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Sept ans après la révolution, la Libye se vide de ses journalistes

Des photojournalistes prendrent des photos d'un bout d'un uniforme de prison, en Tripoli, Libye, le 25 septembre 2011
Des photojournalistes prendrent des photos d'un bout d'un uniforme de prison, en Tripoli, Libye, le 25 septembre 2011

LEON NEAL/AFP/Getty Images

Cet article a été initialement publié sur rsf.org le 16 février 2018.

Sept ans après la révolution libyenne, la liberté de l'information vit une crise sans précédent dans le pays. Le conflit ouvert entre deux gouvernements rivaux fait du journalisme un exercice périlleux. Reporters sans frontières (RSF) dénonce l'impunité dont jouissent les auteurs d'exactions contre les reporters, ce qui conduit le pays à se vider de ses journalistes.​

Depuis 2011, la situation sécuritaire et la crise politique ont anéanti la liberté de la presse naissante dans le pays. Deux clans rivaux, l'un à l'Ouest, l'autre à l'Est se disputent le pouvoir entraînant une désagrégation de l'Etat. Cette guerre politique met à mal l'indépendance du journalisme et les journalistes deviennent ainsi des cibles privilégiées à abattre.

Au moins 18 journalistes ont été tués depuis la révolution. Depuis 2014, deux opérations militaires, "Al Karama" à Benghazi et "Fajr Libya" à Tripoli minent l'Etat. Devant la polarisation de la situation politique, informer est devenu une mission quasi-impossible et faire taire les journalistes l'objectif de nombreuses milices armées ou d'officiels des deux camps ennemis. Dans ce contexte et face à l'impunité qui règne, les journalistes n'ont souvent d'autre choix que de partir. Le pays s'est ainsi progressivement vidé de ses journalistes et médias. Selon les chiffres de RSF, 67 journalistes se sont exilés et huit médias diffusent désormais depuis d'autres pays du Moyen-Orient.

Plusieurs cas de disparitions, d'enlèvements et de tortures ont également été recensés par RSF, notamment cette année. Dans la plupart des cas, terrorisées, les victimes ou leurs familles préfèrent garder l'anonymat. Le 15 mars 2017, Annabaa TV, basée dans la banlieue de Tripoli, a cessé de diffuser après avoir été incendiée par une milice de l'ouest libyen. Le groupe armé a également diffusé une liste volée des employés du média avec leurs noms complets, le département dans lequel ils travaillaient et le montant de leur salaire. La publication de cette liste a déclenché un déferlement de commentaires haineux contre les journalistes qui se sont retrouvés grandement exposés. Une cellule de crise a été mise en place par RSF et le Centre libyen pour la liberté de la presse (LCFP), pour venir en aide à ces journalistes et le cas échéant les aider à fuir. Depuis, 40 demandes de soutien ont été soumises à la cellule de crise. Treize cas de journalistes particulièrement menacés ont été soutenus et ont ainsi pu s'installer en Tunisie avant de rejoindre leur média lui-même délocalisé en Turquie.

"La situation pour les journalistes et les médias est intenable en Libye, déclare RSF. Le pays se vide de ses journalistes qui préfèrent s'exiler pour pouvoir poursuivre leur mission d'information ou choisissent d'arrêter toute activité devenue trop dangereuse. Ceux qui font le choix de rester se retrouvent pris en étau, obligés de choisir entre clans rivaux. Les médias libres et indépendants sont pourtant cruciaux pour la démocratie et l'Etat de droit."


Un enthousiasme nouveau mis à mal par l'instabilité politique et sécuritaire

Une incroyable énergie avait pourtant secoué les médias libyens dans les mois qui avaient suivi le renversement de Mouammar Kadhafi en 2011. Mais cet enthousiasme n'a su résister à l'instabilité dans laquelle le pays est plongé depuis. Les crimes contre la liberté de l'information sont passés sous silence et les criminels jouissent d'une impunité totale.

Les avancées en matière législative restent de leur côté lentes et insuffisantes. En novembre 2017, RSF et sept autres organisations de défense de la liberté d'expression et de la presse ont adressé au comité de rédaction du projet de constitution libyenne, une lettre ouverte lui demandant d'amender le projet de texte afin de le mettre en conformité avec les standards internationaux relatifs à la protection de la liberté d'expression et de la presse. Une constitution garante de la liberté de la presse, du secret des sources et de la sécurité des journalistes serait un message fort lancé à tous ceux qui portent quotidiennement atteinte à la liberté d'informer et pour lutter contre l'impunité qui sévit en matière de crimes commis contre les journalistes.

La Libye est 163ème au Classement mondial de la liberté de la presse de RSF.

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