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Plusieurs journalistes arrêtés, attaqués et blessés pendant une des journées les plus noires pour la liberté de la presse

(RSF/IFEX) - "Le 25 février a été une des journées les plus noires pour la liberté de la presse en Irak depuis le retrait des forces américaines fin août 2010. Des professionnels de l'information ont été la cible d'une vague d'agressions délibérées et d'arrestations illégales et arbitraires par les forces de l'ordre, censées les protéger. Reporters sans frontières exhorte les autorités irakiennes à ouvrir une enquête sur l'ensemble des exactions commises. Les responsables doivent être sanctionnés afin que l'impunité ne soit pas la règle. Le gouvernement irakien doit respecter le travail des journalistes et mettre tout en œuvre afin de garantir leur sécurité", a déclaré Jean-François Julliard, secrétaire général de l'organisation.

Le 25 février 2011, en marge des manifestations organisées à l'occasion du "Jour de colère", les forces de sécurité ont agressé et arrêté plusieurs journalistes qui couvraient les rassemblements organisés dans plusieurs villes d'Irak, notamment à Bagdad, à Kerbela (centre du pays), à Mossoul (sud du pays) et à Bassorah (nord du pays). Reporters sans frontières rappelle que le commandement militaire de Bagdad avait interdit, le 23 février, la retransmission en direct de la manifestation à Bagdad.

À Bagdad, la police avait bouclé la place Tahrir où la manifestation était organisée.

Des caméramen d'Al-Baghdadiya et d'Al-Sharqiya ont été arrêtés alors qu'ils essayaient de filmer les forces de l'ordre en train d'utiliser des armes d'assaut et du gaz lacrymogène pour disperser les manifestants.

Un caméraman de la chaîne satellitaire Faiha a été agressé et blessé à la main par les forces de l'ordre.

Le journaliste Seif Al-Khayat a, quant à lui, été renversé par une voiture de police.

La police a procédé à un raid contre les locaux de la chaîne Al-Diyar qui couvrait les manifestations en direct depuis le toit du bâtiment. Le correspondant Ali Al-'Ainbaki et neuf techniciens ont été arrêtés, les locaux de la chaîne perquisitionnés et la diffusion interrompue.

Deux journalistes de la chaîne satellitaire Al-Sumariya, Idris Jawad et Sanan Adnan, ainsi que les cameramen Satar Muhammed Abdul et Safa Hatem, ont été interpellés après leur couverture des événements sur la place Tahrir. Accusés d'avoir organisé et participé à la manifestation, ils ont été détenus dans le centre des opérations à Al-Rusafa (quartier situé dans l'est de la capitale). Ils ont été relâchés quelques heures plus tard.

Thaier Al-Sudani, photographe pour Reuters, et Ahmad Al-Rubaie de l'Agence France-Presse ont également été arrêtés.

Le caméraman Imed Hamed et son assistant Mustafa Kazem de la chaîne satellitaire Al-Hurra ont été arrêtés par les forces anti-émeutes à Bagdad. Leurs caméras et enregistrements ont été confisqués.

Dans la soirée, des agents de la 11e division des services de renseignements ont envahi le restaurant Al-Taraf situé au centre de la capitale et ont arrêté quatre journalistes, Hussam Serail (reporter pour "Al-Sabah"), Ali Abdul Sada ("Al-Mada"), Hadi Al-Mahdi (présenteur de Radio Demozy) et Ali Al-Sumeri (rédacteur pour "Al-Sabah"). Après avoir été insultés et roués de coups, les journalistes ont été transférés au quartier général des services de renseignement, dans l'ancien bâtiment du ministère de la Défense. Menottés, les yeux bandés, ils ont été frappés et menacés d'être, avant d'être relâchés quelques heures après.

À Kerbela, le correspondant de l'agence Reuters, Mushtaq Muhammad, a été frappé par un policier alors qu'il filmait la manifestation. Battu à coups de bâtons, il a été grièvement blessé à la tête et a dû être hospitalisé. Sa caméra a été complètement détruite. Suite à une enquête, ordonnée par le Président du Conseil de la province, des excuses ont été adressées au journaliste et à son média. Mushtaq Muhammed a cependant indiqué qu'il exigeait, quant à lui, qu'une sanction exemplaire soit prononcée contre le policier afin qu'un tel incident ne se réitère pas à l'avenir.

Les forces anti-émeutes de Kerbela ont également attaqué les équipes des chaînes Afaq TV et Al-Salam TV. Les journalistes ont été frappés et insultés, et leurs enregistrements ont été confisqués.

A Mossoul, Ahmed Hiyali, reporter pour Radio Sawa, a été violemment agressé par les forces de déploiement rapide qui l'ont empêché de couvrir les manifestations dans la ville. Un confrère de la chaîne Al-Salah A-Din, Adel Sayegh, rapporte que le journaliste a été roué de coups avant d'être emmené à l'Assemblée de la province.

A Bassorah, plusieurs journalistes couvrant une manifestation se sont vus confisquer leurs appareils photos et leurs enregistrements par l'armée. Le correspondant de la Radio Dijla, Mohammed Al-Jabri, a été insulté et battu avec la crotte d'un fusil.

Le journaliste Muntazer Al-Zaïdi qui avait été arrêté le 24 février, alors qu'il essayait de tenir une conférence de presse devant la mosquée Abu Hanifa située dans le quartier Adhamiyah à Bagdad, a été libéré.

Dans une lettre ouverte datée du 27 février, 23 journalistes ont annoncé qu'ils boycottaient les activités du bureau du Premier ministre irakien, Nouri Al-Maliki et celles du commandement militaire de Bagdad, pour protester contre les exactions commises par les forces de l'ordre à l'encontre des professionnels de l'information et les entraves arbitraires à la couverture en direct des manifestations. Ils demandent des excuses officielles de la part des autorités irakiennes, ainsi qu'un arrêt immédiat de la répression à l'encontre des médias.

En réponse à cet appel, le porte-parole du commandement militaire de Bagdad, le général Qassem Atta, a présenté ses excuses aux journalistes, affirmant que les atteintes à la liberté d'expression "n'étaient pas intentionnelles". Interrogé au cours d'un conférence de presse, le 28 février, par un caméraman de la chaîne satellitaire Turkmen Illy, Nouri Al-Maliki a également présenté ses excuses aux professionnels de l'information pour la violence déployée par les forces de l'ordre. Il a promis des sanctions et des réformes.

Par ailleurs, le correspondant pour la chaîne satellitaire Al-Itijah, Mohammed Al-Hamdani, a été tué le 24 février dans un attentat suicide à Ramadi, la capitale de la province d'Al-Anbar (110 km à l'ouest de Bagdad). Un autre journaliste, Ahmed Abdul Salam, qui travaille pour la chaîne satellitaire Al-Aan a été blessé. Selon des sources policières, une explosion à la maison de la culture dans le quartier 17 Tammuz, où étaient organisées des festivités religieuses, a fait 14 morts et 23 blessés, dont les journalistes couvrant les festivités.

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