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L'ascension des drones dans les médias

Des enquêtes environnementales aux reportages télévisés, l'utilisation des drones modifie la façon dont nous voyons le monde. Comment les 'dronalistes' du futur sont formés pour leur travail ?

AP Photo/Marcio Jose Sanchez, File

Drones. Le mot lui-même a quelque chose de menaçant. Un faux-bourdon mécanique, faisant du surplace avec des intentions malveillantes, manœuvré à distance par des opérateurs avec des niveaux de compassion inconnus. Du moins, c'est ainsi que des émissions de télévision tels qu'Homeland représente les drones de combat, une arme de guerre qui a très peu en commun avec ces nouveaux outils de journalisme à part une abréviation commune et un nom accrocheur. L'utilisation régulière de ce terme pour décrire les caméras volantes doit probablement plus à l'enthousiasme macho du monde du journalisme à adopter un terme militaire qu'à la description exacte de la technologie.

Ce n'est certainement pas le seul exemple d'un vocable adopté et adapté du vocabulaire militaire – les photographes tirent, les histoires impubliables sont tuées ou clouées, les cameramen en formation sont bien encouragés à atteindre leur cible. Finalement, les systèmes d'aéronef(s) sans pilote(s) n'ont pas leur pareil quand il s'agit de faire les gros titres et les petites citations, il est fort à parier que le 'drone journaslisme' ou 'dronalisme' persistera et se banalisera avec le développement de la pratique.

On peut déjà voir l'utilisation des drones proliférer dans une grande variété d'histoires – des incroyables images de l'immensité du monde sauvage aux enquêtes que des caméras conventionnelles ne pourraient pas raconter aux inaccessibles vues juste sous nos nez.

En mars, par exemple, la BBC a reçu l'autorisation de faire voler une caméra contrôlée à distance le long des tunnels de Crossrail, le projet de construction géant qui vise à relier Londres et le sud-ouest via une nouvelle ligne de train.

Au Kenya, les caméras ont été capable de faire des prises de vues incroyables, proches des prises de vues animalières entre Amboseli et le Mara. Même les journaux locaux commencent à s'en servir, comme le montre, avec un effet dramatique, le reportage sur un incendie dans un chenil par le Manchester Evening News.

Le plus avancé de cette nouvelle forme de journalisme est Paul Egglestone. Ancien producteur de télévision, il gère désormais le Media Innovation Studio à l'Université Centrale de Lancashire (UCLan) à Preston et propose un cours pour former les futurs 'dronalistes'.

Le module, premier du genre au Royaume-Uni, impliquera une organisation externe accréditée pour gérer les besoins de licences des étudiants-pilotes.

La règlementation actuelle au Royaume-Uni exige un permis délivré par l'autorité de l'aviation civile (Civil Aviation Authority – CAA) pour manœuvrer un drone - mais cette exigence fera sûrement l'objet de modification puisque les autorités sont de plus en plus inondées par les demandes alors que le prix des appareils chute.

L'état actuel de la loi – à la fois la législation et les décisions des tribunaux – est inadapté à la gestion de cette sorte de surveillance continuelle rendue possible par les drones.

Aux États-Unis, le journaliste Matt Waite écrit sur ces questions concernant l'utilisation des drones et dans un récent bulletin d'information il a invité les journalistes à répondre à la proposition de durcissement de la réglementation qui a déjà été contestée par plusieurs milliers de personnes. Celles-ci ont jusqu'au 24 avril pour fournir leurs commentaires à la FAA concernant l'avis de projet de réglementation sur les drones. M. Waite avertit les journalistes de l'étranger à être vigilants : “Si vous ne l'avez pas remarqué, je pense que les journalistes aux États-Unis devraient le faire. Pour ceux d'entre vous qui sont en-dehors des États-Unis, faites attention, parce que les autorités de l'aviation civile à travers le monde se copient les unes sur les autres. Gardez un œil sur ce que votre Autorité de 'lAviation Civile est en train de faire.”

Mais Egglestone en conclut que des régulations supplémentaires sont peu plausibles. “L'autorité de l'aviation civile reçoit bien trop de demandes. Il est probable qu'ils évoluent vers une auto-gestion par les licenciés eux-mêmes lorsqu'il s'agira de voler sous les 400 pieds.

“C'est un environnement vraiment dynamique, d'un point de vue légal et aussi du point de vue des drones eux-mêmes, alors qu'ils deviennent plus robustes et plus stables, les règles et les restrictions s'assoupliront.

Les étudiants de l'UCLan reçoivent une formation qui couvre les aspects techniques de la manœuvre des appareils ainsi que l'éthique journalistique de leur utilisation.

Les règles sont strictes – un opérateur de drone doit garder son appareil à portée de vue et à moins de 1,5km en mesure horizontale, ils doivent le garder à moins de 400 pieds (environ 122 m) et ne peuvent manœuvrer plusieurs drones simultanément. Ils doivent porter des vêtements à haute visibilité et identifier la zone de survol avec des cônes. Ensuite, il y a aussi la paperasse comprenant un registre de tous les vols entrepris.

Pilote certifié, James Boyers, de l'agence de création Portfolio Design à Bolton déclare que les exigences sont similaires à celles assurées par les pilotes d'aviation. Il note également l'intérêt grandissant pour l'utilisation de drones – lorsqu'il a commencé à voler, il y avait vraisemblablement une poignée de pilotes au Royaume-Uni, on en compterait aujourd'hui au moins 450.

“J'ai commencé il y a cinq ans, plus par loisir qu'autre chose. Auparavant, il n'y avait que des petites caméras qui n'étaient pas assez bonnes pour une activité commerciale, mais au cours des trois dernières années tout a changé. Il faut être capable d'interpréter les cartes nautiques et les conditions météorologiques. Il y a une formation initiale au sol et beaucoup de travail en classe à faire.”

L'expertise technique est, évidemment, un seul des facteurs de l'équation quand il s'agit de considérations journalistiques. Comme KK l'écrit dans le numéro du 19 mars de The Economist, l'état actuel de la loi – à la fois la réglementation et les décisions de justice – est peu approprié pour gérer cette espèce de surveillance persistante rendue possible par l'utilisation des drones.

“C'est parce que les lois sur la protection de la vie privée sont conçues pour s'interroger si l'on est en public – un espace ouvert – ou dans un espace où on 's'attend de manière raisonnable à être dans une sphère privée'. Pour compliquer le problème, il n'y a pas de ligne précise définie entre une surveillance épisodique – un instantané – et une surveillance persistante, même si les effets sont profondément différents. ”

“L'éthique est toujours un sujet de discussion et de débat intéressant en classe quand on commence à s'interroger sur la différence entre utiliser un drone pour faire une vue aérienne de quelque chose et utiliser une échelle et un téléobjectif. Nous avons tous vu ces prises de vues pour des festivals par exemple - ils sont la plupart du temps illégaux en l'état actuel des choses ”, déclare Egglestone.

C'est un point intéressant. La nouvelle technologie n'a pas nécessairement soulevé de nouvelles questions éthiques, mais se focalise sur une question déjà existante avec beaucoup plus d'exemples de règles et d'affaires juridiques pour établir une jurisprudence indéniablement à l'horizon.

Les futures questions soulevées par les législateurs feront-elles une différence entre l'utilisation de la technologie pour le journalisme dans l'intérêt du public, en opposition à l'utilisation par les agences gouvernementales et les autorités telles que les forces de police par exemple ?
Pour ce qui est d'équiper la prochaine génération de journalistes, Egglestone envisage l'utilisation des drones comme un domaine relativement spécialisé, quoique bénéficiant d'un intérêt grandissant.

“C'est un nouvel outil dans la boîte outil. Je ne pense pas que nous atteindrons une époque où tout le monde transportera un drone au cas où, mais il y aura certainement des équipes techniques spécialisées qui acquerront un drone pour eux-mêmes.”

Sarah Hartley est éditrice et co-fondatrice de Contributoria.com.

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