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Les médias indépendants parmi les premières victimes du coup d'État

Les soldats mutins qui se sont emparés du pouvoir la semaine dernière au Mali en renversant le Président Amadou Toumani Touré ont aussi occupé le quartier général de la radio et de la télévision d'État et interrompu d'autres émissions de télévision et de radio, indiquent Reporters sans frontières (RSF) et Human Rights Watch. Quelques citoyens se sont tournés vers Twitter pour recevoir des informations et des mises à jour, rapporte le Comité pour la protection des journalistes (CPJ).

Selon RSF, des soldats ont fait irruption le 21 mars dans les locaux du radiotélédiffuseur d'État ORTM, tirant dans les airs et forçant tout le personnel à partir. Les émissions de toutes les stations de radio privées de Bamako, la capitale, ont été suspendues pendant au moins une journée, dit RSF. En lieu et place, les soldats ont retransmis à plusieurs reprises un communiqué annonçant l'imposition dans tout le pays d'un couvre-feu et la suspension de la constitution et des institutions de l'État.

« Que ce soit un vrai coup d'État ou une simple mutinerie, nous sommes consternés de voir que des soldats occupent le radiodiffuseur d'État et prennent le contrôle de ses émissions », dit RSF. « Comme c'est souvent le cas dans de telles circonstances, le contrôle des nouvelles et de l'information est primordial et les médias figurent parmi les premières cibles des mutins. »

Mais les troubles qui ont éclaté de manière imprévue ont suscité des demandes d'informations fiables et contextuelles. Le CPJ a documenté la façon dont les nouvelles se sont déroulées sur Twitter. Un expatrié basé à Bamako, Phil Paoletta, a offert par exemple quelques conseils à ceux qui venaient tout juste de se connecter le 21 mars. « Quiconque s'intéresse au #Mali pour la première fois-svp sachez qu'il y a beaucoup plus à savoir sur ce pays que ce que vous allez lire+voir+entendre aujourd'hui », a-t-il écrit.

Le CPJ a donné l'explication suivante : « Tandis que l'avenir de la presse du Mali, libre jusqu'à maintenant, reste incertain, le récit sur Twitter démontre comment les médias traditionnels perdent de plus en plus leur pertinence. »

Même le Président s'est servi de son compte Twitter pour balayer les nouvelles concernant les troubles. Selon RSF, un gazouillis présidentiel se lisait ainsi : « Il n'y a pas eu de coup d'État au Mali. Ce n'est qu'une mutinerie. »

Le journal d'État, « L'Essor », n'a fait aucune mention du coup d'État le lendemain, rapporte le CPJ.

Un journaliste malien de la presse écrite a déclaré à RSF que « la situation est très confuse… C'est un problème au sein de l'armée. Certains soldats circulent dans la ville et tirent dans les airs. Personne ne sait ce qu'il faut croire. »

D'après le CPJ, jusqu'au coup d'État, le Mali était l'une des démocraties les plus stables et les plus réussies d'Afrique, dotée de médias libres et abondants (bien que pas toujours professionnels). La dernière fois que des membres de l'IFEX ont documenté une attaque contre des médias au Mali remonte à 2008.

Les soldats qui se sont mutinés se sont emparés du pouvoir le 22 mars et ont déposé Touré, affirmant vouloir apporter une réponse plus efficace à la rébellion touareg du nord. Depuis le début du conflit armé dans le nord du Mali à la mi-janvier, quelque 200 000 Maliens, dont un grand nombre de Touaregs, ont fui leurs foyers, la plupart vers les pays voisins de l'Algérie, du Burkina Faso et du Niger, selon ce que rapporte Human Rights Watch.

L'Union africaine a déjà suspendu le Mali, et les Nations Unies, les États-Unis et d'autres pays ont lancé des appels au retour à l'ordre constitutionnel.

Touré devait quitter le pouvoir dans les prochaines semaines après deux mandats. Une élection présidentielle était prévue le 29 avril.

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