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Les acteurs de l'information une nouvelle fois au coeur du chaos sécuritaire libyen

Une vue des dégâts causés par les conflits entre milices rivales en Libye le 17 mai 2014
Une vue des dégâts causés par les conflits entre milices rivales en Libye le 17 mai 2014

REUTERS/Hani Amara

Alors que la Libye se trouve un nouvelle fois plongée dans une crise politique et sécuritaire majeure depuis le 16 mai 2014, Reporters sans frontières exprime sa profonde inquiétude quant au sort des professionnels des médias qui continuent d'être la cible de graves agressions armées.

Le 16 mai, pendant que le Général Khalifa Haftar lançait son “Opération Dignité” à Benghazi, la radio du groupe islamiste Ansar Al-Shariaa, située dans le quartier d'Al-Lithi (est de la ville), a été bombardée. Cette attaque, qui n'a pas été revendiquée, ne semble pas avoir fait de blessés.

Selon l'expression de l'un de ses porte-paroles, cette opération - soutenue par plusieurs forces armées de la Cyrénaïque et d'une partie de l'armée de l'air - avait pour but de “purger la ville des groupes terroristes”.

Le 16 mai vers 14 heures, le cameraman de la chaîne satellitaire privée Libya International en poste à Benghazi, Ayub Gweider, a été enlevé par un groupe armé alors qu'il couvrait les affrontements engendrés par l' “Opération Dignité” dans le quartier d'Al-Hawari (sud de la ville). Pendant près d'une demie heure, ses ravisseurs l'ont traité de “traître” puis lui ont confisqué son téléphone, avant de le relâcher. Le journaliste avait déjà reçu des menaces de mort.

Vers six heures le lendemain, le photographe de l'Agence France-Presse (AFP) à Benghazi, Abdallah Doma, a été la cible d'une attaque armée alors qu'il rentrait juste de Tripoli. Trente-deux balles ont été déchargées à côté de sa voiture au moment où il en sortait, à quelques pas de son domicile. Par chance, il n'a pas été touché.

D'après des sources officielles, l'offensive militaire du Général Haftar aurait causé la mort de plus de 70 personnes à Benghazi depuis son commencement.

En dépit de la condamnation du gouvernement central qui a qualifié d'illégitime cette opération, le Congrès général national (CGN) - autorité législative transitionnelle libyenne - a été violemment attaqué deux jours plus tard, le 18 mai à Tripoli, par des assaillants apparemment issus des brigades de Zintan, renommées pour leur vive opposition aux islamistes. Bien que le lien entre l' “Opération Dignité” lancée à Benghazi et l'assaut du CNG demeure incertain, 60 personnes auraient toutefois été blessées et deux autres tuées au cours des affrontements qui se sont passés dimanche dans la capitale libyenne.

Dans la soirée, vers 22 heures, deux roquettes sont venues s'abattre à quelques dizaines de mètres seulement du siège de la chaîne Libya International à Tripoli. Peu avant l'explosion, était diffusé en direct un programme télévisé dans lequel était invité Abdallah Naker, l'ancien chef du “Conseil révolutionnaire de Tripoli”, une puissante brigade de Zintan connue pour son opposition ferme aux islamistes, afin de commenter les récents événements. Selon un employé de Libya International, une femme aurait appelé la chaîne pendant l'émission en fustigeant “si vous n'arrêtez pas le programme immédiatement vous allez voir ce qu'il va se passer”. Aucune personne n'a été blessée dans cette attaque.

Reporters sans frontières exhorte l'ensemble des acteurs prenant part aux affrontements armés, civils, militaires et politiques, de cesser immédiatement toutes attaques perpétrées à l'encontre des populations civiles et plus particulièrement des professionnels des médias travaillant en Libye. Le rôle que jouent les acteurs de l'information au sein de la nouvelle Libye est fondamental, notamment dans le processus global de la construction d'un État viable et démocratique sur le long terme. De telles violences doivent donc être endiguées au plus vite.

A cet égard, RSF rappelle l'article 23 de l'Observation générale n°34 du Comité des droits de l'homme des Nations unies : “(...)l''agression d'un individu en raison de l'exercice de la liberté d'opinion ou d'expression − ce qui vise des formes d'atteinte telles que l'arrestation arbitraire, la torture, les menaces à la vie et l'assassinat − ne peut en aucune circonstance être compatible avec l'article 19” du Pacte international relatif aux droits civils et politiques dont la Libye est partie.

L'article 23 dispose par ailleurs que “dans tous les cas, ces agressions devraient faire sans délai l'objet d'enquêtes diligentes, les responsables doivent être poursuivis, et les victimes ou les ayants droit, si la victime est morte, doivent pouvoir bénéficier d'une réparation appropriée”.

RSF réitère que la Libye est opposable à ses obligations nationales et internationales en termes de liberté d'information de part sa Déclaration constitutionnelle et des différents textes internationaux auxquels elle est partie.

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