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'Les Malaisiens sont fatigués d'un processus électoral cassé', dit Ambiga Sreenevasan, activiste du Bersih

La co-présidente du mouvement Bersih 2.0 de Malaisie, Ambiga Sreenevasan, parle de la difficulté d'organiser les plus importantes manifestations publiques de protestation du pays depuis l'indépendance – et de la construction réussie d'un mouvement dans lesquel les Malaisiens ont moins peur de s'exprimer.

'Les gens ne se sentent pas plus en sécurité de participer à des manifestations. Ils ont juste moins peur des conséquences' - Ambiga Sreenevasan
'Les gens ne se sentent pas plus en sécurité de participer à des manifestations. Ils ont juste moins peur des conséquences' - Ambiga Sreenevasan

Bersih 2.0

Qu'est-ce que le Bersih ?
En malais, Bersih signifie littéralement "propre". Nous sommes une coalition non partisane qui jouit de l'appui de 84 groupes civiques et de défense des droits, qui demande une réforme électorale – nous voulons en Malaisie des élections propres et équitables.

Le Bersih est né en 2007. Il demandait des changements dans le processus électoral en prévision de l'élection à venir. Lors de nos trois grands rassemblements au cours des cinq dernières années, nous avons vu le nombre des participants passer de 40 000 en 2008 à 250 000 en 2012.

Quel est le problème ?
Le système électoral de la Malaisie est constitué de façon à soutenir celui qui est déjà au pouvoir. Le système est corrompu, et les Malaisiens sont fatigués d'un processus électoral cassé. C'est le même parti politique qui est au pouvoir depuis l'indépendance en 1957, et il est temps de confier à des élections libres et équitables le soin de décider réellement qui devrait former notre gouvernement, et comment les élus devraient diriger le pays.

Nous demandons des changements en huit points (eight points of change), notamment le nettoyage de la liste des électeurs et l'accès libre et équitable aux médias.

Qu'est-ce qui distingue le Bersih des autres mouvements en Malaisie ?
Il y a quelque chose d'unificateur dans le Bersih. Le gouvernement s'efforce de diviser le pays en fonction des groupes ethniques pour nous maintenir séparés les uns des autres. Mais le Bersih transcende toutes les données démographiques. Ce n'est pas un groupe de personnes qui se définissent comme des activistes. C'est la classe moyenne qui a bougé – les jeunes, les vieux et tous ceux qui se trouvent entre eux participent au mouvement. Les buts pacifiques de la réforme électorale sont partagés par tous les Malaisiens.

Que signifient les numéros : Bersih, Bersih 2.0, Bersih 3.0 ?
Bersih est le nom donné au premier rassemblement, tenu en 2007. Bersih 2.0 est la deuxième version du Bersih. Alors que le Bersih avait été mis sur pied et le rassemblement organisé par des politiciens et la société civile, le Bersih 2.0 est entirèment géré et contrôlé par la société civile et constitue aujourd'hui une coalition d'ONG. Le Bersih 2.0 a organisé le rassemblement Bersih 2.0 en juillet 2011 et le rassemblement Bersih 3.0 en avril 2012.

Jusqu'à tout récemment, les manifestations en Malaisie étaient relativement peu importantes. Les gens ont-ils plus de liberté à l'heure actuelle ?
Je ne pense pas que les choses aient beaucoup changé. Les gens ne se sentent pas plus en sécurité de participer à des manifestations. Ils ont juste moins peur des conséquences. Nous en avons marre.

Une législation déposée récemment n'a modifié que légèrement les restrictions imposées aux manifestations. En vertu de la vieille Loi sur la Police, les manifestations étaient illégales sans permis – et les permis étaient rarement accordés. En vertu de la nouvelle loi sur les rassemblements, les gens sont libres de se rassembler à condition de donner un préavis d'au moins dix jours.

Mais les rassemblements proposés peuvent toujours être refusés pour des raisons liées à l'ordre public et à la sécurité – ce sont ces dispositions qui ont été invoquées pour interdire le Bersih 3.0 à Kuala Lumpur en avril. Nous avions droit au même traitement au cours des dernières années : l'Unité fédérale de réserve, les barricades, les canons à eau et les gaz fumigènes.

Comment le Bersih a-t-il pris autant d'ampleur ?
Les médias sociaux ont enlevé au gouvernement son monopole sur l'information. Bien que les médias grand public continuent à rapporter la position du gouvernement, les médias de nouvelles en ligne et les sites de réseautage social donnent maintenant des points de vue différents, et permettent aux individus de raconter leurs propres histoires.

Les médias sociaux ont particulièrement influencé la façon dont les gens considèrent les rassemblements. Ils ont normalisé l'idée de manifester. Grâce aux téléphones cellulaires, à Facebook et Twitter, les gens peuvent télécharger instantanément leurs photos et rapporter ce qui se passe sur le terrain. Cela a rendu beaucoup plus difficile pour le gouvernement de contrôler la transmission des messages et de vilipender tous les protestataires comme il le faisait dans le passé.

À regarder les manifestations qui se déroulent partout dans le monde, depuis Occupy jusqu'au Printemps arabe, et les gens pouvant voir leurs amis, leur famille et des collègues y participer, cela a contribué à enlever aux rassemblements publics le stigmate et la peur.

Quels sont les plus grandes réalisations du Bersih ?
Le plus grand succès du Bersih réside dans le fait qu'il a uni les Malaisiens de toutes les races et qu'il a fait disparaître la peur de s'exprimer et de tenir des assemblées publiques.

De plus, les Malaisiens sont beaucoup plus informés sur le processus électoral et il y a sans doute chez les Malaisiens une conscience accrue de la nécessité d'une réforme électorale.

Les rassemblements ont également grandi à travers le pays, à commencer par la capitale, Kuala Lumpur, et se sont répandus cette année à neuf des treize états de la Malaisie. Des rassemblements ont également eu lieu dans des villes à travers le monde – "Global Bersih".

Quels sont les autres obstacles auxquels se heurte le Bersih ?
L'un des plus grands défis auxquels nous avons été confrontés est la peur des gens de participer en personne à des événements comme ceux-là. Même s'ils appuient la cause, bien des gens ont peur de se présenter, par crainte des conséquences.

À part les risques physiques, le gouvernement menace directement les emplois ou les bourses d'études de ceux qui participent.

Quelles difficultés avez-vous rencontrées en tant qu'organisatrice du Bersih ?
Je ne sais pas par où commencer ! J'ai subi des attaques personnelles de la part du gouvernement et de ses agents, ainsi que dans les médias grand public. J'ai reçu des menaces physiques, j'ai subi du harcèlement et de l'intimidation à mon domicile. J'ai été traînée par la police pour interrogatoire. J'ai été arrêtée au rassemblement du Bersih 2.0. Je suis surveillée et suivie. Je continue cependant à combattre parce que je reçois le soutien inébranlable des Malaisiens ordinaires qui se sont ralliés à notre cause.

Nous avons appris que vous vous retirez. Est-ce à cause des menaces ?
Cela n'a rien à voir avec les menaces. Après la prochaine élection générale, le comité organisateur au complet se retirera. Nous estimons que si nous disons au gouvernement qu'il ne peut être en poste pour toujours, nous devons donner l'exemple. On peut déjà voir émerger de nouveaux leaders. Il s'agit d'un mouvement populaire, et nous ne voulons pas lui barrer la route tandis qu'il continue à croître et à évoluer.

Ambiga Sreenevasan s'est entretenue avec Laura Tribe, rédactrice du Web et des médias sociaux à l'IFEX et au groupe des Journalistes canadiens pour la liberté d'expression.

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