RÉGIONS:

SUBSCRIBE:

Sign up for weekly updates

Le Media Institute intervient contre la Loi du Kenya de 2008 sur les Communications

Les journalistes, les défenseurs de la libre expression et les propriétaires de médias du Kenya ont reçu de mauvaises nouvelles au début de 2009, après qu'ils eurent appris que le président Mwai Kibaki avait ratifié et promulgué une loi litigieuse sur les médias, qui impose de nouvelles restrictions à la presse. Mais grâce à une campagne massive et immédiate lancée par le groupe Media Institute, membre de l'IFEX, et par la Guilde des rédacteurs du Kenya (Kenya Editors Guild, KEG), le président Kibaki a donné instruction au Procureur général et au ministre de l'Information de revoir la loi et de faciliter son renvoi devant le parlement pour être débattue.

En vertu de la Loi de 2008 modifiant les Communications au Kenya, décrite comme « réactionnaire et répressive », a été créée une Commission des Communications dont les membres sont désignés par le Ministre de l'Information et des Communications. Aux termes de cette Loi, la Commission a le pouvoir d'accorder aux médias des permis de radiodiffusion et de formuler un code de programmation auquel tous les médias seraient tenus de se conformer. La loi habilite en outre le Ministre de l'Information à émettre des directives « de nature générale » sur le contenu des médias et à fouiller et saisir de l'équipement de radiodiffusion, en plus de donner au ministère le droit d'intercepter et de divulguer conversations téléphoniques, courriels et lettres. La loi prévoit également de fortes amendes et de lourdes peines de prison pour les délits de presse.

Depuis l'adoption du projet de loi par le parlement en décembre dernier, le Media Institute et la KEG ont joint leurs forces pour empêcher le président Mwai Kibaki de le ratifier. Le Media Institute a convoqué des réunions avec la Guilde et a procédé à une recherche et une analyse du projet de loi. On a envoyé aux députés du parlement, au président Kibaki et au premier ministre Raila Odinga des lettres de protestation contenant des recommandations précises. Le 17 décembre, 27 organisations membres de l'IFEX ont aussi pris part à cette campagne massive et ont rendu publique une déclaration d'Action conjointe appelant le président à ne pas ratifier la loi.

Lorsque le projet de loi a été promulgué en dépit de leurs protestations, le Media Institute a créé une coalition avec les rédacteurs des médias du Kenya et les intervenants des médias et il a adopté une attitude plus agressive. « Nous avons identifié les politiciens et les députés qui s'étaient portés aux premiers rangs pour défendre la loi ou qui luttaient contre les médias, et nous avons mis en place un boycott général », dit David Makali, directeur du Media Institute. « L'idée étant que ces personnes ne doivent pas bénéficier de la publicité de ces mêmes médias qu'ils veulent anéantir ».

Tous les médias, à l'exception du radiodiffuseur public/d'État, ont appliqué le boycott. Le ministre de l'Information et d'autres officiels du gouvernement, qui s'étaient engagés dans une vicieuse campagne contre les médias, en sont les plus touchés. Pendant plusieurs jours, il n'y a eu aucune couverture de leurs activités ni de leurs déclarations. Le gouvernement kényan a répondu directement et presque immédiatement à cette stratégie des médias. Le 7 janvier, le président Kibaki a donné instruction au Procureur général et au ministre de l'Information d'envisager les amendements soumis par les médias et de faciliter le retour du projet de loi devant le parlement pour discussion.

« C'est peut-être la campagne la plus longue que nous ayons jamais menée contre le gouvernement », a fait savoir Makali. « Bien que dans certains milieux le boycott ait été dénoncé comme injuste, nous croyons que des situations désespérées requièrent des mesures désespérées et que les médias se sont servis de leurs armes. »

Pour en savoir plus sur le Media Institute (en anglais) : http://www.eastafricapress.net/

Lire l'action conjointe « Twenty-eight IFEX members call for president to reject draconian media bill » (en anglais) : http://www.ifex.org/kenya/2008/12/19/twenty_eight_ifex_members_call/


Par Juliana Marin, Adjointe IFEX/CJFE.

Dernier Tweet :

How Turkey silences journalists online, one removal request at a time https://t.co/stQ1yAIT6v @IndexCensorship… https://t.co/coRf7jNEP7