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L'accès à l'information : Clé du développement

Lorsque les habitants de la municipalité de Khulnâ, sise sur les bords du fleuve Rupsha, au Bangladesh, ont commencé à remarquer une poussée de problèmes de santé dans leur communauté, ils se sont adressés au dirigeant de la communauté, Masum Billah, pour lui demander de les aider. Mais les habitants avaient également remarqué autre chose : un afflux le long du fleuve d’usines fortement polluantes de décorticage du riz et de transformation du bois.

Un fermier écoute sa radio à transistor tandis qu'il rentre du travail près du village de Koumboula,  dans le sud du Niger, le 30 juin 2005.
Un fermier écoute sa radio à transistor tandis qu'il rentre du travail près du village de Koumboula, dans le sud du Niger, le 30 juin 2005.

REUTERS/Finbarr O'Reilly

Le groupe Article 19, membre de l'IFEX, travaille avec les citoyens locaux, y compris Masum, et lutte pour une meilleure protection environnementale dans les zones côtières vulnérables comme celle de Khulnâ, en se prévalant de la Loi du Bangladesh sur le droit d'accès à l'information (RTI). Masum s'est prévalu de la RTI et a déposé une requête auprès du Ministère de l'Environnement afin d'obtenir la liste complète des usines présentes dans la région, ainsi que l'état de leur accréditation. Le résultat a montré que la moitié d'entre elles étaient en opération de manière illégale. L'organisation de Masum vient d'entamer des poursuites judiciaires contre le Ministère de l'Environnement et l'autorité locale en charge du développement économique afin d'obtenir le retrait des usines illégales.

L'accès à l'information, c'est l'âme des médias libres et d'une société démocratique, un fait qu'il vaut la peine de se rappeler au moment de souligner la Journée mondiale de la liberté de la presse. Les journalistes ont besoin d'avoir accès aux renseignements afin d'investiguer et de rapporter des histoires — et nous devons pouvoir accéder aux informations qu'ils rapportent. Sans ces renseignements, des histoires importantes passent sous silence. Le droit d'accéder à l'information est enchâssé dans la Déclaration universelle des droits de l'homme comme la liberté « de chercher, de recevoir et de répandre […] les informations », et reconnu — du moins en théorie — par plus de 100 gouvernements à travers le monde qui ont promulgué des lois sur l'accès à l'information. Pourtant, depuis trop longtemps, ce droit n'est pas inclus dans les principales initiatives de développement, notamment dans les Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) énoncés par les Nations Unies. Nous devons corriger cette omission.

À l'approche de la date cible de 2015 pour les OMD, des appels se font de plus en plus entendre pour que l'on réaligne les objectifs de développement futurs selon un modèle fondé sur les droits — un modèle qui inclut la liberté d'accès à l'information. Cette démarche est soutenue par des agences de développement et des organisations de défense de la libre expression de partout dans le monde — dont un grand nombre appartenant au réseau de l'IFEX. Et certains indices laissent croire que leur voix est entendue : un groupe de l'ONU mis sur pied l'an dernier pour étudier la question a recommandé d'établir un objectif particulier consistant à préserver « le droit du public à l'information et d'accéder aux données gouvernementales » dans le cadre d'une mesure plus vaste visant à « assurer une bonne gouvernance et des institutions efficaces ». Des paroles pleines de promesses, qui suscitent un optimisme prudent.

L'accès à l'information est une question de pouvoir. Cet accès habilite les citoyens à exiger une plus grande part des ressources du gouvernement pour améliorer leur sort et prendre des décisions mieux informées sur leur avenir. Il donne aux organisations de la société civile les outils nécessaires pour attribuer les maigres ressources de développement à ceux qui peuvent le mieux les utiliser. Cela signifie que les autorités locales de la santé et les écoles sont mieux à même de combler les besoins de leurs communautés. Et cela signifie que des médias libres peuvent dénoncer les abus et les affaires de corruption et faire rendre des comptes aux gouvernements. On n'est donc pas étonné que de nombreux gouvernements et intervenants du secteur privé restent hostiles à de tels efforts.

Néanmoins, ces gens ont tort devant l'histoire, qui s'agrippent à une vision révolue du gouvernement enracinée dans l'opacité et la prise de décision au sommet. Partout dans le monde, les gens ont soif d'informations à partager, et maintenant que de plus en plus de personnes ont accès aux technologies de l'information et des communications, le passage vers une plus grande transparence sera plus difficile à contrer. Le groupe Media Rights Agenda, organisation de défense de la libre expression basée au Nigeria et membre de l'IFEX, a fait ce lien. Il a rendu publique récemment une application qui permet aux utilisateurs locaux d'appareils mobiles de type androïde de télécharger la Loi du Nigéria sur la liberté d'accès à l'information dans leurs appareils à main, leurs tablettes et autres dispositifs. L'accès à l'information se trouve littéralement au bout de leurs doigts.

L'accès à l'information est inséparable de toute discussion sérieuse sur le bien-être socio-économique à long terme. À l'occasion de cette Journée mondiale de la liberté de la presse, abandonnons enfin l'idée qu'un développement véritablement durable puisse exister sans le droit à la libre expression, et imaginons plutôt un monde où chacun travaille à renforcer l'autre, pour le bien commun.

Consultez la page web de l'IFEX consacrée à la Journée mondiale de la liberté de la presse, ici.

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