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Le gouvernement d'Al-Maliki accentue la pression sur les médias irakiens

Une fille irakienne regarde la télévision dans sa maison à Bagdad, le 3 mai 2014
Une fille irakienne regarde la télévision dans sa maison à Bagdad, le 3 mai 2014

REUTERS/Ahmed Jadallah

RSF condamne les récentes mesures prises par les autorités irakiennes menant à la fermeture de trois chaînes irakiennes en Égypte et le contrôle de plus en plus resserré sur les médias locaux.

Quinze jours après le raid policier du 9 juin 2014 à Amman, qui a visé la chaîne irakienne Al-Abassiya connue pour son opposition au Premier ministre Nouri Al-Maliki, le gouvernement irakien récidive, cette fois-ci en Egypte.

Les autorités égyptiennes ont en effet annoncé, le 18 juin 2014, la fermeture de trois chaînes irakiennes Al-Baghdadiya, Al-Rafidin et Al-Hadath, diffusant depuis l'Égypte sur le satellite égyptien Nilesat. Cette décision intervient après le dépôt d'une plainte - par le ministère irakien des Communications - auprès de la société de production égyptienne qui héberge les deux chaînes. Il leur est reproché de diffuser des informations qui “portent atteinte aux forces de sécurité et à l'unité nationale irakiennes”.

Quelques jours plutôt, le 16 juin 2014, les forces de sécurité irakiennes - en civil - ont fait irruption, sans mandat, dans les locaux de la chaîne Al-Baghdadiya TV situés à Bagdad. Elles ont détruit et volé du matériel professionnel, et s'en sont violemment pris aux gardes de la chaîne. D'après une source sécuritaire citée par la chaîne, le vice-ministre de l'Intérieur Adnan Al-Assadi serait à l'initiative de cette intervention. Des témoins ont indiqué que deux des véhicules transportant les forces de sécurité étaient des véhicules militaires.

Pour rappel, le 25 novembre 2010, la chaîne avait officiellement mis fin à ses activités en Irak, suite à la fermeture quelques jours plutôt de l'ensemble de ses bureaux dans le pays par la Commission des médias et de la communication (CMC). En avril 2014, la chaîne a été de nouveau autorisée, sur décision judiciaire, à reprendre ses activités en Irak.

Face à ces mesures d'intimidation récurrentes, le propriétaire de la chaîne et homme d'affaires irako-grec, Aoun Hassine Al-Khachlouk, fervent détracteur de l'actuel Premier ministre, a annoncé, le 19 juin dernier, vouloir définitivement mettre fin aux activités de la chaîne.

“Reporters sans frontières condamne fermement la chape de plomb que le gouvernement irakien tente d'imposer sur les médias. Une série de mesures ont été prises sans fondement légal contre les médias opposés à la politique de Nouri Al-Maliki”, dénonce Virginie Dangles, adjointe à la direction de la Recherche à Reporters sans frontières. “Les États de la région sont complices de cet acharnement en cédant aux pressions. Les médias et professionnels de l'information doivent, quant à eux, faire preuve d'indépendance et de professionnalisme, jouant leur rôle de contre-pouvoir, en cessant d'alimenter les tensions et les différends politiques, ethniques et religieux”.

Un climat délétère

La crise politique et sécuritaire qui secoue l'Irak impacte fortement la société irakienne, et par conséquent les médias, qu'ils émettent depuis le sol irakien, ou depuis l'étranger. De par leur politisation et leur polarisation, les professionnels de l'information et leurs médias sont à la fois victimes et acteurs de cette détérioration. Des journalistes à Kerbala (100 km au sud-ouest de Bagdad) ont manifesté le 15 juin dernier pour réclamer aux autorités locales de les enrôler dans l'armée irakienne afin de renforcer la “lutte contre l'offensive terroriste”.

De son côté, la Commission des médias et de la communication a adressé aux médias, le 18 juin 2014, une liste de directives à suivre dorénavant. Parmi les lignes directrices figure l'interdiction de rencontrer et de s'entretenir avec des personnalités recherchées par la justice, ainsi que l'interdiction de diffuser des messages émanant de groupes armés. Le gouvernement entend ainsi résumer l'opposition armée à ISIS, omettant de mentionner clairement la présence aux côtés d'ISIS de forces baassistes ou encore de tribus sunnites.

Le même jour, le ministère des Communications a annoncé la coupure d'Internet dans plusieurs provinces du pays notamment Anbar, Ninwa, Salaheddine, Diyala et Kirkouk, privant ainsi les citoyens irakiens de l'accès aux médias sociaux comme Facebook, Twitter et YouTube. Le ministère des Communications a par ailleurs assuré que cette mesure serait provisoire, visant à “prévenir la diffusion d'informations mensongères relayées par l'ennemi et ce, dans un contexte sécuritaire préoccupant”.

RSF rappelle que dès le 13 juin, le ministère irakien des Communications avait également demandé aux fournisseurs d'accès à Internet de bloquer certains sites de réseaux sociaux, ainsi que d'autres services comme Skype, Viber ou Whatsapp.

De leur côté, des individus armés contrôlent toujours les médias dans les provinces de Mossoul, Anbar et de Salaheddine. ISIS aurait notamment incendié, le 16 juin 2014, les locaux de la chaîne Kurdistan News à Mossoul (quartier de Ta'mim). Le 15 juin 2014, ce même groupe armé s'en serait pris au domicile du frère d'Ali Al-Hamdani, correspondant de la chaîne satellitaire chiite Al-Faiha' dans la province de Salaheddine (170 km au nord de la capitale). Sa famille avait quitté la maison quelques jours auparavant après avoir reçu des menaces.

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