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RSF soutient l'action en justice contre la loi relative aux secrets d'Etat au Japon

REUTERS/Yuya Shino

RSF SOUTIENT L'ACTION EN JUSTICE CONTRE LA LOI RELATIVE AUX SECRETS D'ETAT
PUBLIÉ LE LUNDI 15 DÉCEMBRE 2014.
Cet article a été initialement publié sur rsf.org le 15 décembre 2014.

Le 10 décembre 2014, un an après son adoption par le Parlement japonais, la loi relative aux secrets d'Etat est entrée en vigueur. Reporters sans frontières dénonce l'instauration d'une loi liberticide contraire à la Constitution et à la liberté de la presse.

Alors que le monde entier célébrait le 66e anniversaire de l'adoption de la Déclaration universelle des droits de l'homme le 10 décembre, le gouvernement japonais instaurait la “loi sur la protection des secrets spécialement désignés” (Act on the Protection of Specially Designated Secrets, SDS). Ce texte prévoit des peines pouvant aller jusqu'à 10 ans d'emprisonnement pour les lanceurs d'alerte qui seraient reconnus coupables d'avoir transmis des informations classées “secrets d'Etat” par le gouvernement, et pour les journalistes ou les blogueurs qui diffuseraient une information qu'ils auraient obtenues “illégalement” par leurs propres moyens ou après avoir sollicité un lanceur d'alerte. Le danger que représente cette nouvelle loi réside principalement dans le flou qui entoure les critères permettant au gouvernement de classifier une information et le manque de transparence dont ce dernier bénéficie.

Reporters sans frontières soutient l'action en justice lancée par 43 journalistes indépendants japonais sur l'inconstitutionnalité de la loi relative aux secrets d'Etat, initiée par Yu Terasawa, journaliste freelance et héros de l'information. Dans un communiqué publié le 10 décembre 2014, le groupe de journalistes demande l'abrogation de la loi, en sollicitant le soutien d'une majorité parlementaire au sein de la Diète. Les journalistes affirment que la loi relative aux secrets d'Etat est incompatible avec la Constitution japonaise. Le groupe reproche le passage en force de la loi et le mépris du gouvernement envers le principe de participation démocratique. En octobre 2014, ce dernier avait refusé de prendre en compte un sondage de l'opinion publique défavorable à l'adoption de la loi ainsi que 24 000 commentaires critiques postés en ligne à son attention.

“Cette loi s'inscrit clairement en violation de la Constitution du Japon, déclare Benjamin Ismaïl, responsable du bureau Asie-Pacifique à Reporters sans frontières. En refusant de reconnaître l'existence du principe d'intérêt général et en bafouant le droit d'accès à l'information des citoyens, le gouvernement de Shinzo Abe ramène le Japon un demi-siècle en arrière. “Que se passerait-il si la question du nucléaire et de l'après-Fukushima étaient classifiées ou si le gouvernement décidait de dissimuler une affaire de corruption ? Aucun rétrocontrôle du gouvernement n'est instauré et les peines d'emprisonnement prévues par le texte dissuaderont la plupart des journalistes d'enquêter sur tout sujet qui se verrait classifié. Nous exhortons le gouvernement à abroger ce texte répressif et liberticide comme l'a demandé un collectif de 43 journalistes japonais indépendants”, ajoute Benjamin Ismaïl.

Des manifestations, qui avaient déjà eu lieu lors de l'adoption de cette loi en 2013, ont été organisées mercredi 10 décembre devant le bureau du Premier ministre japonais. Ce dernier avait déclaré le 18 novembre dernier, que les sujets concernés étaient l'espionnage et le terrorisme et ne relevaient donc pas de l'intérêt général.

Le Japon occupe la 59e place sur 180 pays dans le Classement mondial de la liberté de la presse 2014 établi par Reporters sans frontières.

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