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Quand le KDP et l'UPK se mettent d'accord pour museler la presse

(RSF/IFEX) - "Tous les moyens sont bons pour le Parti démocratique du Kurdistan (PDK) et l'Union patriotique du Kurdistan (UPK) pour museler la presse. Ces deux partis qui contrôlent la scène politique du Kurdistan irakien ont passé un accord stratégique tacite afin de limiter au maximum la liberté des journalistes", estime Reporters sans frontières.

Les forces de sécurité à la solde de ces deux partis politiques empêchent ainsi les professionnels des médias de couvrir les manifestations dans les rues, n'hésitant pas à recourir à l'usage de la violence. Le président du Parlement a interdit à la presse de pénétrer dans l'enceinte de l'hémicycle. Les partis politiques parviennent à obtenir la démission des journalistes qui osent remettre en cause les politiques mises en œuvre. Les convocations se multiplient. Les journalistes et les intellectuels kurdes s'accordent pour dire que la situation actuelle est particulièrement préoccupante. Nombreux sont les articles et les reportages dans lesquels ils expriment à la fois leur inquiétude, et leur volonté de défendre la liberté de la presse.

Kemal Kerküki, président du Parlement du Kurdistan irakien a récemment décidé d'interdire aux journalistes de pénétrer dans le hall du parlement et d'en filmer les séances. Ainsi, le 5 avril dernier, Awara Hameed, reporter de la Gorran Radio (média du Parti du Changement), a été interdit d'entrer dans le hall du Parlement pour couvrir la discussion autour du vote du budget annuel. Il estime que c'est parce qu'il est un journaliste d'opposition que la police l'a empêché d'entrer.

Toute critique du système est sévèrement punie

Le 28 avril dernier, Kamal Rauf, rédacteur en chef de "Hawlati", a été convoqué par la police pour avoir publié un article sur le manque de services publics dans une petite ville. Après avoir été interrogé pendant cinq heures, il a été libéré contre le paiement d'une caution de 1 million de dinars (652 euros).

Fuad Sadiq a été limogé de son poste de rédacteur en chef de l'hebdomadaire pro-KDP "Gullan" après avoir publié, début avril 2010 dans le numéro 774 de son journal, un rapport critique sur les huit mois de la présidence de Dr Barham Salih à la tête du gouvernement du Kurdistan irakien (et membre de l'UPK). D'après un journaliste interrogé par Reporters sans frontières : "Le limogeage de Fuad est politique uniquement. Barham Salih a demandé à Massoud Barzani, président du PDK et président du Kurdistan irakien, de le virer".

Le journaliste, poète et juge Hakim Qubadi Jali Zada a été muté dans une autre ville, suite à la publication, en février 2010 dans le journal "Hawal" (n°364), d'un article critiquant le système judiciaire en place au Kurdistan irakien. Il a été démis de ses fonctions de juge dans la ville de Suleimanieh, et contraint, le 18 mars 2010, d'aller exercer ses fonctions dans la ville de Chamchamal à 80 km au sud-ouest de la ville.

Les agressions physiques et verbales

Elles sont le lot quotidien des journalistes de la province.

Le 20 avril 2010, soit deux jours avant la Journée kurde de la liberté de la presse, plusieurs journalistes ont été agressés et blessés alors qu'ils couvraient une manifestation étudiante. Soran Ahmed, journaliste à "Hawlati", a été agressé, tout comme Shkar Mu'tasam, journaliste pour "Rojname" du Parti du Changement, frappé au visage, Aso Khalil de "Jiyar Magazine" et Hawzhin Ghareeb de l'hebdomadaire "Chatr".

Le 17 avril 2010, des membres des forces de police et des forces de sécurité du PDK et de l'UPK ont violemment agressé les journalistes (travaillant pour les plupart pour des médias indépendants ou d'opposition), venus couvrir une manifestation d'étudiants protestant contre les décisions prises par le ministère de l'Education dans la province du Kurdistan irakien. Les journalistes déclarent avoir été battus et insultés, des caméras et appareils photo ont été confisqués. "Quatre hommes armés m'ont sauté dessus et m'ont frappé ", a déclaré Safin Ismael, photographe pour le quotidien "Aso".

Trois caméras ont été cassées. Wrya Hossein, reporter pour la chaîne satellitaire Payam, a déclaré : "On ne faisait rien d'autre que filmer les manifestations. On ne comprend pas ce qui s'est passé. Ils ont pris la caméra et l'ont détruite avec un bâton." C'est le cas aussi d'équipement de la chaîne satellitaire Sahar de la République islamique d'Iran : "Les forces de sécurité se sont comportées avec une telle violence ! Ils ont frappé notre photographe Srusht Sazan et ont cassé la caméra", s'est plaint Kamal Nuri, reporter de la chaîne.

Les équipes de la chaîne satellitaire Speeda, de la chaîne locale Azadi et de la chaîne Traitor ont été empêchées de filmer le jour de la manifestation. Zryan Mohamed, reporter pour la chaîne Azadi, estime que "c'est la première fois qu'on assiste à un tel déchaînement de violence de la part des forces de police et des forces de sécurité de ces deux partis politiques".

Le 15 avril 2010, alors que Dr Barham Salih, Premier ministre du Kurdistan irakien, était en visite dans la province de Kalar, des journalistes ont été molestés. Shukr Ahmed Tofiq, journaliste pour Azadi, a été insulté par des gardes du corps du Premier ministre et frappé au visage. Sa caméra a été cassée.

Omar Fars, rédacteur en chef du site d'informations Kurdistannet, a également été agressé et empêché de prendre des photos le 14 avril à Kalar (140km à l'ouest de Suleimanieh).

Nombreux sont les journalistes et les parlementaires à demander que cesse l'impunité dont bénéficient les membres des forces de sécurité du KDP et de l'UPK. "Ces forces de sécurité n'ont rien de légal. Elles appartiennent à des partis politiques", explique Zana Rauf, parlementaire du Kurdistan irakien, élu du Parti pour le Changement. "Les Zaniyari (nom donné aux services de renseignements du PUK), les Parastn (nom donné aux services de protection et de renseignements du KDP) et les forces anti-émeutes sont toutes illégales. Mais il n'existe aucune volonté politique pour que cet état de fait change".

Rahman Ghareeb, journaliste indépendant et coordinateur du centre Metro de protection des journalistes au Kurdistan irakien, condamne ces agressions au nom de son organisation.

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