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Réagir en confrontant les personnes haineuses

San Francisco, Californie, le 24 décembre 2014. Un manifestant porte une chemise avec ce slogan inscrit au dos « arrêter la haine » lors d'une manifestation pacifique contre la violence policière organisée par le Centre communautaire des LGBT de San Francisco
San Francisco, Californie, le 24 décembre 2014. Un manifestant porte une chemise avec ce slogan inscrit au dos « arrêter la haine » lors d'une manifestation pacifique contre la violence policière organisée par le Centre communautaire des LGBT de San Francisco

REUTERS/Stephen Lam

Naviguer en ligne et à l'extérieur de son réseau soigneusement choisi des personnes semblables peut vous exposer à ce qui semble être une marée sans cesse croissante du langage de haine.

Pour les utilisateurs des médias sociaux vivants ou simplement intéressés par le Moyen-Orient, au fur et à mesure que les combats font vicieusement rage en Syrie, en Irak et au Yémen, tomber sur des discours sectaires hostiles en ligne est devenu pratiquement inévitable.

Pour les femmes, Twitter a démontré qu'elle est une plate-forme particulièrement impitoyable, avec des rapports faisant état de femmes de hauts rangs qui quittent la plate-forme à cause de tweets au vitriol. Bien sûr, cet abus ne se limite pas seulement à Twitter, et des personnalités de premier plan ne sont pas les seules à y être exposées.

L'homophobie, l'islamophobie, l'antisémite et d'autres formes de discours discriminatoires sont également répandues en ligne, poussant plusieurs personnes à voir l'Internet comme un vivier conçu pour alimenter la haine, laquelle doit être surveillée et contrôlée.

Mais le choix du discours qui ne doit pas être protégé par le droit à la liberté d'expression - ce que certains appellent le « discours de haine » - n'est pas une tâche facile. Il n'y a pas de définition universellement admise de ce concept dans le droit international des droits de l'homme. Les États diffèrent sur la définition et la manière d'y répondre; souvent de façon très intéressée et avec des résultats catastrophiques. Les intermédiaires de l'Internet, tels que Facebook, Google et Twitter, prennent sur eux de surveiller ce phénomène selon leurs propres grilles de lecture. La communauté des défenseurs de la libre expression discute en permanence de ses paramètres. Malgré le refrain commun disant qu'on doit combattre le discours avec plus de discours, il y a une tendance excessive à la censure. Et souvent, ce discours est traité de manière isolée, sans analyser plus en profondeur les questions derrière ce phénomène.

Si elle reste incontestée ou poussée à la clandestinité, la haine couve, perdure et se développe.

Alors que les médias sociaux peuvent amplifier les voix les plus polarisantes, ils offrent également des possibilités de lutte contre les discours discriminatoires et dangereux d'une manière qui encourage le débat et protège la liberté de la parole. Après tout, si elle reste incontestée ou poussée à la clandestinité, la haine couve, perdure et se développe.

Voici ci-dessous plusieurs exemples d'initiatives de la société civile réellement innovatrices conçues et mises en œuvre par des individus et des communautés parmi les plus touchés par la discrimination et la violence. En rejetant la censure comme un moyen vraiment efficace pour lutter contre le langage de la haine, ces initiatives présentent de cas solides de contre-discours; de concepts fortement préconisés par beaucoup de grands penseurs sur la question.


Nipe Ukweli (Give me the truth) - Kenya

DISSIPER LES RUMEURS / Éduquer le public

Neuf ans se sont écoulés depuis que la violence post-électorale au Kenya a presque conduit, en 2007, ce pays ethniquement diversifié au bord de la guerre civile. Selon un rapport récent de Human Rights Watch, des centaines de survivants souffrent encore des répercussions dévastatrices de cette période sur les plans physique et psychologique, lesquelles ont entraîné la mort de 1300 Kenyans et le déplacement de plus d'un demi-million.

Une jeune fille passe devant des affiches électorales et un slogan appelant à la paix dans le bidonville de Kibera à Nairobi le 7 mars 2013
Une jeune fille passe devant des affiches électorales et un slogan appelant à la paix dans le bidonville de Kibera à Nairobi le 7 mars 2013

REUTERS / Steve Crisp

Lorsque, à l'hiver 2013, le Kenya se préparait à son prochain tour des élections nationales, les Kenyans, déterminés à ne pas laisser l'histoire se répéter, ont pris d'importantes mesures pour prévenir les violences post-électorales. L'une de ces mesures était Nipe Ukweli – des mots en kiswahili pour dire « donnes-moi la vérité » - l'une des innombrables campagnes qui ont cherché à atteindre le catalyseur de la violence. Pour beaucoup de Kenyans et d'observateurs des élections de 2007-2008, ce catalyseur était le discours dangereux, incendiaire, et envahissant. Des déclarations haineuses, des rumeurs et même des chansons incendiaires ont été diffusées sur des stations de radio, à des rassemblements politiques et distribués dans des courriels, des dépliants et des messages textes (texto).

L'idée de cette campagne a jailli en août 2012 lorsqu'une rumeur s'était répandue disant que certains Kenyans brûlaient des églises en masse. En réponse à cela, un jeune utilisateur kenyan de Twitter a posté une photo de l'une des églises saine et sauve avec les mots « arrêter le mensonge ». Sur le chemin des élections de mars 2013, les organisateurs de la campagne Nipe Ukweli ont travaillé à sensibiliser les Kenyans sur l'impact des discours de haine sur les sociétés, et à les encourager à résister et à réfuter de fausses et préjudiciables rumeurs en employant les mêmes canaux de communication qui jusqu'à ce jour ont été principalement utilisés pour répandre la haine et semer la méfiance entre les nombreux groupes ethniques du Kenya.


HeartMob - U.S./International

MOBILISER LE SPECTATEUR

La plupart des femmes ont, à un moment ou un autre, jugé trop dangereux de marcher seules dans les rues de leurs villes. Le harcèlement sexuel envers les femmes est un problème global et largement répandu. Il a débordé dans la sphère d'Internet, ne laissant pratiquement aucun espace sûr aux femmes pour s'exprimer elles-mêmes librement et sans crainte.

Il n'y a pas une seule façon d'éliminer efficacement le harcèlement. Il exige des réponses individuelles, communautaires et institutionnelles. Mais selon Hollaback!, un mouvement international, vieux de dix ans, de lutte contre le harcèlement dans les espaces publics, il y a une personne qui a le pouvoir de faire une différence positive et tangible à chaque fois qu'un incident se produit: le spectateur.



Les recherches menées par Hollaback! en partenariat avec l'Université de Cornell a montré que, dans les cas où un spectateur a posé un acte pour confronter le harceleur, le harcèlement était plus susceptible de prendre fin. Avec ce fait à l'esprit, ils ont lancé une campagne intitulée « I've Got Your Back » (j'avais pris ton parti), qui encourage les spectateurs à partager leurs histoires d'interventions efficaces dans des situations de harcèlement dans la rue sur le site web de Hollaback! Ils ont également créé des infographies offrant des exemples de ce à quoi le harcèlement de la rue et en ligne pourraient ressembler et ce qu'on pouvait faire quand il se produit autour de soi. Plus récemment, ils ont lancé un nouveau site web, HeartMob, pour faire face au harcèlement numérique. HeartMob est une plate-forme privée qui permet aux victimes de signaler les abus et de demander l'aide et le soutien des autres de quelque manière que ce soit. Le site web permet à la communauté de spectateurs en ligne de documenter le harcèlement avec des captures d'écran, de signaler aux réseaux sociaux impliqués les abus au nom des victimes et de s'adresser à celles qui sont harcelées avec des paroles aimables et du soutien. L'objectif est ambitieux: mobiliser la majorité silencieuse et prouver qu'il y a plus de gens contre le harcèlement par rapport à ceux qui le perpétuent.


Peace Provocateurs - Ambon, Indonésie

Dissiper LES RUMEURS / faire tomber les Stigmates

En 1999-2000, Ambon, une ville insulaire habitée principalement par des chrétiens et des musulmans, était au centre de la violence sectaire qui a fait des milliers de morts. Une paix fragile, conclue sur l'actuelle ville séparée depuis et poussée, bien que petite en échelle, se produit assez souvent pour garder les communautés méfiantes les unes des autres. En septembre 2011, une telle poussée a eu lieu quand un motocycliste musulman est mort dans un accident de la circulation dans un quartier chrétien. Les rumeurs disant que les chrétiens l'avaient tué grouillaient dans la ville à un rythme que seuls les textes messages et en ligne pouvaient réaliser. Peu après, deux attaques musulmanes ont eu lieu dans les zones chrétiennes et une attaque en guise de représailles sur un quartier musulman a provoqué la destruction de 750 maisons et le déplacement temporaire de plus de 3000 personnes.



Alors que de nombreux résidents laissent la haine et la méfiance s'emparer de leur ville une fois de plus, un réseau interconfessionnel des chefs religieux, des étudiants, des activistes, des enseignants et des journalistes a décidé de prendre les choses en mains pour prévenir une flambée de violence. Lorsque des allégations inquiétantes se répandent dans la ville, ils envoient rapidement des volontaires pour vérifier leur crédibilité. Les détails d'un incident donné sont alors envoyés à un responsable qui, à son tour, contrevérifie les faits et envoi des textes messages rétablissant les faits. Ils se sont eux-mêmes surnommés « Les Provocateurs de la Paix », et ont signé toutes leurs communications en tant que tel.

« Si des provocateurs pouvaient utiliser la nouvelle technologie pour inciter à la violence, nous pourrions l'utiliser pour stopper leurs incitations », a déclaré, en 2012, à The Independant Jacky Manuputty, un pasteur protestant et l'un des leaders du groupe. Les Provocateurs de la Paix sont encore actifs, et quand il n'y a pas de rumeurs à dissiper, ils travaillent à désamorcer des tensions religieuses en envoyant des textos et des postes sur Twitter des exemples des deux communautés travaillant et vivant ensemble pacifiquement.


Il Razzismo è una brutta storia – Italie

UTILISER L'HUMOUR

Pour la seule année 2015, plus d'un million de réfugiés et de migrants ont traversé l'Europe, provoquant une augmentation inquiétante du sentiment xénophobe et raciste à travers le continent. Des discours incendiaires sur les sites de médias sociaux sont devenus tellement répandus qu'ils ont conduit des politiciens allemands de soulever des préoccupations au sujet de la sécurité des demandeurs d'asile dans le pays et à travers le continent. La chancelière Angela Merkel a exhorté Facebook à faire davantage pour lutter contre la haine sur sa plate-forme, et le géant des médias sociaux a accepté. Cependant, sa promesse de surveiller le site de façon plus agressive a inquiété les défenseurs de la libre expression qui craignent le rôle de plus en plus croissant de Facebook dans la détermination de ce qu'on est autorisé à dire et à qui.



Alors que la droite, la propagande anti-immigrants a gagné plus de ressorts à travers l'Europe en 2015, son influence a toujours été une préoccupation pour les Européens. Dans la perspective des élections parlementaires en Italie en mai 2014, un groupe de théâtre social, armé de la force de l'humour, a cherché à inventer des voies alternatives de la contrer. Un groupe de jeunes volontaires, dirigé par le marionnettiste Damiano Giambelli et sous la supervision du groupe Il Razzismo è una storia brutta, a pris d'assaut les rues de Milan dans une tentative de gagner la jeunesse de l'Italie. Ils ont bruyamment joué une pièce satirique de racisme contre les étrangers dans six lieux publics différents, chaque fois invitant les passants et les spectateurs à se joindre à eux dans leurs moqueries ouvertes du discours populiste et raciste utilisé par les candidats dans les élections locales et européennes.


Auteur musulman américain contre fanatique Anti-Islam

CONFRONTATION DIRECTE

Au cours des deux dernières années aux États-Unis, des politiciens opportunistes comme Donald Trump ont embrigadé ceux qui sont hostiles envers les minorités; avec la communauté musulmane américaine qui de plus en plus se considère comme la principale cible d'une telle hostilité.

« Tous les musulmans seront expulsés de l'Amérique et de l'Europe. Et vous serez tous finalement brûlés en enfer pour avoir adoré un dieu diabolique. Je parie que vous êtes pédophiles [sic] ».

Lorsqu'un jour de début février, Qasim Rashid, écrivain, avocat et chargé du cours d'études islamiques à Harvard, a reçu le message ci-dessus dans un courriel non sollicité, il a choisi de répondre. Un fascinant échange de courriels s'en est ensuivi entre lui et le pseudo supporter de Donald Trump. Patiemment, Rashid a démonté toutes les accusations contre l'islam, les musulmans et le Prophète.

Facebook / Qasim Rashid

À un moment donné au cours de l'échange, l'homme a admis qu'il y avait de « bonnes et de mauvaises personnes dans tous les camps », et il semblait que Rashid était sur le point de faire une percée. Peut-être qu'il y était, mais après avoir répondu avec un enthousiasme renouvelé, il a constaté qu'il avait été bloqué.

Bien que la réponse mesurée et réfléchie de Rashid n'aurait pas eu le résultat escompté sur cette seule personne, le fait de partager l'échange sur Facebook et Twitter, où il a beaucoup de gens actifs qui le suivent, a donné lieu à beaucoup de réactions positives et constitue un témoignage du potentiel de la confrontation directe.

Dernier Tweet :

Another wave of trials of independent journalists in Azerbaijan https://t.co/lSlSgRAsts @ECPMF @EmiHus https://t.co/P5S6p6NLgs