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Un journaliste arrêté; un journal fermé

(RSF/IFEX) - Alors que le ministre iranien de la Culture a récemment accusé la presse de fomenter un "coup d'État rampant" contre le régime, Reporters sans frontières dénonce les méthodes répressives et arbitraires de Téhéran. En l'espace d'une semaine, la justice iranienne a ordonné la suspension du quotidien "Ham Mihan" et la fermeture définitive du quotidien "Moshareket". Par ailleurs, le futur de l'agence de presse ILNA semble de plus en plus incertain après la démission forcée de son directeur, Masoud Heydari, suite à de nombreuses pressions gouvernementales.

"Les autorités iraniennes accusent les médias de conspirer contre le régime et de chercher à déstabiliser le pays à travers leurs enquêtes. Ce discours paranoïaque sert à justifier la censure et les fermetures de médias. Blocage dans l'accès à l'information, convocations, arrestations, cautions exorbitantes. . . Le harcèlement prend différents visages. La présidence, le gouvernement et la justice travaillent main dans la main pour faire taire les derniers médias indépendants. Après avoir placé des hommes proches du pouvoir à la tête de la majorité des organes de presse, le régime de Téhéran se montre de plus en plus répressif envers tous ceux qui ne lui ont pas prêté allégeance", a déclaré Reporters sans frontières.

"Ham Mihan" a été supendu, le 4 juillet 2007, à la demande du procureur général de Téhéran, Said Mortazavi. Selon ce dernier, la publication de "Ham Mihan" était illégale compte tenu des "erreurs" de procédure constatées lors du premier procès, qui a eu lieu il y a sept ans. Le quotidien modéré avait déjà été suspendu en 2000 pour avoir appelé à l'amélioration des relations entre l'Iran et les Etats-Unis. Le jour de sa reparution, le 13 mai 2007, il affichait en une l'annonce de discussions irano-américaines à Bagdad. La rédaction du journal a également publié des informations sur les troubles sociaux consécutifs au rationnement d'essence instauré le 27 juin. Les autorités avaient pourtant interdit de traiter le sujet.

Le lendemain, une autre décision judiciaire a entériné la fermeture du quotidien "Moshareket", également suspendu depuis 2000. Ancien organe officiel du Front de participation, ce journal avait été suspendu lors d'une campagne judiciaire visant la presse réformatrice. "Quand un média se met au service d'un groupe politique opposé au gouvernement, il devient un instrument de sabotage et d'affaiblissement du gouvernement, visant à le renverser d'une manière douce", a déclaré Mohammad Ali Javanfekr, conseiller pour la presse du président Mahmoud Ahmadinejad, pour justifier la fermeture de ce média.

Par ailleurs, Masoud Heydari, le directeur de l'agence de presse indépendante ILNA, a présenté sa démission le 3 juillet après avoir subi pendant plusieurs mois des pressions gouvernementales. Cette agence, fondée en 2003 et proche des réformateurs, avait massivement couvert la répression des mouvements féministes, étudiants et ouvriers. En parallèle, elle a été confrontée à diverses sanctions administratives, allant de l'interdiction de participer à des réunions officielles au harcèlement de ses journalistes. Selon une agence de presse locale, un juge a donné l'ordre de filtrer le site Internet d'ILNA, qui n'est plus accessible.

Dans une autre affaire, le journaliste Ejlal Ghavami de l'hebdomadaire "Payam-e mardom-e Kurdestan" (suspendu depuis 2004) a été placé en détention le 9 juillet. Il a été condamné le 9 juin 2007 à trois ans de prison par le tribunal de Sanandaj (ouest du Kurdistan iranien) pour "incitation des populations à la révolte" et pour "action contre la sécurité nationale". Le journaliste avait été arrêté deux ans plus tôt pour avoir couvert une manifestation pacifique.

Reporters sans frontières rappelle que le Guide suprême, l'ayatollah Ali Khamenei, et le président de la République islamique, Mahmoud Ahmadinejad, figurent tous deux sur sa liste des prédateurs de la liberté de la presse. Sept journalistes iraniens se trouvent actuellement derrière les barreaux.

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