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Un journaliste kurde menacé de mort après avoir dénoncé la corruption au sein d'une maison d'édition

(RSF/IFEX) - "Nous avons des flingues pour te répondre plutôt que des stylos." Tel est le message reçu par le journaliste indépendant et écrivain Shwan Ahmed, le 5 juillet 2010 au soir. L'avertissement est clair.

En juin 2010, Shwan Ahmed a écrit deux longs articles dans l'hebdomadaire kurde indépendant "Awene" (numéros 227 et 228 des 8 et 15 juin 2010) dénonçant la corruption au sein de la maison d'édition et de publication Serdam, fondée en 1998 par des proches de l'Union patriotique du Kurdistan (PUK), parti du président Jalal Talabani ( http://www.serdam.org/ ).

Dans ses articles, il démontrait les rouages d'un vaste système de corruption, de népotisme, de détournement de fonds mis en place par d'importantes personnalités, membres influentes de cette société, parmi lesquels de nombreux intellectuels kurdes (écrivains, poètes, romanciers, traducteurs).

Suite à leur publication, les personnes mises en cause, tout comme le directeur de la maison d'édition, Sherko Bekas, ont publié un droit de réponse, sous forme de démenti, dans le numéro 230 d'"Awene" (daté du 30 juin 2010). Le secrétaire de Jalal Talabani a également dénoncé ces attaques contre Serdam.

Ari Rauf, fils du poète et romancier kurde Rauf Begard pointé du doigt par Shwan Ahmed, a appelé au téléphone le journaliste, le 5 juillet 2010, et l'a menacé de mort. Ari Rauf est colonel dans les forces de sécurité du PUK. "Shwan, je vais te tuer. Nous ne te répondrons pas avec de l'encre, mais avec nos flingues. Fais attention à toi, t'es prévenu, je vais t'exploser la tronche un de ces quatre. Il y aura tellement de balles qu'on pourra faire des morceaux de ton cadavre. Je ne suis pas n'importe qui. Je suis un vieux Peshmerga. Je vais faire en sorte que tu te la boucles."

Le journaliste est allé immédiatement porter plainte au commissariat de Suleimanieh et demandé la protection de la police.

"Dans ces articles, je n'ai fait qu'écrire sur la corruption. Je me suis basé sur deux rapports du Conseil d'observation de la province autonome du Kurdistan d'Irak, et d'autres documents publics relatifs à la corruption au sein de cette institution. Ce sujet est connu de tous. Il est de mon devoir en tant journaliste indépendant d'écrire sur ces affaires. Si nous ne le faisons pas, cela veut dire que nous approuvons le système et que nous sommes nous-mêmes corrompus", a déclaré Shwan Ahmed à Reporters sans frontières.

Shwan Ahmed est un journaliste connu et reconnu au Kurdistan irakien pour son expertise sur les questions relatives à l'islam politique et pour ses articles critiques sur le système politique au Kurdistan irakien.

L'organisation rappelle que deux journalistes ont payé de leur vie leur liberté de ton : Soran Mama Hama, le 22 juillet 2008, et récemment Sardasht Osman enlevé le 4 mai 2010.

Reporters sans frontières demande aux autorités du Kurdistan irakien de tout mettre en œuvre afin d'assurer la protection de ce journaliste, et de lever le climat de tensions dans lequel travaillent les journalistes indépendants.

L'organisation se rendra au Kurdistan irakien en mission d'enquête du 19 au 28 juillet 2010. Ses représentants souhaitent rencontrer des journalistes et leurs représentants. Ils souhaitent également rencontrer les autorités politiques du Kurdistan irakien afin de leur exposer leur inquiétude sur la dégradation de la situation de la liberté de la presse et leur préoccupation au regard de la sécurité des journalistes dans la région.

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