RÉGIONS:

SUBSCRIBE:

Sign up for weekly updates

PROFIL

Éric Gitari

Au Kenya, la violence et la discrimination contre les personnes LGBTQI+ (Lesbienne, gay, bisexuelle, transgenre, bizarre, intersexuelle et autres) sont monnaie courante. Pourtant, des signes de tolérance croissante et la récente levée de l'interdiction qui frappait des organisations soutenant les droits des LGBTI peuvent être attribués aux actions de lobbying et à la sensibilisation menées sans relâche par des activistes tels que l'avocat Éric Gitari.

Human Rights Watch/Video screenshot/ http://bit.ly/209Uffi

Dans un forum de discussion en ligne organisé, le 26 novembre 2015, par The Guardian, Éric Gitari a déclaré:

Nous sommes tous membres égaux de la famille humaine, malgré nos différences, qui devraient être célébrées et non utilisées pour nous exclure.

Au Kenya, la violence et la discrimination contre les personnes LGBTQI+ sont monnaie courante. Pourtant, des signes de tolérance croissante et la récente levée de l'interdiction qui frappait des organisations soutenant les droits des LGBTQI+ peuvent être attribués aux actions de lobbying et la sensibilisation menées sans relâche par des activistes tels que l'avocat Éric Gitari. En 2015, après une bataille de trois ans, son organisation, la Commission nationale des droits humains pour les gays et les lesbiennes (NGLHRC) a finalement reçu l'enregistrement officiel pour lequel elle avait combattu, lui permettant ainsi de mener à bien son travail de promotion de l'égalité des droits pour la communauté LGBTQI+.

Les personnes LGBTQI+ au Kenya vivent sous la menace constante de violence, de persécution, de diabolisation dans les médias et de discrimination. Un rapport de 2015 de Human Rights Watch décrit des lynchages souvent provoqués par des chefs religieux extrémistes et le discours des politiciens incitant à la haine. Cette homophobie est renforcée par le code pénal qui criminalise toute « connaissance charnelle contre l'ordre des choses fixé par la nature ».

Une conséquence de cette loi est que les organisations travaillant sur les questions LGBTQI+ ont été privées de l'autorisation de s'enregistrer officiellement au motif qu'elles favorisent des comportements illégaux. Sans enregistrement, elles sont incapables de faire leur travail. Parmi ces organisations il y a la NGLHRC, fondée en 2012 par cinq avocats, dont Gitari, en vue de fournir une aide juridique pour ce qu'il décrit comme une « communauté qui était criminalisée, marginalisées et exclues des différentes sphères de la société ». Sa première demande d'enregistrement au Conseil de coordination des organisations non gouvernementales a été refusée. Le Conseil a alors déclaré que le nom proposé de l'organisation était « inacceptable » vu que le code pénal du Kenya « pénalise des liaisons gays et lesbiennes ». Le NGLHRC est retourné à la Commission à six reprises pour contester, sans succès, la décision. Finalement, en octobre 2014, l'affaire a été portée devant la Cour constitutionnelle. En mai de cette même année, une résolution historique a été adoptée par la Commission africaine des droits humains et des peuples condamnant la violence contre les personnes LGBTQI+ et exigeants que les Etats membres fournissent un « environnement favorable » pour les défenseurs des droits des LGBTQI+. Ceci a précipité un changement d'attitude au Kenya. Peu de temps après, en juillet 2014, l'organisation Education et le Plaidoyer pour Transgenres (TEA) a obtenu l'agrément qui lui avait été refusé auparavant. Puis, en avril 2015, la NGLHRC a elle aussi reçu son agrément. Cette fois-ci, la Commission a conclu que refuser l'agrément serait une violation du droit constitutionnel à la liberté d'association, ajoutant que les considérations d'ordre moral ne peuvent pas être une justification pour refuser ce droit. Dans un communiqué de presse, Gitari qualifié cette décision de « coup d'éclat » et une indication que le Kenya est un « pays qui souhaite devenir beaucoup [plus] ouvert et démocratique, malgré les défis ».

Le succès de la NGLHRC provient d'une stratégie à plusieurs volets qui vise non seulement le système juridique mais aussi la conquête de l'opinion publique. Elle met en scène ouvertement des événements homosexuels sur la place publique, en encourageant les artistes jadis hésitants et des figures bien connues de se présenter comme LGBTQI+, contrant ainsi ce que Gitari décrit comme « la stigmatisation et la honte associées au stéréotype qui a été créé par les médias disant que les gais sont des chômeurs malades de perversions sexuelles qui se vendent eux-mêmes ». Il parle aussi de la création d'alliés dans les médias et les principales organisations qui travaillent pour la justice sociale, y compris avec la Commission kenyane des droits humains pour laquelle il a co-écrit un rapport sur l'expérience des personnes LGBTQI+ au Kenya intitulé: The Outlawed Amongst Us (Le proscrit parmi nous).

Gitari est optimiste quant à l'avenir, considérant que les récents développements positifs signifient « Il y a plus de confiance dans des personnes homosexuelles au Kenya où ils sont inclus dans la république, [et] que la constitution fonctionne effectivement ».

Cela ne fait pas oublier que le Kenya reste une société conservatrice et la législation continue à discriminer les personnes LGBTQI. Gitari souligne que, bien qu'il y ait peu de condamnations en vertu de la loi interdisant l'homosexualité - Section 162 du code pénal - son but semble être d'exposer et d'humilier. « Nous avons noté que le message public que l'État transmet à la société, par le biais de cette loi, est qu'ils (les personnes de genres et d'orientations sexuelles non-conformistes) sont des 'criminels'... [Les] effets ont été et continuent d'être la violence, la discrimination et la mort », a dit à IFEX Gitari dans un courriel.

Ces genres de répercussions sont ceux qui poussent Gitari à continuer à prendre des mesures juridiques. En 2015, la NGLHRC a déposé une requête auprès de la Haute Cour de Mombasa après que la police ait forcé deux hommes à subir des examens anaux, des tests de dépistage du VIH et des tests de l'hépatite B, en raison de suspicions d'activités homosexuelles.

La NGLHRC avait décrit les tests forcés comme une forme de traitement cruel et dégradant, mais en juin 2016, le tribunal a statué que les examens étaient constitutionnels. La NGLHRC a ensuite fait appel de cette décision, et la Cour d'appel de Mombasa statuera sur la question le 29 mars 2017.

La NGLHRC a également introduit une requête en constitutionnalité contre la section 162 du Code pénal du Kenya, la loi même qui a été utilisée pour justifier les examens anaux forcés. Si jamais Gitari et son équipe réussissaient à faire annuler cette législation, cela servirait d'exemple à d'autres pays de la région comme l'Ouganda et le Nigeria, où il existe une législation similaire.

Le procès pour cette affaire est en cours, mais une décision devrait être prise d'ici la fin de l'année. Comme le dit Gitari: « Le changement social ne se fait pas en un jour, mais ce qui est encourageant, c'est qu'il progresse lentement mais sûrement ».

Dernière mise à jour: 22 février 2017

Les autres visages de la liberté d'expression

Dernier Tweet :

En momentos de tensión máxima en #Venezuela, @ipysvenezuela presenta los 23 puntos esenciales para cubrir conflicto… https://t.co/30z9yTQ6yw