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Offensive renouvelée contre les nouveaux médias

(RSF/IFEX) - Depuis plusieurs jours, les autorités iraniennes ont renforcé le contrôle de l'information en amont des manifestations du 7 décembre 2009, Journée nationale des étudiants. L'accès à Internet est très fortement ralenti voire bloqué à Téhéran et dans plusieurs grandes villes du pays. L'échange de SMS et les liaisons par téléphones portables sont suspendus ou brouillés. Les accréditations des journalistes étrangers ont été suspendues pour soixante-douze heures et les menaces et arrestations de journalistes iraniens se sont multipliées depuis plus d'une semaine. Tout cela démontre que les autorités ont déployé une stratégie préméditée et coordonnée pour étouffer tout projet de manifestation et faire croire que la situation s'est normalisée en Iran.

"C'est la première fois que des mesures de censure touchant toutes les formes de médias sont prises aussi tôt, plusieurs jours avant la mobilisation du 7 décembre. Et cela dans la perspective d'empêcher les efforts de mobilisation de l'opposition, notamment via les réseaux sociaux et les téléphones portables. Ce durcissement de la censure ne peut se justifier par des prétextes de maintien de l'ordre public. Il constitue une grave atteinte au droit des Iraniens et de la communauté internationale à être informés", a déclaré Reporters sans frontières.

Les censeurs iraniens s'en sont pris aux nouveaux médias avec une vigueur renouvelée. Les communications Internet et téléphoniques avaient déjà été coupées, ou brouillées, à plusieurs reprises par les autorités au cours des derniers mois, au coup par coup, lors de manifestations, mais jamais autant en amont.

Dès le 5 décembre, les connexions Internet ont étéfortement ralenties, voire bloquées, notamment à Téhéran, Ispahan et Shiraz, rendant de facto la navigation et l'envoi d'emails difficiles voire impossibles, d'après plusieurs sources contactées par Reporters sans frontières en Iran. L'un d'eux a même évoqué de manière ironique un débit de bande passante inférieur à 56 K. Les pages d'accueil de Gmail et de Yahoo! ne s'affichent plus. L'accès aux proxies est devenu très aléatoire, compliquant les tentatives des internautes iraniens de contourner la censure pour accéder à des sites bloqués tels que Twitter, Facebook ou YouTube. Les services de téléphonie portable et de SMS ont également été suspendus ou brouillés dans plusieurs parties du pays, notamment dans le centre de Téhéran et aux alentours des universités.

Selon l'Agence France-Presse, plusieurs sources appartenant à des services techniques ont affirmé qu'il ne s'agissait pas d'une panne, mais d'une "décision des autorités". Les principaux fournisseurs d'accès du pays dépendent du Réseau des télécommunications iraniennes (TCI), une entreprise rachetée par les Gardiens de la Révolution. Malgré la présence de sociétés privées, l'Etat reste l'acteur principal sur le marché et ses consignes sont immédiatement appliquées.

Des sites d'information, parmi lesquels http://www.ayandenews.com et http://www.mizanews.com , qui ont relayés les prises de position de l'opposition, sont inaccessibles depuis plusieurs jours.

Farhad Sharfai, un blogueur défenseur du droit des femmes, a été arrêté le 2 décembre à Khorramabad. Un autre journaliste et blogueur, très actif au sein du mouvement étudiant, Foad Shamss, aurait également été arrêté il y a quelques jours.

Le 7 décembre, au cours de la manifestation, les portables de certains manifestants ont été saisis par les forces de l'ordre. Un nombre encore indéterminé de personnes qui prenaient des photos ou filmaient les événements avec leurs téléphones auraient également été arrêtés.

Cette offensive particulièrement vigoureuse contre les nouveaux médias se conjugue avec les diverses méthodes appliquées habituellement aux médias dits traditionnels en prévision de ce type d'événement.

Les accréditations des journalistes de la presse étrangère les autorisant à travailler dans la rue ont été suspendues pour soixante-douze heures, afin de les empêcher de quitter leurs bureaux pour couvrir ces manifestations.

Plusieurs professionnels des médias ont été convoqués par les forces de l'ordre dans différentes villes du pays ces derniers jours.

Selon l'agence officielle Irna, quatre quotidiens nationaux proches des réformateurs ("Etemad-e Melli", "Hayateno", "Aftab-yadz" et "Asrar") ont reçu des avertissements de la part du Ministère de la Culture et de l'Orientation islamique en raison de la publication de propos susceptibles de provoquer des troubles à l'ordre public. Ils avaient publié les déclarations de l'Ayatollah Rafsandjani et de M. Larijani, le président du Parlement, critiquant le gouvernement.

Vingt-huit journalistes et blogueurs sont actuellement derrière les barreaux.

En Iran, les manifestations du 7 décembre commémorent la mort de trois étudiants en 1953, lors de manifestations contre le coup d'Etat du Chah, à l'occasion de la visite du président américain Richard Nixon. Cette journée est devenue le symbole de la résistance au régime répressif du Chah, et plus largement de la lutte pour la souveraineté populaire.

Depuis le 12 juin dernier, près d'une cinquantaine de journalistes et de blogueurs ont été contraints de quitter l'Iran afin d'éviter la répression impitoyable. Face à l'ampleur de cet exode, Reporters sans frontières a lancé, début novembre, un appel à soutenir financièrement ces journalistes et blogueurs, qui sont dans le dénuement le plus complet et en quête d'un lieu sûr.

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