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Dans le sillage de la violence de décembre, la détention d'un rédacteur met à nu l'écrasement de la dissidence par le régime

Les membres de l’IFEX qualifient de « politique » la détention du rédacteur kazakh Igor Vinyavsky
Les membres de l’IFEX qualifient de « politique » la détention du rédacteur kazakh Igor Vinyavsky

RFE/RL

Igor Vinyavsky, rédacteur en chef de l'un des derniers journaux nationaux indépendants du Kazakhstan, est considéré depuis longtemps comme une épine au pied du gouvernement kazakh. C'est pourquoi les membres de l'IFEX qualifient de « politique » sa détention le mois dernier par les services de sécurité du Kazakhstan. Adil Soz et 28 autres groupes membres de l'IFEX se joignent pour réclamer sa remise en liberté - et pour attirer l'attention sur la tendance croissante qui consiste à réduire au silence les voix critiques à l'égard du gouvernement dans le sillage des violentes manifestations de protestation qui ont eu lieu en décembre dernier à Zhangaözen.

Vinyavsky, directeur de l'hebdomadaire « Vzglyad », a été inculpé de délits criminels, à savoir « d'avoir lancé des appels publics, par l'entremise des médias de masse, au renversement violent du régime constitutionnel du Kazakhstan ».

Apparemment, les services de sécurité du Kazakhstan affirment que son arrestation le 23 janvier s'inscrivait dans le cadre d'une enquête criminelle sur l'incitation à la haine sociale commise pendant les événements à Zhangaözen. Mais sa mise en accusation avait trait à des feuillets saisis il y a presque deux ans, qui contiendraient un appel au renversement violent de l'actuel gouvernement kazakh.

Vinyavsky purge actuellement une peine de deux mois de détention préalable au procès, et il est passible de sept ans de prison en cas de culpabilité.

Vinyavsky nie les accusations portées contre lui et conteste sa participation alléguée à la rédaction, à la publication et à la distribution du feuillet, ainsi qu'à la mise sur pied d'un groupe organisé.

« [Les] autorités se servent de ces accusations pour tenter de le réduire au silence à cause de son journal indépendant, et probablement en représailles à ses reportages sur les violents affrontements qui se sont produits en décembre 2011 », affirment les 29 groupes membres dans une lettre adressée au Procureur général du Kazakhstan.

Les violents affrontements survenus le 16 décembre entre la police et des civils dans la ville de Zhangaözen, riche en pétrole, sur le site d'une grève des travailleurs du pétrole, ont fait 14 morts et entraîné l'arrestation de centaines de personnes. Les détenus affirment avoir été frappés par la police à coups de pied et de bâton; ils disent avoir été forcés de se dévêtir puis avoir été piétinés, selon ce que rapporte Human Rights Watch.

Le gouvernement a annoncé la tenue d'une enquête en profondeur et a indiqué que quatre officiers de la police seraient mis en accusation. Par ailleurs, toutes les communications avec Zhangaözen ont été interrompues, et certains sites web au Kazakhstan, dont Twitter, ont été bloqués pendant cinq jours à la suite des violences.

La censure de l'Internet n'est pas une nouveauté au Kazakhstan. « De tels blocages sans discernement de sites web ou d'autres réseaux de communications sont monnaie courante », dit ARTICLE 19, qui fait remarquer que l'accès à 160 sites web a été bloqué ou restreint au cours de la dernière année.

Les autorités n'ont pas tardé à rejeter le blâme sur les travailleurs de l'industrie pétrolière, qui ne se gênent pas pour parler, et sur les activistes de l'opposition qu'elles accusent d'avoir organisé la violence ou de l'avoir suscitée, ce qui fait craindre pour l'impartialité de l'enquête des autorités.

De plus, dans le sillage des affrontements de Zhangaözen, Almaty a adopté de nouvelles mesures pour limiter la libre expression, selon ce qu'indiquent les membres de l'IFEX dans des dossiers distincts.

D'après Human Rights Watch, le gouvernement fait appel à des lois restrictives concernant la liberté d'assemblée pour infliger des amendes et détenir les organisateurs de manifestations pacifiques. Le mois dernier, à la suite d'une manifestation de l'opposition dirigée par le Parti social-démocrate Azat, à laquelle ont participé 500 personnes, trois dirigeants du parti ont été condamnés à 15 jours de prison pour avoir violé la loi sur les rassemblements publics.

Dans une mesure distincte, si les nouvelles règles parlementaires proposées le 1er février sont adoptées, seules les délibérations corrigées seraient rendues accessibles aux médias, dit ARTICLE 19.

Les nouvelles limites à la libre circulation de l'information s'étendent aussi aux cafés Internet. En décembre, le gouvernement a adopté des règles qui obligent toute personne qui veut utiliser un ordinateur public à fournir des pièces d'identité. Aussi, le temps d'utilisation d'un ordinateur dans un café Internet et les sites web visités seront documentés et archivés pendant au moins six mois, rapporte ARTICLE 19.

Human Rights Watch en a appelé à la Chancelière d'Allemagne, Angela Merkel, pour qu'elle soulève auprès du Président du Kazakhstan, Nursultan Nazarbaïev, d'urgentes préoccupations concernant les droits de la personne lors de sa rencontre avec lui aujourd'hui (8 février), lors de laquelle elle doit discuter de coopération bilatérale et de questions énergétiques. L'Allemagne et le Kazakhstan ont ratifié une entente de coopération visant à donner aux entreprises allemandes un meilleur accès aux matières premières dans ce pays d'Asie centrale qui regorge de richesses naturelles, en échange de technologie et de savoir-faire.

D'après les dépêches, alors que Merkel a déclaré s'être entretenue avec Nazarbaïev au sujet des droits de la personne et qu'elle appuyait la création d'une commission pour enquêter sur les affrontements, Nazarbaïev a rejeté les critiques de son bilan, disant que les espérances de voir son pays de transformer en une démocratie parfaite d'ici une décennie ou deux étaient peu réalistes.

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