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Le gouvernement alimente les tensions qui entourent un rassemblement en faveur d'élections propres

Un manifestant malaisien porte un bandeau du Bersih lors d’un rassemblement interdit de l’opposition en 2007. Bersih 2.0 est prévu pour le 9 juillet 2011
Un manifestant malaisien porte un bandeau du Bersih lors d’un rassemblement interdit de l’opposition en 2007. Bersih 2.0 est prévu pour le 9 juillet 2011

REUTERS/Bazuki Muhammad

Un rassemblement organisé pour demander des élections libres et équitables en Malaisie n'a toujours pas eu lieu, mais ses promoteurs et ceux qui en ont parlé dans les journaux se font harceler et sont arrêtés, selon ce que rapportent le Centre pour le journalisme indépendant (Centre for Independent Journalism, CIJ), l'Alliance de la presse de l'Asie du Sud‑Est (Southeast Asian Press Alliance, SEAPA), Human Rights Watch et d'autres groupes membres de l'IFEX. Les membres demandent au gouvernement malaisien d'autoriser la marche du 9 juillet et aux journalistes de couvrir la manifestation sans avoir à craindre des représailles.

« La répression exercée par le gouvernement malaisien contre un groupe qui lutte pour une réforme électorale illustre son mépris total, tant à l'égard de la libre expression que du processus démocratique », dit Human Rights Watch. « Les gouvernements qui ont donné à la Malaisie un second mandat au Conseil des Nations Unies sur les droits de l'homme doivent s'estimer avoir été dupés. »

D'après Human Rights Watch, des élections générales ne sont pas prévues en Malaisie avant 2013, mais le gouvernement a accentué sa répression de toutes les activités électorales.

Le 29 juin, les autorités ont procédé à une descente dans les locaux du principal organisateur du rassemblement, la Coalition pour des élections libres et équitables (connue sous le nom de Bersih 2.0), un groupe composé de plus de 60 organisations civiles et de défense des droits qui fait campagne pour des réformes électorales en Malaisie. Elles ont arrêté sept personnes et confisqué ordinateurs, équipement de bureau et matériaux de campagne.

Selon la SEAPA, plus de 100 activistes ont été arrêtés parce qu'ils portaient des T-shirts Bersih 2.0 et distribuaient des tracts depuis le lancement de l'appel à la tenue d'un rassemblement.

Regardez la vidéo du 29 juin montrant 12 personnes se faire arrêter parce qu'elles portent des T-shirts Bersih 2.0 et distribuent le drapeau national (réalisation vidéo de la société alternative de production de vidéos Jom Ubah Malaysia) :



Lors d'un incident survenu le 25 juin, 30 membres du Parti socialiste de Malaisie (PSM), d'opposition, dont deux mineurs, ont été tirés d'un autocar et arrêtés tandis qu'ils se rendaient à une manifestation politique à Penang, selon ce que rapporte Human Rights Watch. Ils ont été inculpés pour avoir « fait la guerre » contre le Roi de Malaisie - délit passible de la prison à vie - parce qu'ils portaient des chemises arborant la photo des dirigeants de l'ancien Parti communiste de Malaisie et qu'ils distribuaient de la documentation liée à la campagne électorale.

Amnistie Internationale a lancé une action urgente en faveur de six d'entre eux, qui sont détenus sans procès en vertu de l'Ordonnance de la Malaisie relative aux situations d'urgence - laquelle habilite la police à les détenir pendant 60 jours sans examen judiciaire. Les 24 autres personnes ont été relâchées le 4 juillet mais ont été inculpées d'association avec Bersih 2.0, qui n'a été proclamé organisation illégale qu'après leur arrestation. (Agissez en faveur des six personnes ici.)

Le gouvernement malaisien, au lieu de répondre de manière positive au programme de réforme électorale du Bersih, qui inclut un accès équitable aux médias pour tous les partis politiques, a entrepris ce qui ressemble à une campagne en vue de discréditer la coalition et d'effrayer les Malaisiens qui envisageaient de participer à la marche du 9 juillet.

Le Ministre de l'Intérieur, Hishammuddin Tun Hussein, a clairement laissé entendre que le gouvernement n'allait pas autoriser la marche. Le Ministre de l'Information, de la Communication et de la Culture, Rais Yatim, a pour sa part qualifié l'événement de « rassemblement démoniaque et illégal », rapporte Human Rights Watch.

Selon le CIJ, le gouvernement cherche à poursuivre les dirigeants et les militants du Bersih au moyen de lois comme la Loi sur la police de la Malaisie (en vertu de laquelle il faut présenter une demande de permis pour tenir une manifestation), la Loi sur la sédition et la Loi sur les imprimeries et les publications (pour possession des feuillets et des T-shirts de soutien au Bersih).

Selon la SEAPA, on parle en outre d'utiliser la Loi sur les communications et le multimédia pour fermer les sites web qui affichent des contenus jugés offensants et constituer une menace pour la sécurité nationale.

Hussein a répété à plusieurs reprises que les autorités pourraient également appliquer la Loi, draconienne, sur sécurité intérieure (ISA) pour traduire les organisateurs devant les tribunaux. Aux termes de la loi, la police peut détenir des individus pendant 60 jours sans mandat ni procès ni accès à un avocat. (La loi ISA est imposée au niveau ministériel, tandis que c'est la police qui soumet les demandes d'Ordonnances d'urgence.)

« Nous soulignons le fait qu'invoquer la loi ISA est totalement inopportun et constitue une réponse extrêmement disproportionnée à la tenue d'un rassemblement légitime et non violent », a déclaré la SEAPA.

Même le Premier ministre Najib Razak s'en est mêlé, accusant le Bersih de tenter d'« arracher en sa faveur la dynamique politique » du Barisan Nasional (Front National) au pouvoir, dit Human Rights Watch. Encore récemment, Razak a déjà imputé aux organisateurs du Bersih toute forme de chaos susceptible de se produire en raison du rassemblement, indique le CIJ - bien que les organisations amies du gouvernement proposent de tenir des contre-manifestations le même jour.

Le gouvernement se sert aussi de la presse grand public - presque entièrement sous la botte de l'État - pour battre le rappel et susciter l'hostilité du public à l'égard des organisateurs et pour dissuader les gens de participer au rassemblement. Les partisans du Bersih sont traités de « communistes », d'« ennemis de l'islam » et sont accusés d'être « financés par des groupes chrétiens étrangers ». Certains journalistes indépendants rapportent avoir été interrogés par la police et attaqués par des partisans du parti au pouvoir, dit la SEAPA.

La société civile malaisienne exprime continuellement sa préoccupation devant les irrégularités électorales en Malaisie, notamment devant la fraude électorale généralisée en faveur de la coalition au pouvoir, dit Freedom House. La liberté d'assemblée, bien que protégée par la Constitution de la Malaisie, est souvent limitée sous prétexte de maintien de la sécurité et de l'ordre public.

Un rassemblement précédent du Bersih en 2007 avait attiré environ 60 000 personnes et incité à un meilleur comportement de la commission électorale aux élections de 2008, rappelle Freedom House.

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