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PROFIL

Zulkiflee Anwar Haque alias Zunar

Zulkiflee Anwar Haque, mieux connu sous le nom de caricaturiste Zunar, utilise ses bandes dessinées comme une « arme pour lutter contre la corruption et l'abus de pouvoir dans le gouvernement malaisien ». Ceci lui a valu une grande popularité mais il a également conduit à l'interdiction de sept de ses livres, des arrestations, et des procès. En janvier 2017, il sera jugé pour neuf chefs de sédition. Ces accusations pourraient passer à 10 et une charge supplémentaire d’être «préjudiciable à la démocratie parlementaire» si une enquête lancée à la fin de 2016 entraîne de nouvelles poursuites.

Zunar, vêtu d'un uniforme de prison et des menottes en plastique, pose pour des photographes le 14 février 2015. AP Photo/Joshua Paul

Dans son discours d'acceptation à la cérémonie de remise du Prix international de la Liberté de la Presse du CPJ en novembre 2015, Zunar a déclaré:

Je veux donner un message clair aux prédateurs - ils peuvent interdire mes dessins, ils peuvent interdire mes livres, mais ils ne peuvent interdire mon esprit. Je vais continuer à dessiner jusqu'à la dernière goutte de mon encre.

Zunar a commencé jeune, affichant un talent pour la caricature qui a vu ses premières caricatures publiées à l'âge de 11 ans dans le magazine pour enfants. Vers les années 1980, il collaborait au magazine populaire de l'humour, Gila-Gila, entre autres. Au début, son travail n'était pas ouvertement politique mais, en 1998, il s'est impliqué dans l'opposition Reformasi, un mouvement de protestation pour lequel il a passé quelque temps en prison. A sa libération, Zunar a décidé que dorénavant son accent sera mis sur les caricatures politiques. Son intelligence vive et son flair pour la satire lui ont valu des fanatiques fidèles et il est devenu un collaborateur régulier à des publications indépendantes, notamment le site de nouvelles en ligne, Malaysiakini.

Inévitablement peut-être, Zunar se retrouva dans une confrontation avec l'autorité. En 2009, il a lancé le bimensuel Gedung Kartun (Magasin de BD). Tout de suite, son édition inaugurale a été saisie, apparemment parce qu'il n'avait pas reçu une autorisation de publication, une exigence que Zunar contestait. Le magazine avait inclus des dessins sur des questions sensibles, y compris la mort suspecte d'un conseiller politique qui travaillait sur la lutte contre la corruption.

Puis en septembre 2010, Zunar a été détenu pendant deux jours pour enquête dans une autre collection de ses dessins, Cartoon-o-phobia, en vertu de la loi sur la sédition. Ce livre a été interdit sous prétexte de subversion criminelle. Une autre accusation de sédition a été lancée contre Zunar en novembre 2014 pour Komplot Penjarakan Anwar (Complot pour Emprisonner Anwar). Il raconte que la police a exigé qu'il fournisse des détails sur le système de paiement en ligne qui pourrait ensuite leur donner accès aux noms de tous ceux qui avaient acheté le livre. Ses assistants ont également été interrogés ainsi que son gestionnaire du site. Quant aux distributeurs du livre, ils ont été menacés. Juste un mois auparavant, les appels de Zunar contre les saisies de ses livres en 2009 et 2010 avaient été acceptés. Le tribunal a déclaré que le gouvernement avait agi de manière « insensée » et que « ces politiciens ridicules ne menacent pas l'ordre public ».

Pourtant, le harcèlement se poursuit. En février 2015, Zunar a de nouveau été arrêté et détenu pendant trois jours sous la loi sur la sédition. Cette fois pour ses tweets (@zunarkartunis) commentant la condamnation du politicien de l'opposition Anwar Ibrahim à cinq ans pour des actes indécents. S'il est reconnu coupable, Zunar risque jusqu'à 43 ans de prison pour neuf chefs d'accusation de sédition pour un seul tweet.

Ensuite, en septembre 2015, une autre enquête a été ouverte en vertu de la même loi, cette fois en rapport avec son livre Supaman - Man of Steal. Cette fois-ci ce n'était pas Zunar mais son assistant de vente en ligne qui a été emmené pour interrogatoire.

Puis, le 26 novembre 2016, Zunar a de nouveau été arrêté, cette fois au Festival littéraire annuel de Georgetown à Penang. Il a été libéré le lendemain en attendant les conclusions de l'enquête sur les allégations de sédition, à condition qu'il puisse pointer à la police tous les jours jusqu'au 27 décembre. Les raisons de son arrestation viennent de 20 caricatures, la plupart se moquant de la corruption dans le gouvernement malaisien. Si ces poursuites se poursuivent, ce serait la dixième accusation de sédition contre lui à être amenée devant les tribunaux. Juste la veille de son arrestation en novembre, Zunar a été forcé d'annuler une exposition de ses caricatures lorsque près de 30 hommes sont entrés dans son exposition, ont - verbalement et physiquement- attaqué l'artiste, et ont vandalisé ses œuvres. Le public est intervenu pour mettre fin à l'attaque et des policiers anti-émeute ont été appelés pour maintenir l'ordre.

Deux thèmes reviennent continuellement dans le harcèlement de Zunar: 1) La Loi sur la sédition, et 2) le ciblage de ses webmasters et ses administrateurs des comptes en ligne. Malgré les difficultés répétées quant à sa constitutionnalité, la loi sur la sédition 1948, un vestige de la règlementation coloniale britannique, est de plus en plus utilisée pour sanctionner la dissidence. En avril 2015, 78 personnes avaient été inculpées ou fait l'objet d'une enquête en vertu de cette loi depuis le début de 2014. Le ciblage du personnel qui détient l'accès aux clients en ligne est une évolution inquiétante qui voit la menace d'être sanctionné qui avait été précédemment limitée aux auteurs et aux éditeurs, être étendu désormais à leurs lecteurs.

En novembre 2016, une cour d'appel après avoir examiné une autre affaire de sédition a statué qu'une section de la Loi sur la sédition violait l'article 10 de la Constitution Malaisienne qui protège le droit à la liberté d'expression. Cette décision a été soumise à la Haute Cour pour avis et, si elle était acceptée, elle pourrait conduire à un réexamen des accusations portées contre Zunar et d'autres personnes également accusées de sédition pour avoir critiqué le gouvernement ces dernières années.

L'engagement infatigable de Zunar de divulguer les incartades du gouvernement par le biais de sa plume a été reconnu à l'échelle internationale. En 2011, il a reçu le Prix du Courage de Cartoonists Rights Network, le Prix Hellman Hammett décerné par Human Rights Watch et celui du Courage pour Lutter contre la Censure obtenu à Bilbao. En 2015, dans son discours d'acceptation du Prix International de la Liberté de la Presse du Comité pour la Protection des Journalistes, il a dit: « ... Je [continue] de rire et d'encourager les gens à rire avec moi. Pourquoi? Parce que le rire est la meilleure forme de protestation ».

Dernière mise à jour: 21 décembre 2016

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