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Guy Berger : de l'isolement à l'UNESCO

En tant que jeune journaliste activiste, Guy Berger s'est battu contre la censure, l'impunité et l'injustice dans l'Afrique du Sud de l'apartheid. Maintenant, il représente l'UNESCO dans son travail à travers le monde en luttant contre ces menaces à la liberté d'expression et aux médias.

Flickr/Deutsche Welle/M. Magunia

« Si vous avez la liberté, mais pas une base solide pour le journalisme, c'est comme une demie liberté. »


Entretien de 2015 avec le Réseau international des journalistes

En 2009, l'ancienne militante anti-apartheid Janice Warman a écrit un article pour The Guardian dans lequel elle a rappelé les anciens collègues qui avaient lutté pour mettre fin au système notoire de discrimination raciale institutionnalisée en Afrique du Sud. « Quand j'ai commencé à me souvenir de ces temps-là et des gens qui les ont marqués », a-t-elle écrit, « il était naturel de penser à Guy Berger ».

De nos jours, la renommée de Berger s'explique en grande partie par son rôle de Directeur de la Liberté d'Expression et du Développement des Médias à l'UNESCO, où il est responsable de tous les aspects du travail de l'organisation de défense de la liberté d'expression contre les différentes menaces auxquelles elle est confrontée à l'échelle mondiale. Ce rôle a une signification personnelle profonde pour lui car il a une expérience directe des problèmes mêmes sur lesquels l'UNESCO travaille.

Vous pouvez tracer une ligne droite allant du travail de Berger à l'UNESCO jusqu' à ses débuts quand il se battait pour la justice sociale en Afrique du Sud. Cette ligne vous conduirait dans les méandres d'une carrière médiatique impressionnante (dont une longue période en tant que chroniqueur pour le Mail and Guardian d'Afrique du Sud), à la prison et, avant cela, à l'Université Rhodes, où Berger a étudié le journalisme et la politique en 1975 et où il est devenu un activiste.

La transition du témoin révolté de l'injustice à un activiste à part entière peut être courte ou longue, mais il existe généralement quelques moments décisifs qui rendent une telle transition inévitable. Pour Berger, en tant que jeune membre de la minorité blanche privilégiée d'Afrique du Sud, ces événements décisifs ont eu lieu en 1977, après la torture et la mort en détention du célèbre militant anti-apartheid Stephen Biko.

La mort de Biko a provoqué des indignations dans le monde entier et de grandes manifestations en Afrique du Sud, y compris des « absences » massives des lieux de travail et des universités. Cela provoquait la colère des autorités: deux étudiants blancs collègues de Berger ont été exclus de l'université pour leur participation à l'une des ses absences de masse. Cependant, un conférencier noir (qui avait également participé) a été emprisonné et, dans un horrible exemple de l'injustice de l'apartheid en œuvre, battu avec une canne. Cela dégoûta le jeune Berger.

Sa colère a augmenté alors qu'il voyait la persécution des médias indépendants augmenter à la suite de la mort de Biko. Il a observé comment Donald Woods - un journaliste anti-apartheid, rédacteur en chef du Daily Dispatch et un ami de Biko - est devenu une cible de haut niveau du gouvernement (Woods a été dépouillé de sa position éditoriale, interdit d'écrire ou de parler publiquement de Biko et éventuellement forcé d'aller en exil). Dans la même année, trois journaux indépendants - le Voice, le World et le Weekend World - ont été interdits.

Ces événements ont persuadé Berger que la résistance était la seule option: « Je devais m'impliquer directement. La seule façon de briser le noyau de l'apartheid a été au travers de l’affrontement direct, plutôt que par le Parlement des seuls blancs ». Il s'est engagé dans le militantisme étudiant et a travaillé pour un journal d'un township. Il est également devenu un lecteur et distributeur enthousiaste de la littérature qui était interdit par le régime de l'apartheid, y compris les brochures de l'ANC (African National Congress) et des textes de Nelson Mandela et de Che Guevara.

Trahi par un espion, Berger a finalement été arrêté une nuit en août 1980. Il a été interrogé sur son appartenance à l'ANC (même si les règles de l'ANC n'autorisaient alors pas les Sud-Africains blancs à se joindre à l'organisation) et a été soumis à la torture sous la forme de privation de sommeil et de bastonnade. Mais la pire expérience, selon Berger, était les trois mois qu'il devait à passer à l'isolement total en prison.

Lors de son procès, Berger a été reconnu coupable de possession des livres interdits et, curieusement, d'être membre de l'ANC. Il a été condamné à sept ans de prison, réduit à deux en appel. Il a été libéré en 1983.

En 1985, Berger (comme Woods en 1977) a été poussé à l’exil et, pendant cinq ans, il a vécu à Londres. Son premier travail était en tant que distributeur du Mail and Guardian (à l'époque appelé The Weekly Mail). Plus tard, il est devenu correspondant diplomatique pour le Morning Star et a créé mis Afravision - une société de production / distribution de télévision. En 1991, peu de temps avant la fin de l'apartheid, il est retourné en Afrique du Sud en tant que rédacteur en chef du magazine New Era et, en 1994, il a profité de l'occasion pour retourner à l'endroit où son activisme avait commencé - l'Université Rhodes - en tant que responsable de l'École de journalisme et des études des médias. En 2011, il a été nommé à son poste actuel à l'UNESCO.

Dans des entretiens et discours, Berger a utilisé sa position pour attirer l'attention du public sur certains des problèmes de liberté d'expression les plus critiques aujourd'hui. Ceux-ci incluent: la détérioration de la sécurité des journalistes – « elle est clairement devenue pire. Dans certaines situations, ceux qui étaient violents avaient toujours besoin de journalistes pour faire passer leur message. Maintenant, ils pensent que « si nous tuons un journaliste, nous pouvons faire passer notre message sur YouTube »; l'accès à l'information - « La réalité critique pour que nous puissions survivre dans le monde moderne », et l'impunité - « Les meurtres sont la pointe de l'iceberg et ont le plus grand effet silencieux de toute répression ». Il n'est pas difficile de voir comment ces thèmes pourraient avoir une résonance spéciale pour quelqu'un qui était autrefois un jeune activiste-journaliste dans l'Afrique du Sud de l'apartheid et dont les tortionnaires n'ont jamais été punis.

Malgré les rapports presque constants d'attaques nouvelles, souvent horribles contre les journalistes du monde entier, Berger est optimiste quant à la possibilité d'améliorer la sécurité des journalistes et d'accroître la liberté d'expression dans le monde entier. Cet optimisme est dû, sans doute, à son propre bilan de réalisation de changements positifs. Comme il l'a écrit à Janice Warman (en rappelant leur activisme passé): « C'est un monde bien meilleur que nous avons contribué à créer ».

Dernière mise à jour: 9 août 2017

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