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La liberté des médias est bafouée dans les affrontements qui opposent les protestataires et le gouvernement

La censure des médias indépendants alimente le mécontentement; les manifestants s’emparent du gouvernement.
La censure des médias indépendants alimente le mécontentement; les manifestants s’emparent du gouvernement.

via AP

Selon les dépêches, des manifestations de protestation massives ont renversé aujourd'hui le gouvernement du Kirghizistan, après que des milliers de protestataires, enragés par la corruption de l'État, la hausse des prix des services publics et les restrictions au flux de l'information, eurent pris d'assaut le siège du gouvernement et pillé les quartiers généraux de la radio et de la télévision d'État à Bichkek, la capitale. Au moins 41 personnes ont perdu la vie, et des centaines d'autres ont été blessées dans les affrontements avec la police. Ces derniers mois, le gouvernement a usé de représailles contre les médias indépendants parce qu'ils avaient couvert d'importantes manifestations de masse hostiles au gouvernement, parce qu'ils se sont montrés critiques à l'égard du gouvernement, et aussi parce qu'ils ont couvert d'autres questions ayant une sensibilité politique, selon ce que rapportent l'Association publique des journalistes du Kirghizistan (Public Association Journalists, PAJ), basée au Kirghizistan, le Comité pour la protection des journalistes (CPJ) et Reporters sans frontières (RSF).

Le mécontentement couvait depuis des semaines et a fini par exploser aujourd'hui dans la capitale, rapporte la PAJ. Dans cette agitation récente, la police a fait usage contre les manifestants de balles de caoutchouc, de gaz lacrymogènes, de canons à eau et de grenades de surpression, selon ce que rapporte Associated Press (AP). AP et Human Rights Watch rapportent en outre que les manifestants ont répliqué, entre autres en lançant des cocktails Molotov et en incendiant des voitures de police. Au moins dix dirigeants d'opposition ont été arrêtés. Dans la ville de Naryn, 3 000 manifestants se sont emparés de l'immeuble de l'administration régionale et ont installé un militant de l'opposition au poste de gouverneur. L'accès à l'Internet a été désactivé dans certains secteurs et des militants de l'opposition ont été arrêtés. L'opposition affirme qu'une centaine de personnes ont perdu la vie.

Les autorités intimident les communicateurs pour faire taire la programmation critique, bloquent l'accès à l'information alternative en ligne et ont suspendu les journaux indépendants. La PAJ rapporte que treize entreprises de presse kirghizes ont publié le mois dernier une déclaration dans laquelle elles affirment que le blocage des sources indépendantes de nouvelles constitue « une tentative coordonnée pour priver les citoyens kirghizes des nouvelles sur les principaux événements qui surviennent dans le pays ». Des dizaines de militants, de politiciens d'opposition et de députés au parlement, de jeunes et d'entreprises de presse ont protesté le 15 mars dans la capitale contre les restrictions imposées aux médias.

Le 10 mars, plusieurs stations de radio et de télévision à travers le pays ont cessé de s'alimenter au service de programmation kirguize de Radio Free Europe/Radio Liberty (RFE/RL), aussi connu sous le nom de « Radio Azattyk », qui est financé par le gouvernement américain. Les autorités avaient menacé de révoquer leurs permis si elles ne se pliaient pas aux directives. Radio Azattyk a rapporté récemment des informations relatives à des accusations de lessivage d'argent sale portées en Italie contre un homme d'affaires ayant des investissements au Kirghizistan et des relations avec la famille du président Kurmanbek Bakiyev. Le reportage avait suscité des appels à la démission de Bakiyev. Le site web de Radio Azattyk est également inaccessible.

Les sites web de nouvelles indépendantes connus pour leur attitude critique à l'égard des politiques du gouvernement sont bloqués depuis le 10 mars. Cela inclut le principal portail d'informations, Paruskg.info, dont le rédacteur en chef Gennady Pavlyuk a été assassiné en décembre dernier, rapporte RSF. Le 1er avril, la police a effectué une descente dans les bureaux d'une chaîne de télévision indépendante sur le web, « Stan TV », et a saisi ses ordinateurs, tandis que les autorités apposaient les scellés sur les installations, selon ce que rapporte le CPJ. « On se venge de nos reportages sur l'opposition, de nos reportages sur ce qui se passe réellement dans le pays », dit le rédacteur en chef de Stan TV.

Trois journaux indépendants ont été suspendus le mois dernier. Deux de ces journaux ont été fermés le 18 mars parce qu'ils contenaient un article d'un militant de l'opposition en exil qui accusait le gouvernement et le président de corruption, de népotisme et d'incapacité à s'occuper des difficultés sociales et économiques urgentes, dit le CPJ. Le tribunal a trouvé les deux journaux coupables de diffamation à l'égard du président. Les procureurs ont exigé qu'ils versent chacun 112 000 $US, dit le CPJ. Cette amende incitera à l'autocensure des médias et menace gravement la survie des journaux.

Les journaux qui publient des déclarations de l'opposition appelant à l'éviction du pouvoir du président Bakiyev sont également ciblés. Le 15 mars, la police a confisqué 7 000 exemplaires du journal d'opposition « Forum » et en a détenu brièvement le rédacteur en chef et cinq autres journalistes, rapporte RSF. Le journal a été suspendu à la fin du mois. En outre, les rédacteurs de deux autres journaux d'opposition ont été convoqués le 16 mars pour interrogatoire à propos d'articles parus récemment.

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