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La liberté de l'information attaquée sans relâche en Libye

Reporters sans frontières exprime sa plus vive inquiétude et son profond désarroi face aux exactions continues commises à l'encontre des professionnels de l'information en Libye. Ces derniers sont contraints de travailler dans un environnement chaque jour plus dangereux où, porter une caméra, présenter un programme télévisé ou écrire un article suscitent méfiance et exactions chez la majorité des groupes armés.

Le 5 mai 2014 vers midi, Hassan Al-Bakush, correspondant de la chaîne privée satellitaire Libya Li Kul Al-Ahrar à Benghazi, a survécu à une tentative d'assassinat alors qu'il se trouvait dans un taxi en route pour son travail. D'après Hassan Al-Bakush, il attendait à un feu de signalisation dans le quartier d'Al-Kaysh quand une Toyata Pick-Up aux vitres teintées s'est approchée du taxi et des individus armés ont tiré sur la voiture, avant de prendre la fuite. Par chance, ni le chauffeur ni le journaliste n'ont été touchés.

Bien que le journaliste n'ait aucune certitude sur l'identité des auteurs de cet acte d'une violence extrême “à cause du chaos ambiant à Benghazi”, il fait le lien entre cette tentative d'assassinat et le fait qu'il ait couvert l'attaque contre le siège des services de sécurité à Benghazi, qui avait fait huit morts le 2 mai dernier. Cette attaque avait été imputée par le gouvernement libyen à la milice islamiste Ansar Al-Shari'a.

Le 4 mai, une source proche d'Ansar Al-Shari'a a averti un photographe libyen d'une agence de presse internationale que cette milice le recherchait pour avoir pris des photos de certains de ses membres alors qu'il se trouvait également sur place pour couvrir le tragique événement.

Dans la soirée du 20 mars dernier, les locaux de la chaîne satellitaire privée Libya TV à Benghazi ont été attaqués et deux de ses véhicules de transmission satellitaire ont été visés. Aucune victime n'a été recensée. Ni les motifs ni les auteurs de cet acte criminel ne sont connus jusqu'à présent.

Quatre jours plus tard, l'un des présentateurs de la chaîne publique Al-Wataniya, Mohamed Aburras, a été victime d'une embuscade à Tripoli alors qu'il sortait de son travail vers 22 heures. Deux voitures ont tenté de provoquer un accident en le forçant à rouler en sens inverse de la circulation. Le journaliste a finalement réussi à s'échapper sans être blessé. Il s'agit de la troisième agression visant Mohamed Aburras. En juillet 2013, il avait déjà été la cible d'une tentative d'assassinat alors qu'il se trouvait dans une station essence dans la capitale libyenne.

Le 26 mars dernier, Issam Al-Oul, le rédacteur en chef du journal privé libyen Al-Watan, a été enlevé devant chez lui par un groupe armé, dans le quartier de Salah Al-Din à Tripoli. Il a été détenu pendant trois jours durant lesquels il a été subi des actes de torture graves et des mauvais traitements, tels que décharges électriques et coups de fouet. Al-Oul ne peut confirmer l'identité des auteurs de son enlèvement, mais les motifs seraient liés à des déclarations faites dans son journal à propos de certaines personnalités politiques. Après avoir été relâché, le journaliste a passé deux semaines hors de la Libye dans un hôpital pour se faire soigner des blessures causées lors de son enlèvement.

Depuis plusieurs mois, Mahmoud Al-Misrati, le rédacteur en chef du quotidien indépendant tripolitain Libya Al-Jadida, continue de recevoir des messages d'intimidation sur les réseaux sociaux, y compris des messages menaçant de kidnapper sa femme et son fils. D'après le rédacteur en chef, des groupes islamistes libyens seraient à l'origine de ces menaces ainsi que des membres de la Chambre opérationnelle des révolutionnaires libyens. Le 15 janvier dernier, sa maison avait été la cible manquée d'un tir de roquette.

Khadija El-Emaime, directrice du bureau de la chaîne satellitaire Libya Li Kul Al-Ahrar à Benghazi et journaliste pour le très populaire site d'informations Libya Al-Mustaqbal, est également la cible d'attaques de la part de groupes armés a priori islamistes qui ne cessent de lui adresser des messages de menaces. Dernièrement, elle a reçu un avertissement, dans lequel on la menaçait de “lui couper les doigts si elle ne s'arrêtait pas immédiatement d'écrire” et de dénoncer les exactions commises par les milices armées à Benghazi. En août 2013, elle avait évité de justesse une tentative d'assassinat en pleine rue.

Depuis le début de l'année 2014, Reporters sans frontières est venue en aide à trois journalistes hautement menacés, contraints de quitter la Libye en raison de leurs activités professionnelles. Les menaces, enlèvements et diverses formes d'agression continuent de miner le quotidien des acteurs médiatiques libyens qui ont choisi de maintenir l'exercice de leur profession, souvent aux dépens de leur vie.

Reporters sans frontières salue le courage et la détermination des journalistes libyens qui se battent pour que le droit à l'information soit reconnu et respecté en Libye. Malgré la chute du régime dictatorial de Muammar Al-Kadhafi, “le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d'expression que ce soit”, mentionné dans la Déclaration universelle des droits de l'homme, continue d'être bafoué chaque jour en Libye.

Alors que l'Assemblée constituante libyenne a inauguré sa première session dans la ville de Bayda, à l'est du pays, le 21 avril dernier, et que le Congrès national général (Parlement libyen) vient d'élire un nouveau premier ministre, Ahmed Maitig, Reporters sans frontières exhorte l'ensemble des autorités libyennes compétentes de prendre au plus vite des mesures efficaces pour endiguer l'environnement périlleux dans lequel les acteurs de l'information travaillent.

Reporters sans frontières rappelle qu'il est crucial que la nouvelle Constitution libyenne fournisse des garanties immuables quant au respect des libertés d'expression, d'opinion et d'information. Sur le plan législatif et judiciaire, des textes de loi doivent être rapidement adoptés pour contrer toute atteinte à la liberté d'information et pour mettre un terme à l'impunité qui continue de régner en Libye.

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