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Ahmad Zeidabadi, un journaliste interdit d'exercer son métier

Pour son travail de journaliste et analyste politique en Iran, Ahmad Zeidabadi a connu l'arrestation, la prison, la torture, l'exil, et, pour couronner le tout, une interdiction à vie de toute activité publique et politique, y compris l’exercice du journalisme.

Le 25 aout 2009. A droite, Ahmad Zeidabadi comparait devant le Tribunal révolutionnaire de Téhéran. AP Photo/Fars News Agency, Hasan Ghaedi

Dans son discours d'acceptation du Prix du héros de la liberté de la presse dans le monde décerné, en mars 2016, par International Press Institute(IPI), Ahmad Zeidabadi décrit ce qu'on ressent quand on est interdit à vie d'exercer sa profession:

Hélas! Il me semble que je suis condamné à devenir un étranger dans mon propre pays et à fermer ma bouche. Dans une telle situation, parfois je pense que j'ai été condamné à « une exécution civile » ou de « mourir en silence » et à être oublié complètement.

Ahmed Zeidabadi a commencé sa carrière, en 1989 à Téhéran, comme journaliste au plus ancien quotidien de l'Iran Ettela'at, peu de temps après la mort de l'Ayatollah Ruhollah al Khomeini, fondateur de la République islamique d'Iran et leader de la révolution iranienne de 1979. Lorsqu'un politicien réformiste a été nommé maire de Téhéran et fut créé le journal Hamshahri la même année, Zeidabadi, réformiste lui-même, a quitté le quotidien conservateur aligné Ettela'at et a rejoint le nouveau quotidien qui deviendra plus tard le journal le plus lu de Téhéran.

Dans les années qui ont suivi, Zeidabadi a fait sa réputation en Iran en tant qu'analyste politique courageux et très en vue. En 1997, lorsque le réformateur Mohammad Khatami a remporté une victoire écrasante aux élections présidentielles iraniennes, un assouplissement de la censure du gouvernement a permis à une presse réformatrice dirigée par Zeidabadi de prospérer. Malheureusement, les faucons à l'intérieur et à l'extérieur du gouvernement ont coalisé pour anéantir les plans de Khatami pour réformer le système iranien, et leurs premières cibles étaient des journalistes tels que Zeidabadi.

En 2000, il a été soumis à la première d'une longue liste de violations de son droit à la liberté d'expression. Il a été arrêté pour « n'avoir pas répondu à une citation à comparaître » et a été contraint de passer sept mois à la prison d'Evin à Téhéran, dont deux mois en isolement total. Moins de deux semaines après sa libération, il a été de nouveau arrêté, cette fois pour « complot contre le gouvernement ». Il a été une fois de plus libéré peu de temps après, à la suite de l'intervention personnelle de Mehdi Karroubi, président du parlement iranien.

Au début de l'année 2002, il a été de nouveau poursuivi en justice et condamné à 23 mois de prison qui seront plus tard réduit à 13 mois. Il avait également été interdit de « toute activité publique et sociale dont la pratique du journalisme » pour une période de cinq ans. Mais Zeidabadi ne s'était pas découragé. Il a continué à faire des analyses politiques sur l'Iran et la région sur de nombreux points focaux réformistes en ligne et hors ligne.

Zeidabadi n'a pas perdu de temps aussitôt que son interdiction d'écrire a été levée en 2007. Il a écrit une lettre ouverte largement diffusée - qui lui a valu plus tard beaucoup d'ennuis - dans laquelle il s'en est pris directement au guide suprême, l'ayatollah Ali Khomeini et s'est inquiété de son manque de tolérance vis-à-vis de la critique, ainsi que de sa gestion du programme nucléaire et de la réponse de la communauté internationale à ce sujet.

Deux ans plus tard, il a été rattrapé par les conséquences de cette lettre et son attitude résolument réformiste. En 2009, il était l'un des 100 journalistes et pro-réformistes qui ont comparu devant la justice dans un procès fleuve télévisé après avoir été accusés d'avoir tenté de provoquer « une révolution de velours ». Il a ensuite été condamné à six ans de prison et cinq ans d'exil intérieur dès sa libération. Il a également été interdit, cette fois à vie, d'exercice du journalisme ainsi que toute autre activité civique ou politique.

Zeidabadi, un journaliste salué de nombreuses fois à l'échelle mondiale pour ses écrits courageux au fil des ans, passe désormais ses jours dans sa maison de Téhéran dans ce qu'il appelle « l'isolement non désiré ». Dans le même discours d'acceptation du Prix de 2016, il a déploré son incapacité à faire ce qu'il fait le mieux à un moment où le son et l'écriture objectifs sont ardemment nécessaires dans la région.

« C'est une grande injustice que de priver un être humain de faire ce qui donne un sens à sa vie et ce qu'il sait faire le mieux ... Ces jours-ci, le Moyen-Orient est en ébullition et mon pays traverse des bouleversements orageux. Naturellement, je tiens à exprimer mon analyse d'expert et à avertir le peuple contre les messages d'intoxication publiés par des ailes politiques puissantes ».

Le prix lui décerné par IPI a donné Zeidabadi l'assurance de ne pas avoir été oublié et l'espoir qu'un jour, il pourrait à nouveau écrire.

Dernière mise à jour: 11 avril 2016

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