la protection des journalistes. Le Conseil de sécurité qui, en 2006, s'était saisi de la question des civils et des journalistes dans les conflits armés, doit lui aussi à présent se pencher sur la situation des journalistes dans le contexte des conflits non armés et notamment des manifestations, sur le modèle de la résolution sur la sécurité des journalistes adoptée en novembre 2013 par l'Assemblée générale des Nations unies".

La résolution reconnaît tout d'abord que les manifestations pacifiques contribuent "au développement, au renforcement et à l'efficacité des systèmes démocratiques". Elle demande aux États "d'accorder une attention particulière à la sécurité des journalistes et des professionnels des médias qui couvrent les manifestations pacifiques" et, ce qui est une avancée notable, à "tenir compte leur rôle spécifique, de leur exposition et de leur vulnérabilité". Cette dernière mention marque un important progrès en ce qu'elle est une reconnaissance par le Conseil des dangers particuliers auxquels sont confrontés les journalistes dans les manifestations, ainsi que de leur fonction particulière.

La résolution va plus loin dans la consécration du rôle essentiel des journalistes : elle "reconnaît le rôle important que jouent les institutions nationales de défense des droits de l'homme, la société civile, notamment les organisations non gouvernementales, les journalistes et autres professionnels des médias, les internautes et les défenseurs des droits de l'homme, et d'autres parties prenantes concernées, dans la collecte d'informations sur les violations des droits de l'homme ou les atteintes à ces droits commises dans le contexte des manifestations pacifiques".

Cette résolution, présentée par le Costa Rica, la Suisse et la Turquie, a fait l'objet de discussions laborieuses durant plusieurs séances du Conseil. Les débats ont achoppé notamment sur les obligations qui pèsent sur les États et les manifestants, sur les catégories de personnes à protéger, sur le comportement des forces de l'ordre et des manifestants. Cependant, la question des journalistes, de leur rôle et des attaques dont ils sont l'objet a finalement, de façon surprenante, recueilli un certain consensus parmi les délégations.

Prise en compte par le Conseil des droits de l'homme des préoccupations de RSF

La résolution fait écho aux inquiétudes exprimées par Reporters sans frontières ces derniers mois, notamment dans une soumission écrite présentée au Conseil des droits de l'homme en février 2014 sur l'aggravation de la situation des journalistes dans les manifestations pacifiques. Dans cette soumission, Reporters sans frontières soulignait ce rôle crucial d'information, de témoignage et de surveillance joué par les journalistes dans dans les manifestations pacifiques, évènements par essence publics, collectifs et politiques dont la couverture est d'intérêt public : "Les médias sont les témoins de l'attitude des forces de l'ordre pendant [les] manifestations. Les professionnels de l'information traitent, parfois en temps réel, du déroulement des rassemblements, des éventuelles arrestations, des cas de violence ou autres exactions à l'encontre des manifestants." La couverture des manifestions "permet d'informer sur la tenue d'un rassemblement, de relayer les griefs ou les aspirations qui y sont exprimés, de rapporter la manière dont les autorités répondent à ces mouvements, de faire émerger un débat sur ces actions et revendications, etc."

RSF insistait sur le fait qu'"une réflexion sur la promotion et la protection des droits de l'homme dans le contexte des manifestations pacifiques, mentionnée dans la résolution 19/35 du Conseil des droits de l'homme, doit impérativement prendre en compte le statut des professionnels des médias lors de ces rassemblements." L'organisation appelait ainsi les États à "Reconnaître la couverture médiatique comme un élément de promotion et de protection des droits de l'homme dans le contexte des manifestations pacifiques".

Aggravation de la situation des journalistes dans les manifestations pacifiques

En Turquie, entre mai et septembre 2013, les journalistes ont largement fait les frais de la violente répression du mouvement de protestation antigouvernementale. Cent cinquante-trois acteurs de l'information ont été blessés et trente-neuf interpellations ont été recensées. En Ukraine, entre le début du mouvement Euromaidan le 23 novembre jusqu'à ce que les manifestations dégénèrent en affrontements le 19 janvier, au moins 58 journalistes ont été blessés. Alors qu'ils portaient dans la plupart des cas des gilets marqués « presse », ils semblent avoir été visés délibérément par les forces de l'ordre. En Égypte, le bilan des exactions commises contre les professionnels de l'information lors de manifestations, aussi bien pendant la période Morsi que depuis la prise de pouvoir par l'armée, est particulièrement lourd. 65 journalistes ont été agressés et 103 interpellés lors de manifestations en 2013, et depuis le début de l'année 2014, le nombre de cas d'agressions recensés contre des journalistes s'élève déjà à 11, et le nombre d'interpellations à 32. Au Brésil, lors du "Printemps Brésilien", une centaine de journalistes ont subi des violences.

Outre les violences, les professionnels des médias font fréquemment l'objet d'arrestations arbitraires et de condamnation ou de mesures d'intimidation, que ce soit dans des pays autoritaires ou dans des démocraties. En Grèce par exemple, alors que les forces anti-émeute n'ont toujours pas adapté leur répression et persistent à considérer les photographes, cameraman ou preneur de son comme les témoins gênants de leurs propres débordements, le parti néonazi Aube Dorée et les mouvances anarchistes radicales mènent, elles aussi, la guerre aux acteurs de l'information lors de manifestations.

Reporters sans frontières a aussi comptabilisé de nombreux cas d'entraves au travail des journalistes, notamment des interdictions d'accès à des manifestations, des refoulements, des cas de confiscation du matériel des journalistes dans le but d'empêcher tout écho médiatique, notamment international, de ces rassemblements. En Chine, après que la région du Xinjiang a connu, le 26 juin dernier, les affrontements les plus meurtriers depuis les émeutes de 2009, des reporters de l'Agence France-Presse (AFP) ont été refoulés après avoir été brièvement interpellés. Au Bahrein, arrestations arbitraires, tortures et mauvais traitements continuent d'être le quotidien de ceux qui entendent couvrir les manifestations. Les autorités ont tenté d'imposer un blackout de l'information sur les manifestations qui ont eu lieu le 14 août en incarcérant des net-citoyens et en empêchant l'accès du pays aux journalistes et activistes des droits de l'homme.

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