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Une journaliste en ligne condamnée à six mois de prison; suspension d'un hebdomadaire modéré au lendemain de menaces proférées par l'ayatollah Khamenei

(RSF/IFEX) - L'hebdomadaire modéré "Shahrvand Emrouz" a été suspendu, le 5 novembre 2008, sur ordre du ministère de la Culture et de l'Orientation islamique. Dans les quatre derniers numéros du journal, la rédaction avait dressé les portraits d'hommes politiques considérés comme des candidats potentiels à la future élection présidentielle.

L'annonce de cette interdiction est intervenue au lendemain d'une violente diatribe de l'ayatollah Ali Khamenei contre la presse critique de l'Etat. "Cette atmosphère irresponsable consistant à parler contre le gouvernement ne sera pas pardonnée facilement par Dieu", a affirmé le guide suprême iranien. Quelques jours plus tôt, il avait dénoncé le début "prématuré" de la campagne électorale par les médias du pays, estimant que cette couverture médiatique était "contraire à l'intérêt du régime".

Dans une autre affaire, une journaliste en ligne a été condamnée à six mois de prison pour "actes de nature à nuire à la sécurité nationale".

"La dernière fois que l'ayatollah Khamenei s'en est pris publiquement aux médias, en 2000, avait marqué le début d'une vague de répression sans précédent contre les journaux réformateurs. Plus de 200 titres avaient alors été suspendus. A l'approche de l'échéance électorale de juin 2009, nous craignons que le gouvernement de Mahmoud Ahmadinejad n'intensifie la pression sur la presse d'opposition. Depuis le début de l'année, plus de trente médias ont été censurés par le pouvoir, alors que dans le même temps, les proches du chef de l'Etat, qui remettra son mandat en jeu dans quelques mois, s'activent à lancer de nouvelles publications, précieux instruments de campagne pour le président Ahmadinejad", a déclaré Reporters sans frontières.

Le 5 novembre, la Commission d'autorisation et de surveillance de la presse, organe de censure du ministère de la Culture et de l'Orientation islamique, a ordonné la suspension de l'hebdomadaire persanophone "Shahrvand Emrouz", pour "avoir publié des articles politiques sans licence appropriée". Selon la Commission, le journal ne serait autorisé à publier que des articles liés à l'actualité culturelle et sociale.

Lancé en mars 2007 par Mohamad Atrianfar, un proche de l'ancien président iranien Ali Akbar Hashemi Rafsanjani, "Shahrvand Emrouz" est dirigé par l'équipe du quotidien réformateur "Shargh", interdit en 2007.

Deux quotidiens ont été récemment créés par des proches du président Mahmoud Ahmadinejad. "Khorshid" ("Le soleil" en persan) a été lancé, le 4 octobre 2008, par un ancien porte-parole du gouvernement iranien. Financé par l'organisation de la sécurité sociale, le journal a déjà cessé de paraître, suite à un conflit au sein de la direction. Un mois plus tard, le quotidien "Vatan Emrouz" ("Patrie d'aujourd'hui") a vu le jour, à l'initiative d'un ancien conseiller du chef de l'Etat.

Dans une autre affaire, Solmaz Igder, journaliste du site Internet Canon Zeman Irani ( http://www.irwomen.com ), s'est vu infliger une peine de six mois de prison par la 31e chambre du tribunal révolutionnaire de Rai (sud de Téhéran). Cette condamnation lui a été communiquée oralement. Le tribunal a refusé de lui fournir une preuve écrite de ce verdict, l'empêchant ainsi d'avoir accès à un avocat pour se défendre.

"La justice iranienne est totalement inféodée au pouvoir exécutif. Les journalistes dissidents ne bénéficient jamais d'un procès équitable. Aujourd'hui, on prive même Solmaz Igder de toute possibilité de faire appel de sa condamnation", a commenté Reporters sans frontières.

Solmaz Igder a déjà été arrêtée et détenue à la prison d'Evin le 29 août 2008 pour avoir couvert le rassemblement annuel des familles de prisonniers politiques exécutés en 1988 sur ordre de l'ayatollah Khomeini, alors que les autorités avaient interdit toute manifestation ce jour-là. Elle a été libérée sous caution, le 10 septembre, contre le paiement de 85 000 euros, soit un milliard de rials.

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