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Au moins 20 journalistes et collaborateurs de médias otages du groupe Etat Islamique à Mossoul

Cet article a été initialement publié sur rsf.org le 21 novembre 2014.

Alors que les frappes de la coalition internationale se poursuivent en Irak et dans le nord de la Syrie pour freiner l'avancée djihadiste, le groupe Etat islamique continue de cibler personnellement les journalistes, dont le quotidien est rythmé par des enlèvements et des menaces de mort à grande échelle, ainsi que des mauvais traitements pour ceux qui sont emprisonnés.

Au moins 20 journalistes sont aujourd'hui otages du groupe Etat islamique en Irak. Selon l'organisation irakienne de défense de la liberté de l'information Journalistic Freedoms Observatory (JFO), après avoir enlevé neuf journalistes il y a plus d'un mois (dont six sont toujours détenus et les trois autres ont été libérés), le groupe djihadiste a kidnappé à nouveau 14 journalistes et collaborateurs de médias à Mossoul entre la fin du mois d'octobre et le début du mois de novembre. Des journalistes, des cameramen mais également des techniciens et des ingénieurs dont la plupart travaille pour la chaîne Sama Mossul TV.

JFO révèle également que le groupe EI a publié une nouvelle liste de 50 noms de journalistes et employés de médias personnellement menacés, ce qui ne fait qu'accroître la peur et la psychose dans la ville.

“Le groupe EI poursuit envers et contre tous sa politique sanguinaire tout en s'acharnant sur les médias et leurs employés de manière systématique depuis le début de l'offensive en Irak, déclare Lucie Morillon, directrice des programmes de Reporters sans frontières. Les journalistes en exercice dans les territoires occupés par l'EI, et notamment à Mossoul, sont confrontés à une insécurité extrême. Ils sont ciblés en raison de leur profession, puisqu'ils constituent automatiquement une menace pour la propagande du groupe djihadiste. Il incombe aux autorités de tout mettre en oeuvre pour protéger les garants de l'information libre, et donc de toutes les libertés, que ce soit à Mossoul ou ailleurs dans ce contexte de guerre”.

La terreur règne à Mossoul, où les journalistes et les civils ne pouvant quitter le territoire craignent de parler par peur de représailles de la part du groupe EI par la suite, à raison.

Le groupe djihadiste s'est emparé des locaux de la chaîne Sama Mossoul TV dirigée par le gouverneur de la province Ninive, Athil Al-Nujaifi, lors de son offensive en juin 2014, selon le JFO. L'organisation affirme que plus de 17 journalistes ont été arrêtés et relâchés par le groupe -après avoir subi un interrogatoire et signé des engagements concernant leurs activités journalistiques - depuis le début de son offensive dans le nord de l'Irak.

Le groupe EI tire profit des “trous noirs de l'information”

Certains médias qui citent des sources anonymes à Mossoul mentionnent des raids effectués la nuit par le groupe EI à la recherche de journalistes pour les forcer à travailler sous leur commandement ou pour profiter de leur expertise professionnelle. Beaucoup de journalistes se sentent surveillés et certains se font donc arrêtés en pleine nuit à leur domicile.

Les informations parvenant de certaines villes occupées et disputées par le groupe djihadiste, telles que Mossoul (province de Ninive), Tikrit et Samarra (province de Salaheddine), Falloujah et Ramadi (province d'Anbar), sont difficiles à vérifier. Des médias locaux ont déjà relayé brièvement des nouvelles d'assassinats de journalistes enlevés par le groupe sans pour autant que cette information soit confirmée et sans qu'on puisse identifier les sources. Ces “trous noirs de l'information” profitent au groupe EI, qui soigne beaucoup son image pour ses campagnes de recrutement, en amplifiant la terreur qu'il inspire. Cela lui permet de faire jouer ses propres moyens de communication et d'occuper ainsi le devant de la scène médiatique.

En Syrie, une longue liste de crimes dans les territoires contrôlés par l'EI


Alors que les combats se poursuivent à Kobane, les djihadistes occupent toujours quasi-totalement certaines zones du nord et de l'est du pays comme la ville de Raqqa et la province de Deir Ezzor. Un certain nombre de journalistes sont toujours otages ou portés disparus par des groupes armés, dont le groupe EI. Le dernier en date a été enlevé le 14 novembre à son domicile à Deir Ezzor, province pétrolière de l'est du pays. Selon nos sources, le journaliste a été visé en raison notamment de ses contacts avec des chaînes présentes sur la liste noire du groupe EI, telles que Orient TV. La commission d'enquête sur les crimes en Syrie mise en place par les Nations unies a publié le 14 novembre dernier un rapport détaillé sur le groupe EI sur la base de quelque 300 témoignages de victimes et témoins. Ainsi selon l'ONU, des anciens prisonniers ont expliqué que les journalistes et fixeurs qui ont travaillé avec la presse étrangère font partie de ceux qui reçoivent les pires traitements dans les centres de détention.

A ce jour, Reporters sans frontières a recensé deux cas de journalistes étrangers, huit journalistes syriens et un irakien tués par le groupe EI. Un journaliste étranger est actuellement toujours otage, une vingtaine de journalistes irakiens ont été enlevés par le groupe en Irak et près de 20 journalistes syriens sont portés disparus ou ont été enlevés par des groupes armés, dont l'EI, en Syrie, depuis le début du conflit.

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