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Les médias sont dissuadés de couvrir le tsunami et les retombées du tremblement de terre, dit le CPJ

Hiro Ugaya dans le village de Noda Mura détruit par le tsunami, qui a reçu bien peu d’attention de la part des médias
Hiro Ugaya dans le village de Noda Mura détruit par le tsunami, qui a reçu bien peu d’attention de la part des médias

Hiro Ugaya

Le Comité pour la protection des journalistes (CPJ) rapporte qu'au Japon, les pigistes disent qu'ils sont, tout comme le sont les médias étrangers et en ligne, activement exclus de la couverture de la menace nucléaire et d'autres calamités consécutives au tremblement de terre et au tsunami.

La semaine dernière, le gouvernement japonais a haussé la cote du danger que présente le désastre à la centrale nucléaire Daiichi de Fukushima et l'a portée à son niveau maximal. D'après le CPJ, on ne sait pas clairement si c'est le gouvernement ou la société Tokyo Electric Power Company (TEPCO), qui gère la centrale, qui a atténué la portée du risque.

« La soumission habituelle des médias locaux envers les officiels qui organisent les conférences de presse et les compagnies qui achètent la publicité rend la couverture difficile, et les pigistes qui souhaitent fouiller plus profondément affirment que leurs questions sont supprimées », indique le CPJ.

Prenons le journaliste pigiste et auteur Takashi Uesugi. Après une apparition à son créneau hebdomadaire de commentateur invité à la station de radio locale TBS le 15 mars, où il avait fortement critiqué la TEPCO, il a été prié par la station de ne plus revenir. « J'ai été retiré de façon permanente de mon créneau à l'émission de TBS », a déclaré Uesugi au CPJ.
Selon la journaliste japonaise Makiko Segawa, les propriétaires de médias espèrent préserver leur portion des 120 millions de dollars US que TEPCO dépense annuellement en publicité dans les médias.

Segawa, qui collabore à l'agence de nouvelles Shingetsu, laquelle se concentre sur les relations entre le Japon et le Moyen-Orient, a rapporté que lorsque la nouvelle du tsunami est sortie, plusieurs des cadres supérieurs des médias grand public du Japon accompagnaient le chef de la direction de TEPCO, Tsunehisa Katsumata, alors en voyage en Chine. TEPCO a déclaré qu'ils ont payé la majeure partie des dépenses.

Ce n'est pas que satisfaire au bon plaisir de TEPCO soit une nouveauté. En 2007, aucun média grand public n'a rapporté qu'un législateur de Fukushima avait demandé à TEPCO de construire un brise-lames plus haut afin de protéger la centrale contre la menace d'un tsunami.

Des journalistes locaux ont dit au CPJ que l'un des problèmes réside dans le fait que seuls des journalistes professionnels sont admis aux conférences de presse, ce qui est susceptible d'« alimenter la docilité chez les reporters disposés à renoncer à poser quelque question critique en échange d'un accès continu ». Certains au Japon se demandent si ces reporters conventionnels reproduisent passivement les évaluations non confirmées des risques en provenance du gouvernement et de TEPCO - même lorsque celles-ci entrent en conflit entre elles ou avec des constatations indépendantes, rapporte le CPJ.

Le journaliste pigiste Hiro Ugaya affirme qu'à tout le moins, la conférence de presse que donne le bureau du Premier ministre devrait être ouverte à la presse étrangère et aux pigistes. « Les médias grand public sont trop avenants avec le gouvernement et les autres autorités comme les sociétés de production d'électricité et leurs lobbyistes… Par conséquent, ils se comportent comme une division de sous-traitants des relations publiques du gouvernement », écrit-il sur le blogue du CPJ.

Selon Ugaya, l'un des villages qu'il a visités au début du mois, Noda Mura, avait à peine retenu l'attention des médias, même si la moitié du village a été rasée par le tsunami. « Je présume que le gouvernement a tenté de faire présenter les dommages comme aussi minimes que possible, peut-être afin de ne susciter aucune panique dans le public, ou tout simplement parce qu'il s'est montré réticent à présenter les échecs qu'ils ont subis », a-t-il écrit.

Segawa affirme que des sources en ligne subissent également des pressions pour qu'elles suivent la ligne du gouvernement. Au début de ce mois, le ministère des Affaires générales a annoncé la création d'un groupe de travail destiné à appliquer les lignes directrices concernant les sites Internet réputés répandre de fausses rumeurs. L'Association des services de télécommunications, l'un des principaux fournisseurs de services Internet du Japon, a déclaré s'être conformée à certaines des demandes du groupe de travail, ce qui a entraîné le retrait d'informations prohibées de l'Internet, comme des photos de cadavres. « Les médias n'ont pas couvert cette histoire », a-t-elle dit au CPJ.

« Il faut espérer que cette démarche pour contrôler l'information en ligne ne se solidifie pas pour se transformer en une politique de censure à long terme », dit le CPJ. « Les gens sur le terrain sont ceux que le gouvernement devrait s'efforcer de protéger - pas les intérêts de TEPCO ni sa propre mainmise sur l'information. »

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