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Dix ans après la mort de Zahra Kazemi en Iran, l'impunitè continue à faire des victimes

Stephan Hachemi, le fils de Zahra Kazemi, assis à côté d’un portrait de sa mère pendant une manifestation devant l'ambassade Iranienne à Ottawa en 2004
Stephan Hachemi, le fils de Zahra Kazemi, assis à côté d’un portrait de sa mère pendant une manifestation devant l'ambassade Iranienne à Ottawa en 2004

REUTERS/Jim Young JY/HB

A l'occasion du dixième anniversaire de la mort de Zahra Kazemi, photographe irano-canadienne décédée des suites de mauvais traitements subis dans la prison d'Evin, Reporters sans frontières condamne une nouvelle fois l'impunité totale dont bénéficient ses tortionnaires. Parmi eux, l'ancien procureur de Téhéran responsable de plusieurs crimes contre les acteurs de l'information, Saïd Mortazavi, le tristement célèbre 'soldat' du prédateur de la liberté d'information Ali Khamenei.

“Zahra Kazemi incarne les atteintes aux droits fondamentaux perpétrées en Iran depuis 1979 et l'arrivée au pouvoir du clergé. Une femme, une journaliste, qui a eu le malheur de vouloir informer les opinions international sur la triste réalité des conditions de détention de la prison d'Evin, symbole de la répression impitoyable exercée par le régime. Devant l'enceinte de cette prison, Zahra Kazemi a photographié les familles des prisonniers politiques que le régime toujours nié avoir enfermés”, a déclaré Reporters sans frontières, en rendant hommage à la journaliste.

“Zahra Kazemi, est la victime d'un système judiciaire en contradiction totale avec les valeurs des droits de l'homme ; un système corrompu et sans aucune indépendance. L'article 110 de la Constitution iranienne dispose que le chef du système judiciaire est nommé par le Guide Suprême de la République islamique d'Iran. Une aberration qui est l'une des principales raisons de l'inefficacité du système judiciaire iranien et de l'impunité généralisée qu'il génère”, a ajouté l'organisation.

L'institutionnalisation de cette impunité explique en partie les limitations imposées aux avocats indépendants qui défendent les prisonniers de conscience. Parmi eux trois avocats ayant représenté Zahra Kazemi : Abdolfatah Soltani, Mohammad Seifzadeh, Mohamed Ali Dadkhah ou Nasrin Sotoudeh (Prix Sakharov 2012), également de nombreux journalistes et net-citoyens actuellement emprisonnés. Ces derniers ont été arbitrairement arrêtés et lourdement condamnés pour “réunion et complot contre la République islamique”, “publicité contre le régime” et “collaboration avec le Centre des défenseurs des droits de l'homme”, présidé par la lauréate du prix Nobel de la paix, Shirin Ebadi.

Zahra Kazemi, journaliste irano-canadienne née à Shiraz en 1948, a été arrêtée le 23 juin 2003, alors qu'elle photographiait des familles de détenus devant la prison d'Evin. Sévèrement battue au cours de sa détention, elle est décédée des suites de ses blessures quelques jours plus tard, le 10 juillet. Le rapport d'enquête, rendu public par les autorités iraniennes dix jours plus tard, ne précise pas les causes du décès. La mère de la journaliste subira des pressions pour autoriser l'inhumation précipitée du corps de sa fille, le 22 juillet. Depuis, Stephan Hachemi, le fils de Zahra Kazemi, n'a de cesse de demander le rapatriement du corps de sa mère au Canada afin de procéder à une autopsie indépendante.

Les avocats de la famille de la victime ont dénoncé à maintes reprises ce qui avait tout d'une parodie de procédure judiciaire. Leurs demandes d'auditions auprès de hauts responsables de la justice iranienne n'ont jamais été prises en considération, tandis que la procédure a écarté des témoins clés. Saïd Mortazavi, responsable de l'arrestation de Zahra Kazemi et présent au cours des interrogatoires de cette dernière à la prison d'Evin, n'a jamais été auditionné.

Le 23 juin 2013, un tribunal de Téhéran a prononcé une sanction dérisoire condamnant Saïd Mortazavi à cinq ans d'interdiction de travailler pour le système judiciaire iranien, ainsi qu'à une amende de 60 dollars, pour sa responsabilité dans la mort de plusieurs manifestants enfermés au centre de détention de Kahrizak, après l'élection contestée de juin 2009.

“Nous exprimons tout notre soutien à la procédure civile engagée par Stephan Hashemi devant la Cour supérieure du Québec contre la République islamique d'Iran, destinée à obtenir réparation pour l'arrestation, la détention, les actes de torture et le décès de sa mère, survenu en juillet 2003 à Téhéran. L'organisation appelle le Canada et l'Union européenne à soutenir sa requête pour mettre fin à l'impunité insupportable qui règne dans cette affaire.”

“Nous estimons que l'impunité pour les tortionnaires, désormais systématique en Iran, est l'une des raisons principales de la recrudescence des violences, des crimes, de la pratique répétée d'actes de torture, de traitements cruels et inhumains dans les prisons, mais aussi des arrestations arbitraires si fréquentes en République islamique d'Iran”, a déclaré Reporters sans frontières.

Zahra Kazemi n'est malheureusement pas la seule victime de l'impunité qui règne en Iran au bénéfice des tortionnaires. Le 3 novembre 2012, le blogueur Sattar Beheshti a lui aussi été tué en détention, dans un centre de la cyberpolice iranienne (la FTA). L'avocate de la famille, Me Ghiti Pourfazel, dans une lettre ouverte au nouveau président de la République Hassan Rohani, a dénoncé une justice freinant de toutes ses forces la manifestation de la vérité : “Pour que la plainte soit retirée, ils ont intimidés la mère par la menace d'arrestation de sa fille, puis ont exercé une pression psychologique sur le père. Quand ces tentatives ont échoué et bien que nous savons que Satar a été tué par un officier, depuis huit mois l'investigation est au point mort“, avait alors écrit Me Pourfazel.

Le 9 juillet 2013, Ahmad Shojai, responsable de l'organisation des médecins légistes iraniens, dans une interview pour l'agence MeherNews, a déclaré que “le rapport des médecins légistes envoyé à la justice iranienne détermine que la cause de la mort réside dans une série de coups et une pression psychologique”. Le même jour, à l'occasion d'un point presse, le procureur général de Téhéran a répété une nouvelle fois que “l'enquête [était] terminée et [que] le juge d'instruction [était] en train d'enregistrer la dernière version des faits des accusés”.

Reporters sans frontières s'est exprimée dans une lettre ouverte à Hassan Rohani, le 18 juin 2013 : “Monsieur Rohani, vous êtes aujourd'hui le septième président de la République islamique, élu grâce au soutien massif des réformateurs et des progressistes iraniens. Vous engagez-vous à mettre fin au règne de l'arbitraire et de l'impunité. Ne doivent pas rester impunis les assassinats de journalistes dissidents, tels que Ebrahim Zalzadeh, Majid Charif, Mohamad Mokhtari, Mohamad Jafar Pouyandeh et Pirouz Davani, exécutés par des agents du ministère des Renseignements, entre novembre et décembre 1998 ; ne sauraient non plus rester impunies la mort en détention de Zahra Kazemi (2003) et celles d'Ayfer Serçe (2006), du jeune blogueur Omidreza Mirsayafi, Alireza Eftekhari (2008), Haleh Sahabi, journaliste et activiste des droits des femmes et d'Hoda Saber, journaliste d'Iran-e-Farda (2011) ou bien de Sattar Beheshti (2012). Les auteurs et les commanditaires de ces crimes doivent être traduits en justice.”

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