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Les actes de violence contre des médias s'accentuent après l'attentat contre "Charlie Hebdo"

REUTERS/Anis Mili

Cet article a été initialement publié sur rsf.org le 15 janvier 2015.

Parce qu'ils ont affiché publiquement leur soutien à Charlie Hebdo, frappé par un attentat meurtrier le 7 janvier, de nombreux médias ont été la cible de violence et de censure. Pressions, menaces, attaques physiques.... Reporters sans frontières dénonce ces actes d'intimidation et appelle les Etats à tout mettre en oeuvre pour protéger les journalistes.

La presse internationale a, de manière générale, couvert l'attentat contre Charlie Hebdo et affiché sa solidarité. Les réactions de certains gouvernements et milieux radicaux ne se sont pas fait attendre.

Menaces de mort à l'encontre de journalistes tunisiens

Les journalistes Moez Ben Gharbia ex-présentateur de l'émission “La huitième heure”, et Naoufel Ouertani, animateur des émissions “Labess” ou “Klem Ennes” sur la chaîne privée “Ettounissia”, sont victimes, depuis le 9 janvier 2015, de menaces de mort après qu'ils ont affiché leur soutien à leurs confrères journalistes, victimes d'un attentat contre Charlie Hebdo.

Dans une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux le 9 janvier dernier, Kamel Zarrouk, dirigeant de l'organisation islamiste Ansar Al-Sharia, a appelé les cellules terroristes dormantes en Tunisie à commencer une guerre contre les journalistes et les médias. Zarrouk qualifie explicitement les deux journalistes Ben Gharbia et Ouertani de mécréants.

Contacté par RSF, Moez Ben Gharbia s'est dit très inquiet. Promise par l'Etat, la demande de protection policière adressée aux autorités par les deux journalistes tarde à se mettre en place.

Censure et menaces en Turquie

Saisi en procédure d'urgence, un tribunal de Diyarbakir (Sud-Est) a ordonné le 14 janvier le blocage des sites internet qui reproduisent la couverture du “numéro des survivants” de Charlie Hebdo, représentant Mahomet.

Certaines caricatures parues dans le nouveau numéro de Charlie Hebdo ont été republiées en turc par le quotidien d'opposition Cumhuriyet (République), dans un supplément de quatre pages. A la veille de sa parution, dans la nuit du 13 au 14 janvier, la police d'Istanbul s'est rendue à l'imprimerie du journal afin d'examiner le supplément. Les agents ont finalement permis sa distribution une heure plus tard, après avoir reçu l'autorisation du procureur et s'être assurés que la couverture représentant Mahomet n'y était pas en évidence. Si une partie de la population turque a cependant manifesté son soutien à l'initiative, notamment sur Twitter où s'est répandu le mot-clé #JesuisCumhuriyet aux côtés de #JeSuisCharlie, Cumhuriyet s'est attiré les foudres des milieux intégristes et de certains médias proches du gouvernement. Le directeur de la publication du quotidien, Utku Cakirözer, a indiqué à l'AFP avoir reçu des menaces téléphoniques.

Après l'attentat contre Charlie Hebdo, des caricaturistes turcs, en particulier ceux des hebdomadaires Penguen et Leman, ont quant à eux été menacés par des islamistes radicaux. Depuis son compte Twitter, le chroniqueur de Vahdet, Ibrahim Yörük, a menacé la revue Penguen en “recommandant” à ses journalistes de rester “intelligents” : “Regarde Charlie Hebdo, il ne faut pas faire de l'humour en insultant les croyances du peuple”. Un caricaturiste de cet hebdomadaire, Erdil Yasaroglu, avait récemment été poursuivi en justice pour "blasphème". D'autres messages postés sur Twitter ciblent le journal Leman. “Au moins 12 personnes à décapiter à Leman”, estime @kerem_cenk, tandis qu'un autre affirme que “Leman devait tirer des enseignements de cette attaque”.

La Russie entre censure et intimidation

Le 13 janvier, le Roskomnadzor (organisme fédéral de régulation des médias et des communications) a déclaré que les caricatures de personnalités religieuses relevaient de l'“incitation à la haine religieuse” et seraient traitées comme des publications “extrémistes”, passibles de lourdes sanctions en Russie. Le Rozkomnadzor a ainsi ordonné au journal Novosti Permi et au site www.59.ru de retirer les caricatures de Charlie Hebdo qu'ils avaient reproduites et de modérer les commentaires de lecteurs, sous peine de poursuites.

La station de radio libérale Écho de Moscou a pour sa part été taxée d'islamophobie par Ramzan Kadyrov, le président de la République de Tchétchénie et prédateur de la liberté de l'information, après la diffusion d'un débat sur le fait de publier ou non les caricatures de Mahomet en réponse à l'attaque contre Charlie Hebdo. Sur son compte Instagram, Ramzan Kadyrov dénonce une provocation et accuse la radio “d'offenser les musulmans de Russie et du reste du monde” et “semer la discorde entre les peuples”. D'après lui, Alexeï Venediktov, le rédacteur en chef de la radio a depuis longtemps transformé Écho de Moscou en porte-parole de la Russie anti-islamique. “Je suis fermement convaincu que les autorités devraient rappeler à l'ordre la radio lorsqu'elle sème l'animosité et la haine entre les gens et les peuples. Sinon, il se trouvera bien quelqu'un pour [lui] faire rendre des comptes (...) Les musulmans de Russie qui ne sont pas indifférents au destin de leur patrie ne vont pas tolérer indéfiniment les incartades de Venediktov et compagnie”, écrit ainsi Ramzan Kadyrov. Le 11 janvier, le rédacteur en chef d'Echo de Moscou a porté plainte auprès de la police.

Les journalistes interdits de rassemblement en Iran

Le 8 janvier 2015, les forces de l'ordre et les agents du ministère des Renseignements iraniens ont empêché un rassemblement de journalistes devant le siège de l'association des journalistes, à Téhéran. L'appel au rassemblement avait été lancé par des journalistes indépendants en “hommage à la liberté d'expression et aux victimes de l'attaque terroriste contre le journal Charlie Hebdo”. Le lendemain, plus de 185 journalistes iraniens ont condamné dans un communiqué “un acte de violence contre la liberté d'expression”. Ils ont aussi déclaré : “nous sommes aux côtés des victimes de Charlie Hebdo”.

Des menaces de morts en Israël


Nao Olchowski, dessinateur pour le quotidien israélien Haaretz, a publié en fin de semaine dernière une caricature rappelant que l'armée israélienne a tué treize journalistes palestiniens entre juillet et août 2014. Le dessin a valu au caricaturiste des menaces de morts. Selon Haaretz, Ronen Shoval, un des plus hauts responsables du parti Habayit Hayehoudi, est à l'initiative de la campagne de menaces et de haine contre le caricaturiste. Le Habayit Hayehoudi est présidé par le ministre polémique Naftali Bennett, présent au rassemblement à Paris dimanche dernier. Sur la page facebook de Shoval, on peut lire des dizaines de commentaires haineux et appelant à assassiner le dessinateur israélien, tels que “avec l'aide de Dieu, les journalistes de Haaretz seront assassinés comme en France”, ou encore “pourquoi il n'y a pas eu une attaque terroriste contre Haaratez”.

Un journal incendié en Allemagne


Le 11 janvier, Reporters sans frontières condamnait un incendie criminel contre les locaux du Hamburger Morgenpost. Le quotidien allemand avait publié des caricatures de Mahomet en solidarité avec Charlie Hebdo. Dans la nuit du samedi au dimanche, un engin incendiaire a été lancé dans les sous-sols du bâtiment abritant le quotidien. Heureusement, aucune victime n'a été déplorée. Deux suspects arrêtés dimanche ont été relâchés faute d'éléments apportés par l'enquête préliminaire.

La presse internationale censurée

Les images de la couverture du dernier numéro de Charlie Hebdo ont été censurées dans de nombreux pays à majorité musulmane.

Le dernier numéro de Courrier International, qui publie une image du prophète, a été censuré en Algérie, en Tunisie et au Maroc. Ce n'est pas la première fois que le journal est interdit au Maroc. En 2009, l'hebdomadaire avait déjà été interdit à la vente pour un article jugé diffamatoire à l'égard du roi Mohammed VI. Ce mercredi 14 janvier, d'autres journaux qui avaient repris la Une de Charlie Hebdo, tels que Le Monde, Libération et Marianne, n'ont pas non plus été autorisés à diffuser leurs numéros au Maroc. Mustapha El Khalfi, le ministre marocain de la Communication a expliqué au HuffPost Maroc qu'il considérait que “la publication de ces caricatures représente une provocation et une diffamation inacceptables et condamnables. Le blasphème n'a rien à voir avec la liberté d'expression”. En Tunisie et en Algérie, Courrier International a été victime de l'autocensure que s'imposent les diffuseurs. Par peur de représailles, ces derniers ont pris la décision de ne pas distribuer le journal. Au Pakistan, un simple article du New York Times, qui rendait compte de la nouvelle couverture de Charlie Hebdo sans même la montrer, a été censuré.

Au sein de l'Union européenne, des actes de violence isolés

Des journaux ont fait l'objet de menaces isolées qui, dans le contexte actuel, ont été prises au sérieux par les autorités.

En France, un individu armé d'un tournevis a tenté de s'introduire dans les locaux du magazine hebdomadaire Valeurs Actuelles le 8 janvier. L'homme a été interpellé. Le même jour, le Canard enchaîné a fait état de menaces l'avertissant qu'il était le prochain sur la liste après Charlie Hebdo : “c'est ton tour”. Dans le courrier, les journalistes ont été menacés d'être découpés “à la hache”. En Belgique, le quotidien Le Soir a reçu le 11 janvier, pendant le rassemblement à Bruxelles à la suite des attentats à Paris, l'appel menaçant d'un individu dont l'identité n'a pu être confirmée, qui affirmait : “ça va péter dans votre rédaction. Vous ne nous prenez pas au sérieux”. Il dénonçait le traitement médiatique de l'attentat par le journal, l'accusant de faire le jeu de l'extrême droite. Les locaux ont été évacués. Le Soir avait choisi de publier les caricatures de Mahomet au lendemain de l'attentat.

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