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Le Président lance un avertissement aux journalistes qui l'« insultent »

World Economic Forum/Eric Miller

Le Président du Malawi accentue sa campagne de menaces et de discrédit contre tous les médias qui ne collent pas à la ligne officielle, selon ce que rapportent l'Institut des médias d'Afrique australe (Media Institute of Southern Africa, MISA), le Comité pour la protection des journalistes (CPJ) et Reporters sans frontières (RSF). La critique de la croisade du gouvernement a entraîné des menaces à l'égard du président du MISA-Malawi lui-même.

Une déclaration au ton ferme rendue publique le 9 mars par le bureau du Président, la Maison d'État, met en effet les médias et les organisations de la société civile en garde contre les reportages délibérément négatifs et « insultants » à l'égard du Président Bingu wa Mutharika, afin d'éviter « toute panique inutile parmi les Malawiens et [de] susciter l'anarchie dans le pays ».

L'« intention [des médias] est de créer l'impression que le Malawi est un État en déroute sur les questions de gouvernance et que la situation présumée trouble les Malawiens et les donateurs », peut-on lire dans la déclaration.

La déclaration affirme que la Maison d'État souhaitait « établir clairement et de manière flagrante que l'État ne restera pas les bras croisés et ne tolérera pas cette impudence », et cite une loi de l'époque coloniale en vertu de laquelle ceux qui violent la loi sont passibles de lourdes amendes et de deux ans de prison.

Dans la déclaration, le gouvernement accusait l'opposition de payer des rédacteurs et des reporters pour fustiger le Président et condamnait certaines émissions politiques de tribunes téléphoniques qui poussent ceux qui appellent à en faire autant.

Elle blâmait en outre les réseaux sociaux qui insultent le Président et affirmait que la Maison d'État « surveille attentivement les réseaux hostiles et probablement insouciants dans leur façon d'avilir le Président ».

Dans un appel qu'il a lancé à Mutharika, RSF écrit : « Les accusations que vous portez contre les médias d'information et les propos intransigeants et souvent durs que vous tenez contre eux ont pour effet de les stigmatiser et de donner l'impression que vous considérez les journalistes comme vos pires ennemis. »

Le président de la section du MISA au Malawi, Anthony Kasunda, a commencé à recevoir d'une source non identifiée des messages textes de menaces, deux jours après que son groupe eut publié une réaction officielle dans laquelle il invitait le gouvernement à respecter les médias comme plate-forme de débats fructueux.

« …Les hautes sphères de l'administration ont déjà leurs gens et savent à quel point vous (les médias) êtes divisés. Sauvez-vous pendant que vous le pouvez », disait un message.

« Il y a une chose que (le Président) Bingu déteste, et c'est d'avoir des histoires dans les médias, surtout celles qui font du tort… J'écris d'abord et avant tout pour vous prévenir de faire attention où vous mettez les pieds… » disait un autre message.

Dans un autre incident distinct, deux jours après que la déclaration gouvernementale eut été publiée, le Directeur de la Jeunesse du Parti démocratique progressiste (DPP), au pouvoir, Frank Mwenefumbo, a demandé aux Malawiens de cesser d'acheter les journaux critiques du gouvernement, de cesser d'y acheter de la publicité et même de les lire. Selon RSF, en 2010, le gouvernement a imposé un interdit de publicité dans les journaux appartenant à la société Nation Publications Limited (ce qui inclut « The Nation » et « Weekend Nation », « Nation on Sunday » et « Fuko »).

Lors d'un autre incident, la ministre de la Santé du Malawi, Jean Kalirani, s'est adressée à un groupe de Malawiens qui résident au Royaume-Uni, les priant de ne pas lire un site web de nouvelles sur le Malawi basé au Royaume-Uni parce qu'« il n'écrit pas de bonnes histoires sur le Président Mutharika et le DPP ». Le ministre de l'Education du Malawi, George Chaponda, avait lancé un appel similaire à une église de Nottingham, en Angleterre, quelques mois auparavant, rapporte le site.

Dans ce climat de menaces, encore la semaine dernière, John Kapito, président de la Commission des droits de la personne du Malawi, a été arrêté brièvement et interrogé au sujet d'allégations voulant qu'il ait « imprimé et distribué du matériel séditieux », notamment des T-shirts qui auraient insulté le Président, d'après ce que rapporte Freedom House.

On pense généralement que Kapito a été arrêté pour l'empêcher de témoigner devant le Conseil des Nations Unies sur les droits de l'homme à Genève, où le rapport définitif sur les droits de la personne au Malawi - qui documente de grossières violations des droits de la personne qui auraient été perpétrées directement par le gouvernement Mutharika - sera déposé dans le cadre de la Revue périodique universelle.

Selon le CPJ, la campagne gouvernementale n'est pas une exclusivité du Malawi. « Les dirigeants africains accusent souvent les médias qui sont critiques à leur égard de ternir les relations avec les donateurs et d'entraver le développement économique », dit Tom Rhodes, consultant du CPJ pour l'Afrique de l'Est, qui attire l'attention sur les accusations que le Président de l'Ouganda, Yoweri Museveni, a lancées l'an dernier selon lesquelles les médias étaient les « ennemis de la reprise en Ouganda » parce qu'ils couvraient les protestations de l'opposition contre les prix élevés du carburant.

Le Malawi a enregistré le recul le plus important en une année de tous les pays qui figurent à l'index de la liberté de la presse publié en janvier par RSF, plongeant de la 79e place en 2010 à la 146e en 2011.

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