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Fukushima : acharnement judiciaire contre un journaliste freelance

MISE À JOUR: Déclaration de soutien au journaliste d'investigation Minoru Tanaka, poursuivi en justice pour diffamation (RSF, 31 août 2012)

(RSF/IFEX) - Le 11 juillet 2012 - Reporters sans frontières condamne fermement le harcèlement judiciaire dont est victime, depuis mai 2012, le journaliste freelance Minoru Tanaka, accusé de diffamation par le président d'une entreprise de systèmes de sécurité pour centrale nucléaire, suite à ses enquêtes sur les coulisses de la gestion de l'incident nucléaire à la centrale de Fukushima-Daiichi, survenu en mars 2011. La deuxième audience de son procès s'est tenue, le 9 juillet 2012, devant la Cour du district de Tokyo.

"S'il ne nous appartient pas de dire si les propos de Minoru Tanaka constituent un cas de diffamation, nous sommes toutefois consternés par la situation judiciaire dans laquelle le journaliste se trouve. Le montant disproportionné des dommages et intérêts requis contre le journaliste et le déséquilibre évident des forces en présence, appellent à un minimum de bon sens de la part de la Cour du district de Tokyo. Si M. Shiro Shirakawa souhaitait réfuter les allégations faites à son égard, il lui suffisait de demander un droit de réponse au Shukan Kinyobi.

Ce à quoi nous assistons aujourd'hui, ne peut être qualifié autrement que de 'représailles' à l'encontre d'un journaliste, et surtout de 'manœuvre de dissuasion' à l'encontre de toute la profession", a déclaré Reporters sans frontières.

"Nous demandons à la Cour du district de Tokyo de rejeter la plainte et de classer l'affaire au plus vite. Même avec un verdict en sa faveur, la Cour ne pourra prétendre avoir donné gain de cause au journaliste car la procédure judiciaire elle-même constitue un préjudice significatif pour Minoru Tanaka, épuisé et menacé d'asphyxie financière. Toute prolongation de l'affaire augmentera l'impact, déjà significatif, en terme d'autocensure, pour les professionnels des médias. Ces derniers hésitent déjà fortement avant de décider de traiter un sujet relatif à l'incident de Fukushima ou de tenter de briser l'opacité autour de TEPCO et de l'industrie nucléaire en général", a ajouté l'organisation.

Le journaliste freelance Minoru Tanaka, 52 ans, est poursuivi en justice pour diffamation par Shiro Shirakawa, président de "New Tech", une entreprise de systèmes de sécurité pour centrale nucléaire, suite à la parution d'un article, le 16 décembre 2011 dans l'hebdomadaire Shukan Kinyobi, titré "Le dernier grand fixeur : M Shiro Shirakawa - il prend sa part du gâteau nucléaire de TEPCO".

Dans les deux pages de l'article, le journaliste dévoile, sur la base d'informations publiques (articles de presse, rapports de groupes citoyens, etc), le rôle d'"intermédiaire" joué par Shiro Shirakawa entre la compagnie nucléaire, des entreprises du bâtiment, des représentants du gouvernement (parmi lesquels des célèbres législateurs comme Shizuka Kamei) et des organisations clandestines.

Le journaliste a également révélé que de l'argent avait "transité" par sa compagnie de systèmes de sécurité pour centrale nucléaire "New Tech", qu'il préside, et étudié les liens de Shiro Shirakawa avec certains cadres importants de l'industrie nucléaire, l'ancien président de TEPCO, Hiroshi Araki et avec l'usine de retraitement des déchets nucléaires de Rokkasho.

En cas de défaite devant la justice, le journaliste devra payer 67 millions de yen (environ 670 000 euro) au plaignant, pour l'avoir "déshonoré" en le décrivant comme un "fixeur du nucléaire". Le 9 juillet 2012, la deuxième audience du procès s'est tenue devant la Cour du district de Tokyo. La première audience avait eu lieu le 7 mai dernier ; la prochaine est prévue pour le 7 août.

Avant même le début du procès, Minoru Tanaka avait reçu une lettre d'avertissement de la part de Shiro Shirakawa, attirant délibérément son attention sur son insolvabilité dans le cas où il serait jugé coupable de diffamation. D'après Minoru Tanaka, le procès intenté contre lui est l'exemple type de ce qu'on appelle communément une "SLAPP", "Strategic Lawsuit Against Public Participation" ("Poursuite stratégique contre la mobilisation publique" ou "Poursuite-bâillon"), "de la part d'une personne qui possède de nombreux avantages, en tant qu'entreprise travaillant pour l'industrie nucléaire, et qui s'oppose à un journaliste isolé . . . ".

Durant l'audience du 9 juillet, Minoru Tanaka a dénoncé la procédure à son encontre. Après l'audience, il a déclaré à Reporters sans frontières : "Si je perds ce procès, cela voudra dire qu'aucun journaliste ne pourra plus écrire sur les dangers de la réouverture du réacteur nucléaire ( . . . ) Ce procès est donc très important pour le futur du journalisme".

Il a également annoncé son intention de faire de ce procès, avec l'aide d'autres journalistes freelance, comme Yu Terasawa et Hiro Ugaya, une arme de lutte contre l'imposition de la censure. Tous deux ont également été victimes de poursuites judiciaires pour leur activité journalistique.

Le terme de "SLAPP" désigne des poursuites en justice intentées contre un individu isolé ou un organisme de petite taille, dans le but de le réduire au silence en l'intimidant et en l'épuisant financièrement avec des longues procédures judiciaires et des menaces d'amendes démesurées. Les plaignants n'ont généralement pas pour finalité de gagner le procès, mais d'entraver toute action de la défense qui pourrait entraîner une mobilisation publique ou susciter le soutien d'autres activistes et journalistes.

Ce n'est pas la première fois que Shiro Shirakawa s'en prend aux journalistes qui enquêtent sur sa relation avec TEPCO. Au cours des trois dernières années, il a intenté des SLAPP contre au moins quatre médias : le Monthly FACTA, le 6 octobre 2010, le Chuo Journal et le Tokyo Out-Laws. La majorité d'entre eux, épuisés par les procédures judiciaires et les menaces financières disproportionnées, ont finalement dû accepter une solution à l'amiable, et s'abstenir de rendre public les poursuites dont ils ont fait l'objet.

La plainte contre Minoru Tanaka est le premier cas de SLAPP intenté par un individu lié à l'industrie nucléaire, dominée par TEPCO, depuis l'incident du 11 mars 2011, à Fukushima.

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