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Un journaliste emprisonné, deux publications suspendues

(RSF/IFEX) - Moins d'une semaine après le vote par le Parlement européen d'une résolution appelant l'Iran à respecter ses "obligations conformément aux normes et aux instruments internationaux en matière de droits de l'homme", un journaliste a été placé en détention à la prison d'Evin (Téhéran). L'arrestation, le 31 octobre 2007, de Yaghoub Salaki Nia porte à dix le nombre de professionnels des médias emprisonnés en Iran. Par ailleurs, deux publications ont été suspendues par la Commission d'autorisation et de surveillance de la presse.

"L'Iran reste insensible aux appels de la communauté internationale qui aspire à établir un véritable dialogue sur les droits de l'homme. Des journalistes sont maintenus en détention sans inculpation, au mépris de leurs droits les plus élémentaires. Certains d'entre eux souffrent de leurs conditions de détention et ont besoin d'un suivi médical qui leur est refusé", a déclaré Reporters sans frontières.

Le 31 octobre, Yaghoub Salaki Nia, journaliste indépendant et collaborateur de plusieurs médias suspendus, dont "Shamesse Tabriz", "Ahrar" et "Omid Zanjan", a été arrêté à Téhéran par des agents du ministère des Renseignements. Son domicile a été perquisitionné, ses outils et documents de travail saisis. Yaghoub Salaki Nia est également le fondateur d'une association de défense des prisonniers politiques dans la province iranienne de l'Azerbaïdjan. Le journaliste a été transféré à la prison d'Evin et les charges retenues contre lui ne sont pas connues. Ses proches ont pu lui rendre visite, le 5 novembre, en présence de gardiens de la prison et à la condition qu'ils n'abordent pas la question de son incarcération.

Par ailleurs, la Commission d'autorisation et de surveillance de la presse a décidé de suspendre, le 23 septembre, le mensuel politique "Dilmaj" sans motif. Cette publication avait été créée en 2004. Le trimestriel "Madresseh" a également été suspendu, le 5 novembre, pour "apostasie". Dans sa dernière édition, cette revue de philosophie avait publié une interview avec un intellectuel religieux, Mohammad Mojtahed Shabestari, connu pour ses recherches sur le Coran. Les responsables du régime iranien ont jugé ses propos "insultant envers les textes sacrés".

Le Parlement européen a voté, le 25 octobre, une résolution condamnant les violations des droits de l'homme commises par l'Iran. L'Union européenne reconnaît que "la situation dans la République islamique en matière d'exercice des droits civils et des libertés politiques s'est détériorée au cours des deux dernières années, notamment depuis les élections présidentielles de juin 2005", date de l'arrivée au pouvoir de Mahmoud Ahmadinejad. L'Union européenne a également demandé la libération "de manière inconditionnelle de tous les prisonniers de conscience, notamment les journalistes Emadoldin Baghi, Ako Kurdnasab, Ejlal Ghavami, Mohammad Sadegh Kabovand, Said Matinpour, Adnan Hassanpour, Abdolvahed Botimar, Kaveh Javanmard et Mohammad Hassan Fallahieh".

Dix journalistes sont actuellement emprisonnés en Iran. Parmi eux, le collaborateur de l'hebdomadaire "Yarpagh" (en langue azéri), Said Matinpour, est détenu à la prison des services de renseignements de Zanjan (à 330 km au nord-ouest de la capitale), son lieu de résidence, où il attend de connaître les faits qui lui sont reprochés. Auparavant, il avait été détenu à la prison d'Evin pendant deux mois avant d'être transféré près de ses proches. Depuis son arrestation, le 28 mai, le journaliste, placé en isolement, n'a pu voir ses parents qu'à deux reprises. Sa femme et son avocat ne sont toujours pas autorisés à lui rendre visite. Contactée par Reporters sans frontières, son épouse Atieh Hidary s'est déclarée "très inquiète sur son état de santé".

Mohammad Sadegh Kabovand, directeur de l'hebdomadaire "Payam-e mardom-e Kurdestan", souffre de problèmes rénaux et digestifs. Il n'est autorisé à se rendre aux toilettes qu'après en avoir fait la demande par écrit aux autorités pénitentiaires. Selon les informations recueillies par Reporters sans frontières, le journaliste subit de nombreuses pressions visant à lui faire démentir les informations publiées par l'Organisation des droits de l'homme au Kurdistan, dont il est un membre fondateur. Mohammad Sadegh Kabovand est poursuivi pour "action contre la sécurité nationale".

Également détenu à la prison d'Evin, depuis le 14 octobre, le journaliste et activiste des droits de l'homme Emadoldin Baghi a pu recevoir la visite de ses proches. Selon eux, le journaliste, placé en isolement, subirait des "interrogatoires musclées", menés par des agents du ministère des Renseignements. Emadoldin Baghi a jusqu'à présent refusé de répondre à leurs questions, demandant à être jugé par un jury populaire. Le journaliste est accusé de "publication de documents gouvernementaux secrets obtenus avec l'aide de prisonniers détenus pour atteinte à la sécurité dans des établissements spéciaux".

L'Iran occupe la 166e place sur 169 du classement mondial de la liberté de la presse, établi par Reporters sans frontières en octobre 2007.

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