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Avec la censure militaire, pas de médias libres

Le Centre palestinien pour le développement et la liberté des médias (Palestinian Center for Development and Media Freedoms, MADA), qui est membre de l'IFEX, répond à l'article de David Swick sur les difficultés rencontrées lorsqu'il s'agit de couvrir les relations israélo-palestiniennes

Maamoun Wazwaz

David Swick a raison de dire que les journalistes étrangers, en particulier au Canada et aux États-Unis, se censurent dans le sens de ce qu'ils pensent que veulent leurs propriétaires ou de ce qu'exige leur politique rédactionnelle. Souvent, les médias étrangers se portent à la défense d'Israël plus que ne le fait Israël lui-même.

Mais je dois marquer mon désaccord avec Swick lorsqu'il est question des libertés médiatiques dont jouissent les journalistes israéliens. Derrière l'image rutilante de liberté des médias en Israël se profile la censure militaire, bien documentée par les groupes internationaux de défense de la libre expression Reporters sans frontières et Freedom House.

Les journalistes doivent obtenir l'approbation avant de publier quoi que ce soit touchant aux affaires étrangères, aux questions militaires et à la "paix" avec la Palestine - ou en subir les conséquences. Jugez-en par ce qui est arrivé à l'ancienne soldate et lanceuse d'alerte israélienne Anat Kamm. Kamm a été condamnée en octobre 2011 à quatre ans et demi de prison pour avoir coulé au quotidien Haaretz de Tel Aviv des "documents relatifs à la sécurité" concernant les violations commises par les forces israéliennes contre les Palestiniens. Uri Blau, reporter au journal Haaretz, qui a utilisé les documents pour publier des histoires critiques des forces israéliennes, a plaidé coupable à l'accusation de possession illégale de documents classifiés et a été condamné à quatre mois de service communautaire.

Les autorités israéliennes sont bien connues pour essayer d'imposer des lois qui restreignent la critique, comme la loi sur le boycott, qui fait une infraction d'ordre civil de tout appel au boycott universitaire, culturel ou économique d'Israël, et qui s'applique à Israël proprement dit ainsi qu'aux territoires palestiniens occupés de Jérusalem-Est, de Cisjordanie et de Gaza.

La proposition de modification à la loi sur la diffamation multiplierait par six la responsabilité financière des journalistes dans les affaires où le plaignant ne réussit pas à prouver qu'il a subi un tort. Les contrevenants qui publient à l'échelle internationale des déclarations diffamatoires sont passibles de poursuites pouvant aller jusqu'à 1,5 million de nouveaux shekels israéliens (403 000 $US), sans avoir la possibilité de répondre aux poursuites.

Les conséquences des pressions de l'armée israélienne sur la liberté de la presse vont au-delà de la censure, jusqu'à des attaques ouvertes contre les médias palestiniens, documentées par le MADA, le Comité pour la protection des journalistes, RSF et d'autres groupes de défense de la libre expression. Rien qu'en novembre 2012, le MADA a recensé 62 violations commises contre les journalistes et les médias palestiniens par les forces israéliennes, dont trois décès.

Si j'ai un conseil à donner aux journalistes d'Amérique du Nord qui veulent écrire sur Israël et la Palestine, c'est de commencer par visiter la région. Il ne fait aucun doute qu'ils constateront des différences importantes entre ce qu'ils lisent ou écrivent dans leurs médias locaux et ce qui se passe réellement sur le terrain.

Et bien que je sois d'accord avec Swick pour dire que les journalistes devraient faire leurs devoirs et s'éduquer, Al Jazeera ne devrait pas constituer leur unique ressource médiatique. La chaîne couvre les souffrances des Palestiniens, mais elle a ses propres objectifs, qui ne correspondent pas toujours à la réalité locale. En outre, ils devraient suivre les médias palestiniens locaux, comme la Télévision Publique de Palestine, Maannews.net et le Palestinian News Network (PNN).

Oui, les journalistes doivent être courageux lorsqu'ils écrivent sur Israël et la Palestine. C'est un sujet délicat et complexe, qui a causé d'intenses souffrances et coûté la vie à des milliers de personnes. Il nous faut des journalistes qui effectuent leur recherche avec diligence et qui rapportent des histoires d'une manière qui permet aux lecteurs de tirer leurs propres conclusions et de se faire leur propre opinion.

Riham Abu Aita est Officière des Relations publiques pour le Centre palestinien pour le développement et la liberté des médias (Palestinian Center for Development and médias Freedoms, MADA). Elle est en outre responsable de la surveillance et de la couverture des violations de la liberté des médias en Palestine.

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