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Un journaliste violemment agressé au Kurdistan

(RSF/IFEX) - Nabaz Goran vient de quitter Erbil (Hawler en kurde), capitale du Kurdistan irakien, pour trouver refuge à Suleimanieh. Il a déclaré à Reporters sans frontières ne jamais vouloir revenir dans cette ville. Ce journaliste de 32 ans est directeur de publication du journal bimensuel indépendant en langue kurde "Jihan" ("Monde"). Il a été violemment agressé, le 29 octobre dernier, par des inconnus, appartenant vraisemblablement au KDP (Parti démocratique kurde). Il a porté plainte auprès de la police. "Mais je ne me fais pas d'illusion, la police est aux mains du KDP", a-t-il confié à Reporters sans frontières.

"Nabaz Goran est une des figures emblématiques du journalisme d'investigation au Kurdistan irakien. Son agression révèle l'extrême difficulté pour les journalistes de la sorte de faire leur travail dans une région où les tensions politiques entre le KDP (Parti démocratique kurde) et le PUK (Union patriotique du Kurdistan) sont très fortes à la veille des élections législatives. La police doit tout mettre en oeuvre pour que les agresseurs soient identifiés, ainsi que les commanditaires de cette lâche agression", a déclaré l'organisation.

"Le 29 octobre 2009, dans l'après-midi, je sortais du bureau dans le quartier d'Iskan à Erbil, lorsque trois inconnus se sont approchés de moi, me demandant si j'étais Nabaz Goran. J'ai répondu par l'affirmative, et alors ils m'ont attaqué. L'un d'eux était armé d'un objet métallique contondant qu'il a utilisé pour me frapper à la tête et au visage, les deux autres me rouant de coups de poing. Ils n'arrêtaient pas d'insulter ma mère et mes soeurs", a déclaré le journaliste à Reporters sans frontières, s'exprimant avec difficulté du fait de ses douleurs.

Pour lui, l'identité des agresseurs ne fait aucun doute, tout comme les motivations de ces derniers. "Le KDP, dirigé par Massoud Barzani, est clairement derrière cette agression. Les raisons sont également très claires : je suis un journal indépendant qui critique les partis et les hommes politiques, n'hésitant pas à révéler des affaires de corruption. Et ça, ils ne le supportent pas. Le KDP contrôle Erbil. Dans cette ville, personne n'aurait pu faire ça sans avoir un soutien ferme de la part des autorités, et donc du KDP. Je vis dans une région où les hommes politiques ne comprennent ni la démocratie, ni l'importance d'avoir des médias libres", a ajouté le journaliste, très ému.

C'est la deuxième fois que Nabaz Goran est agressé. Il a également fait l'objet d'une dizaine de poursuites judiciaires. La dernière en date a été déposée par Chnar Sa'ad Abdulla, ministre des Martyrs.

Cette attaque a été vivement condamnée par l'ensemble de la profession. D'après Ahmed Mirra, directeur de publication de "Leven", la plus importante publication en langue kurde, dans une interview au quotidien "Ach-Charq Al-Awsat", "cette agression vient souligner l'extrême difficulté, pour les journalistes, de travailler au Kurdistan aujourd'hui, et des dangers qu'ils encourent. De tels agissements ont pour but de faire taire la presse libre qui combat les autorités au quotidien". Le journaliste rappelle le lourd tribut de ses collègues du Kurdistan irakien. Ainsi, Soran Mama Hama, tué en juillet 2008 à Kirkourk. Ahmed Mirra rappelle également la plainte déposée par le gouverneur de la province, Massoud Barzani, contre son journal, suite à la publication d'un article révélant le salaire de M. Barzani et autres privilèges. A noter que le numéro 94 du journal a été interdit de distribution.

En Irak, les plaintes contre les journaux se multiplient. Le 8 novembre 2009, des députés irakiens ont décidé de porter plainte contre le quotidien "Al-Mada", suite à la publication, la veille, d'un article de Ward Badr As-Salam intitulé : "Les Parlementaires en dessous de zéro", dans lequel le journaliste critiquait les privilèges des parlementaires.

"Cette action en justice est très préoccupante, car elle traduit une certaine intolérance à la critique. Nous demandons aux députés de retirer leur plainte", a déclaré Reporters sans frontières, qui a envoyé ce jour un courrier en ce sens au président de la Chambre des représentants.

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